I. — Principe général et méthode
L’enseignement du dessin, dans les divers établissements d’instruction de France, a été longtemps donné au hasard. Ni programme, ni corps défini de professeurs, ni contrôle, ni sanction
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réelle, tel est l’état jusqu’en 1866. A. cette époque M. Eugène Guillaume, l’éminent statuaire, trace un plan général d’enseignement du dessin, dont l’idée elle-même est très élevée. En penseur et en artiste, il rêve l’union de l’art et des lettres dans l’esprit de nos jeunes collégiens. Il veut qu’un sentiment délicat de la forme noble s’associe chez eux à celui de la parole noble de l’éloquence et de la poésie, qui sont l’objet des classes d’humanité. Ce sont les humanités de dessin dont il trace le programme, en conformité avec les « humanités littéraires » telles qu’il les avait connues jadis , ou telles qu’il les rêvait enseignées dans les lycées. Le cours de dessin, tel que le conçoit alors M. Eug. Guillaume, devait être un cours d’idées. Son orientation était résolument esthétique — idéale — générale — et par suite abstraite. Car, comme il le dit d’ailleurs justement, il n’y a qu’un dessin. Ce n’est donc pas tel ou tel desin qu’il enseigne, mais le dessin. Voilà pour l’esprit.
Quant à la méthode, elle est bien réellement scientifique, du moins sur le papier, et tant qu’il s’agit des déductions propres à M. Guillaume, dont l’esprit rigoureux ne saurait concevoir une pédagogie médiocre. C’est la géométrie qui sert de point de départ. La géométrie mène à la perspective, la perspective au relief, et la série des reliefs ou des formes tournantes amène à son tour, par un engendremeut naturel, la série des styles, explique l’art par lui-même et fait con-
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cevoir son évolution. Mettez un crayon aux doigts de M. Guillaume, groupez autour de lui une élite de jeunes hommes profondément imbus d’humanité antique, et d’un goût philosophique déjà formé, laissez-les plusieurs années sous la direction de M. Guillaume et sous l’influence de sa méthode, et c’est là le cours parfait, d’où sortiront des dessinateurs éminemment géomètres et des esthéticiens.
Très beau à concevoir, ce plan paraît d’autant moins applicable dans nos simples lycées et collèges, que nous n’hésitons pas à le déclarer irréalisable même à l’école spéciale des Beaux- Arts de Paris. On n’en a pas moins cherché à le réaliser, à lui donner corps à l’aide de programmes très minutieusement tracés, de professeurs dressés à une certaine pédagogie, et d’inspecteurs chargés de maintenir la doctrine. En 1876, le conseil supérieur des Beaux-Arts délibère sur la réforme de l’enseignement du dessin. En 1879, M. Bardoux crée le premier corps d’inspecteurs. Des programmes sont dès lors élaborés, destinés à toutes les écoles sans exception, où doit s’enseigner le dessin, et si rigoureu sement enchaînés entre eux qu’ils offrent le spectacle de l’unité, de l’uniformité même la plus absolue.
Non seulement les programmes, mais les modèles à dessiner sont catalogués, numérotés. Il y en a tant, pas un de plus, pour les lycées ; — tant, pas un de plus, pour les collèges: — tant,
pas un de plus, pour les écoles normales. Ce sont, en très grande partie, des plâtres. Mais le plâtre coûte cher. La collection des plâtres pour lycées, à elle seule, passe 1,500 francs. Celle des écoles normales passe mille francs. — Ce sont, bien entendu, partout les mêmes plâtres : l’opération a dû rapporter bon à celui, quel qu’il soit, qui eut le privilège de la vente. Le moment vient enfin où chaque lycée, collège, école normale est en possession de ses modèles, de son professeur stylé par des instructions spéciales.
L’établissement est visité par un des dix inspecteurs régionaux qui ont découpé une tranche de la France (8 à 10 départements par tranche), pour y faire régner les bons principes de renseignement artistique. C’est le triomphe de la méthode. — Le rapporteur de l’Exposition de 1889 s’extasie sur la magnifique unité de l’organisation. Il laisse pourtant entendre quelques desiderata. C’est, qu’en effet, les résultats ne sont pas en rapport avec l’effort, ni avec les dépenses. Et, médiocres en 1889 dans les établissements d’enseignement secondaire (pour ne parler que de ceux-là), ces résultats sont devenus encore plus médiocres par la suite. Pourquoi? — La méthode serait-elle donc vicieuse dans ses principes? Nous le croyons.
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