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II. — Critique du principe ei de la méthode

Le grand vice du principe, — d’où découlent tous les défauts de la méthode d’application, — est qu’il suppose connu tout ce que l’enfant ignore.

Il suppose l’antiquité connue. Elle ne l’était même pas à l’âge d’or des études classiques. Que dire aujourd’hui où, même dans les rhétoriques classiques, l’enseignement du français a pris le pas sur l’antiquité? Que dire de l’enseignement moderne, qui croît de jour en jour, et dont l’esprit est encore plus éloigné de ces humanités gréco-romaines, dont les programmes de dessin sont l’écho démesuré? Car c’est l’antiquité seule, ou à peu près, que Ton trouve représentée dans les programmes imbus de l’esprit de M. Eugène Guillaume. — Sur les 110 plâtres qui composent la série des lycées, sait-on combien sont consacrés aux modernes? Neuf, sans plus; — à condi- • tion encore de compter quatre rosaces Renaissance, un chapiteau gothique et un chapiteau du château de Gaillon comme « modernes »; les trois morceaux vraiment modernes sont : une tète d’écorché, de Houdon, un buste de Voltaire, « du même », et un esclave, de Michel-Ange.

A supposer que l’élève aille jusqu’au bout du

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cours et qu’il se dépêtre des vases Sosibios, des Minerve ou des Junon Ludovisi dont il est saturé, toute l’idée qu’il aura prise de l’art moderne, — du moins d’après les plâtres, — lui viendra de ces trois morceaux, dont un est une pièce d’anatomie. Que dire, si des lycées, où règne une culture classique relative, on passe aux écoles normales, où celle-ci fait défaut? Que dire, à plus forte raison, si des écoles normales on passe aux écoles municipales, aux écoles professionnelles de province, pépinières d’ouvriers futurs qui pâlissent sur des stèles sans les comprendre, et copient imperturbablement des entablements doriques dans le siècle de l’architecture en fer et de l’électricité?

Tel est le contresens pédagogique initial.

Veut-on voir maintenant le non-sens d’application?

Du moins faudrait-il que le professeur de dessin, quoique donnant un enseignement suranné, et plus archéologique encore que logique, fût en état d’intéresser ses élèves à cette archéologie, de l’animer pour eux, de l’interpréter. C’est bien le moins qu’on puisse attendre d’un maître qui force l’attention à séjourner sur des objets étrangers, sur des rébus, que d’expliquer ces objets, ces rébus. Mais le professeur de dessin est quelquefois — je parle surtout ici des maîtres âgés, — le dernier homme du lycée qui soit capable de rendre compte d’un antique qu’il fait dessiner. Bon pour corriger une ombre, rectifier

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un « point de faite, » raccorder une perspective, il est muet et ignorant sur le reste, l’essentiel trop souvent. Et par ainsi la fameuse culture promise est avortée, le mariage entre l'art et les lettres continue h être un divorce, la méconnaissance de l’art français et de l’esprit moderne est empirée par l’insinuation d nne vague esthétique qui flotte sur des objets morts, et l’on va, dans la classe de dessin, comme hélas ! souvent dans les autres, à rebours du sens de la vie et de la vraie éducation. Et, pendant que dans la cour du lycée se trouve un arbre, une colonnade, un balcon ajouré dont on pourrait prendre d’attrayants croquis en plein air, de pauvres hères, dans une serre chaude, s’évertueront à copier un « ordre corinthien, » modèle de l’école des Beaux- Arts, qui coûte, sans transport, brut, la bagatelle de 262 fr. 50!

Est-ce du moins le corps d’inspecteurs qui, par son action personnelle, va galvaniser le cadavre de cet enseignement? Ces inspecteurs, jadis au nombre de 17 (ils ne sont que 13, aujourd’hui, en comptant les inspecteurs généraux), ne peuvent être d’abord des agents d’initiative, puisqu’ils représentent la fameuse unité des programmes, et qu’ils veillent h l’application rigoureuse de la méthode. — Cette unité, ils ne la réalisent qu’en eux-mêmes, puisque c’est dans la même tournée, du même œil, armés des mêmes instructions, qu’ils visitent l’école municipale, l’école industrielle, l’école d’art décoratif, l’école normale,

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le lycée, voire même le musée! Du moment qu’il est établi que le dessin est un, pourquoi chaque inspecteur ne serait-il pas, par définition, tout à toutes les formes du dessin? — Qu’il y ait là un étrange abus du principe, je le laisse à juger, et je passe.

Venons-en à la visite elle-même que fait l’inspecteur du dessin au lycée. Est-il mécontent? Il fait une observation au proviseur. Le proviseur, les trois quarts du temps, n’en a cure (1). Pourquoi ce sans-gêne? C’est que l’inspecteur appartient à une administration, et le proviseur à une autre. L’inspecteur vient de la rue de Valois, appartient aux Beaux-Arts; le proviseur, l’économe, et même le professeur de dessin, relèvent de l’instruction publique, ont leurs chefs rue de Grenelle. Quand la direction des Beaux-Arts est rattachée à un autre ministère, l’inspecteur n’en' récolte pas plus d’autorité, au contraire. Au fond, étranger à l’établissement par sa fonction, et souvent même par son origine ou son éducation première, gênant et gêné, il loue, conseille ou se plaint dans le vide. Ceci ne serait qu’un mal relatif, si le personnel enseignant du dessin était

[vraiment instruit et se faisait de sa tâche une idée vraiment éducative.

Mais, entre un principe d’enseignement contestable, un corps de professeurs muets, un corps

(l) Rapport de M. Pillet, cité par M. Paul Colin, dans son rapport sur l’Exposition de 1889, p. 52.

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d’insuecteurs sans autorité dans la maison, quelle

place reste-t-il pour que le dessin accomptese sa

fonction artistique et sociale vraie? Ce se«i‘ mi rade qu’il agît tout seul. Et pourtant, telle est la vertu propre de l’art, qu’en réalité le dessin, même l'antique à haute dose, agit un l peu sur i es- TM Î t riP peux au’il n’a pas réussi à rebuter, yue se ?ait-ce si, au beu de s?enterrér dans ces nécropoles à plâtres! le professeur faisait quelquefois pour les élèves suffisamment préparés, au grand air, leçon de choses vues et dessinées, la seule qui profite la seule qui réponde à l’objet de l’éducation, a savoir : aiguiser l’observation, exercer le sens et a main saisir la vie, en donner le goût, en de\e

Zer î”sprit!en Ouvrant à l’imagination toutes

ses perspectives sur le monde extérieur ? Nous ne voudrions point par lh livrer l’enseignement aux hasards de l’impressionnisme et au dédain dessin géométrique et de la ligue classique Mais on conviendra qu’il y a beaucoup a faire dans le sens que nous indiquons et que le pro blême, on le voit, se pose encore, pour nos lyeees et collèges, dans toute son etendue. C est aux jeunes professeurs qu’il appartient de rénover cet

eBQu»te“enos écoles primaires et professionnelles, on peut dire que presque oui s ien insnection et enseignement du dessin.

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