LES THÉÂTRES
La suppression de la censure.
Avant de passer aux théâtres subventionnés, peut-être convient-il de parler de la censure, institution d’Etat s’il en fut.
Faut-il instruire à nouveau le procès de la censure? Sans doute, puisqu’il est des morts qu’il faut qu’on tue. Ah ! s’il était vrai que le ridicule tue en France, il y a longtemps que * dame Anastasie serait morte — ■ et enterrée. Plusieurs fois condamnée et exécutée au nom de la liberté, elle ressuscita toujours avec la réaction.
Aujourd’hui, se sentant menacée, elle ne sait
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trop quelle figure faire. Tantôt elle joue la mégère apprivoisée; elle se fait toute petite, très humble, bien sage, ne voulant de mal à personne, souhaitant du bien à tout le monde; elle promet d’être à l’avenir intelligente, libérale, voire accommodante ; tantôt, comme prise d’un accès soudain, elle tempête et fait rage et, coup sur coup, interdit trois pièces : les Avariés, de M. Brieux ; Ces Messieurs, de M. G. Ancey ; Qui trop embrasse , de M. F. de Croisset.
Ces contradictions, ces soubresauts qu’explique sans doute le pressentiment d’une mort prochaine, nous sont une nouvelle preuve de l’illogisme de cette institution. Doucereuse, ou violente, la censure n’en reste pas moins odieuse ën principe, et en fait ridicule et inutile. Nous l’allons établir d’une façon aussi simple que probante. Il nous suffira pour cela de résumer brièvement son histoire, c’est-à-dire l’histoire de ses tracasseries, de ses vexations, de ses sottises. Ge sera là le meilleur des réquisitoires.
L'ancien régime.
La censure préventive est un legs de l’ancien régime. Cette institution était dans la logique d’une monarchie absolue et d’une époque qui ne reconnaissait pas la liberté de penser. Toute-
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fois on n’a pas assez remarqué que la censure préventive n’a été instituée qu’au commencement du dix-huitième siècle, c’est-à-dire au moment même où la monarchie décline, où la raison humaine chaque jour plus consciente de ses droits prétend à la direction des esprits, soumet toutes les institutions politiques, religieuses et sociales à la critique du libre examen, dénonce les abus et revendique des réformes. Contre cette force de la pensée libre, la vieille et débile monarchie dresse cette barrière : la censure préventive. C’est de 1706 que date l’organisation régulière et définitive de cette police des théâtres.
Voici, dit un censeur, M. Hallays-Dabot, comment fonctionnait la censure vers 1730 et comment elle fonctionnera jusqu’en 1789. Parmi les censeurs royaux attachés à la grande-chancellerie et chargés de l’examen des livres, le garde des sceaux choisissait une personne qui, en conservant sa position auprès de lui, en occupait une nouvelle à la lieutenance de police. Cette personne était chargée de la surveillance des théâtres et prenait le titre de censeur de la police. Quand des œuvres dramatiques soulevaient des questions religieuses, l’archevêque déléguait un docteur en Sorbonne, qui examinait l’ouvrage à ce point de vue particulier. Quelquefois aussi les auteurs obtenaient un autre censeur que le censeur de la police. Les pièces étaient envoyées au secrétariat général de la lieutenance, bureau duquel relevaient les théâtres. Après l’examen du censeur, c’était le lieutenant de police qui autorisait. Mais on verra de quelles influences il était obligé de tenir compte : un jour, c’était le Parlement, un autre jour, l’archevêché qui s'effarouchait d’une. Ira-
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gédie. Tantôt un ministre avait peur d’un scandale, et tantôt la cour redoutait une allusion. La police était faite dans chaque théâtre par un exempt, mais cet exempt jouait uniquement le rôle que l’officier de paix remplit -aujourd’hui.
Avant 1706, le théâtre a presque toujours joui d’une entière liberté. En dépit du Parlement et de l’Eglise, toujours disposés à sévir dès que la morale, la politique ou la religion étaient en jeu, les rois, très libéraux en l’espèce, Louis XII, François Ier, Henri III, Henri IV, Louis XIY, ont favorisé la libre éclosion du génie dramatique français. Richelieu, le terrible cardinal lui-même, n’édicte pas de mesure préventive contre la liberté du théâtre, et s’il défère le Cid, où se trouve pourtant une si inopportune apologie du duel, à une juridiction, ce n’est pas au Parlement, c’est à l’Académie qu’il a recours pour juger le chef-d’œuvre incriminé. Louis XIV, en dépit des cabales forcenées des vrais et des faux dévots, autorise Tartufe et Don Juan. Et nous, républicains du vingtième siècle, nous serions moins libéraux que Richelieu et. Louis XIV!
Que les partisans de la censure préventive viennent nous dire quels grands scandales ont marqué cette ère de liberté théâtrale, liberté de fait s’entend, car alors personne ne songeait au principe! Au contraire, comme ce théâtre est spontané, vivant, populaire, de Pierre Gringoire, le prince des sots, à Molière, le prince des génies
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comiques! quelles œuvres franches et vigoureuses! quelle fécondité! quel épanouissement magnifique du génie dramatique!
A partir de 1705, avec l’institution de lamesure préventive, les sottises commencent.
Cherrier, Fauteur de Polissoniana (quel admirable gardien de la morale publique!), interdit L'Actrice nouvelle, de Poisson. 11 flaire des allusions politiques ! Aujourd’hui, comme jadis, les gouvernements ne redoutent rien tant que cela, et c’est tout le secret de leur sollicitude pour la censure.
Crébillon tracasse les « philosophes », et en particulier Voltaire. Il interdit Mahomet. Non qu’on eût peur alors du grand Turc, mais il était question de religion, de fanatisme. Et puis la pièce était- de Voltaire!
Il serait fastidieux d’énumérer toutes les pièces inédites, ou condamnées à être remaniées. Nous relaterons seulement l’incident le plus fameux de cette période qui précède la -Révolution, la lutte de Beaumarchais contre la censure, pour faire jouer son Mariage de Figaro. Tenace, insinuant, impertinent, Beaumarchais intéresse à sa cause toute la cour. La Reine Marie-Antoinette sollicite pour lui. Le roi tient bon. Il déclare, par devant la reine, que « certainement on ne jouera pas cette pièce. » Un autre se serait déclaré vaincu. « Le roi ne veut pas qu’on joue ma pièce, s’écrie Beaumarchais, donc on la jouera. » Et, le piquant de l’histoire, c'est qu’il eut rai-
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son : la pièce fut jouée et portée aux nues. Rien ne saurait mieux démontrer l’inutilité de la censure.
Voilà une œuvre qui bafoue toutes les institutions de l’ancien régime, une œuvre révolutionnaire, d’une ironie formidable. La censure refuse jusqu’à six fois l’autorisation de la jouer. Le roi approuve les censeurs. Mais sous la pression de l’opinion, le roi cède enfin. A quoi a servi la résistance? à fouetter l’enthousiasme, à enfiévrer l’esprit public jusqu’au paroxysme.
La censure sous la Révolution.
La Révolution laissa d’abord subsister la censure. Suard, censeur sévère avant 1789, devint censeur indulgent après. Le succès va aux pièces politiques ou patriotiques. Le Charles IX de M. Chénier, est joué avec l’autorisation de l’Assemblée nationale. « Figaro a tué la noblesse, s’écrie Danton, Charles IX tuera la royauté ». On acclame Brutus , la Mort de César. Partout, le public trouve prétexte à allusions. Il en trouve dans Athalie et Iphigénie en Aulide. Lorsque Talma joue la Liberté conquise ou le Despotisme renversé, l’enthousiasme va jusqu’au délire.
Le 11 janvier 1790, l’Assemblée nationale discute la loi sur la liberté des théâtres. L’abbé Maury défend la censure. Chapelier, rapporteur,
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et Robespierre l’attaquent. Le premier est dans la tradition de l’Église, car la censure est d’origine ecclésiastique; les seconds expriment la pensée moderne. Déjà est formulé l’argument décisif : « L’opinion est le seul juge de ce qui est conforme au bien. » Robespierre convainc l’Assemblée et la censure est supprimée.
« Pendant trois ans, le théâtre jouit d’une liberté absolue. En a-t-il abusé? On peut très carrément répondre : non, si, surtout l’on se reporte à l’époque fiévreuse et profondément troublée où la censure a été supprimée. Certes quelques excès ont eu lieu et il a fallu interdire des pièces après la première représentation. Mais si la liberté comporte avec elle quelques abus, elle vaut encore mieux que l’arbitraire et il est préférable d’agir sur des faits que sur des hypothèses. Que l’on compare d’ailleurs ces trois années de liberté avec celles qui suivirent le rétablissement de la censure en 1794 et, quelque opinion que l’on professe, le choix sera vite fait. » (Rapport de M. Guillemet, 1891.)
La Convention rétablit la censure. Il faut avouer que cette Assemblée, agitée de tant de grands soucis, n’était guère disposée à s’occuper de l’art pur et à défendre l”intégrité des chefsd’œuvre, alors que la grande affaire était l’intégrité du territoire et de la République. Aussi ne voit-on à cette époque, dans les représentations des œuvres dramatiques, qu’une occasion de manifester ses sentiments politiques.
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On a conservé et nous avons parcouru, dit M. Vivien (Etudes administratives), les feuilles remises en exécution de cet arrêté et les notes des administrateurs du temps. Rien n y peint mieux cette époque. Dans l’espace de trois mois, sur 151 pièces censurées, 33 sont rejetées et 25 soumises à des changements. Tout l’ancien répertoire est examiné. La censure déclare mauvais les ouvrages les plus irréprochables : presque toutes les comédies de Molière, Nanine, Beverley, Henri VIII Jean- scins-Terre, Calas, Horace, Charles IX, Mérope Macbeth, Bajazet, Fénelon, le Glorieux, les Jeux de l amour et du hasard, le Dissipateur, le Joueur, l’Avocat Patelin, Andromaque, Phèdre, Britannicus, etc., etc. Elle exige des corrections dans le Devin du Village, le Père de famille, la Métromanie, dans le Guillaume Tell de Lemierre, bien qu’à titre de passe-port on lui donnât pour second titre les Sans-Culottes suisses. Le dénouement de Brutus et celui de la Mort de César doivent être changés; Mahomet est interdit comme chef de parti .
Dans Pamèla, pièce de François de Neufchâteau, un gentilhomme jouait un rôle convenable : dans la nuit qui suit la première représentation, auteur et comédiens sont arrêtés et jetés à Sainte-Pélagie.
Le dernier Jugement des Rois, de Sylvain Maréchal, est imposé au théâtre. Trois membres de la Convention accompagnent eux-mêmes Fauteur, lorsqu’il lit sa pièce aux comédiens et comme de Grandmesnil, un des acteurs, faisait quelques objections, disant qu’il avait peur d’être pendu si les rois revenaient : « Voulez- vous être pendu pour n avoir pas reçu la pièce? » dit un des con-
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ventionnels. Cet argument irrésistible fait accepter la pièce à Funanimité.
La censure est impitoyable pour tout ce qui peut rappeler l’ancien régime, elle efface les noms de monsieur, madame, comte, marquis, baron, duc, prince, le roi, et à un moment celui de Dieu, Au lieu du vers fameux :
Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude,
elle fait dire à Molière :
Ils sont passés ces jours consacrés à la fraude.
A l’Opéra même dans Castor et Pollux, on ne chante plus :
Présent des Dieux, doux charme des humains,
O divine amitié, viens pénétrer mon âme.
la censure fait chanter :
Présent du ciel, délice des humains,
O céleste Raison, viens éclairer mon âme.
M. Janin, dit M. Hallays-Dabot, a eu la bonne fortune de rencontrer un exemplaire du Misanthrope, revu et corrigé par un rimcur patriote. Il faut voir avec que, courage le bon citoyen a remis au pas ce pauvre Molière. Les petits marquis, le vicomte, il les supprime ; le roi Henri II, il le raye de la chanson; il rogne l’or qui couvre les basques plissées de l’exempt; le style, il Fhabille à la mode du temps; plus de commandement du roi, plus de roi même, plus d’Etat : un décret, Paris, des mots vagues; enfin, c’est un effort continuel pour
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faire descendre l’immortel chef-d’œuvre au niveau de époque. Dans le Déserteur, aux mots : « Le roi passait, » on substitue cette ineptie : « La loi passait. » Dans la Mort de César, le président du tribunal révolutionnaire, Gohier, refait le discours d’Antoine, qui était trop modéré.
Dans la tragédie de Chénier, Timoléon, les tirades contre le despotisme étaient pour plaire aux conventionnels. Il semble qu’ils ne pouvaient demander davantage que l’assassinat de Timophane, l’intrigant insatiable, et la justification du crime dans ces vers prononcés par le meurtrier :
: • • • ■ Pour frapper un perfide,
J ai violé la loi, qui défend l’homicide ;
Mais les rois ne sont pas protégés par la loi,
Et, magistrat de nom, Timophane était roi.
Cependant, à la répétition, Julien de Toulouse et plusieurs de ses collègues se fâchent. Ils portent plainte au Comité de Salut public et forcent Chénier à retirer sa tragédie.
Dans le Menteur, de Corneille, on estropie un vers, afin de remplacer la place Royale par la place des Piques. Dans une pièrce intitulée le Bourru bienfaisant , l’acteur jouant aux échecs, s écriait : « Echec au roi! » il lui est enjoint de dire désormais : « Echec au tyran. »
En revanche, quelles pièces autorisait la censure : Encore un Curé, la Papesse Jeanne , la Mort de Marat , Plus de Bâtards en France!
Les théâtres vont au-devant des mutilations :
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ilsannoncent qu’on a changé la qualification des personnages suspects. L’Àmbigu-Comique écrit que dans toutes les pièces anciennes on a substitué à la scène le mot de citoyen à celui de monsieur. Le répertoire de l’Opéra-Comique est terminé par cette note : « Les pièces ci-dessus avec l’apostille arrangée sont celles où jadis il y avait des grands seigneurs et qu’on a remises à 1 ordre du jour. Quant aux autres qui ne sont pas apostillées, c’est qu’elles n’étaient point dans le même cas et qu’il n’y avait rien qui rappelât l’ancien
régime. »
L’Opéra est devenu le Théâtre de la République ; la Comédie-Française s’appelle successivement : Théâtre de la Nation, Théâtre du Peuple, Théâtre de l’Égalité. Le Théâtre Molière prend le titre de Théâtre des Sans-Culottes. On a le Théâtre Patriotique, le Théâtre de la Liberté, le Théâtre de la Montagne, le Portique français ou .Club de la Révolution, le Théâtre des Comédiens républicains, le Théâtre des Victoires nationales et même le Théâtre de la Pantomime nationale, dont le directeur écrivait en 1798 au ministre de l’intérieur : « Il faut nationaliser la pantomime. »
Faut-il s’étonner que dans la tourmente révolutionnaire la flamme naissante et débile encore de la liberté ait été violemment éteinte. Que d’autres chicanent la Convention, et, selon le mot magnifiquement trivial de Victor Hugo, qu’ils cherchent des poux dans la queue des
lions. Nous ne voulons nous souvenir que d’une chose, c’est que la Convention a sauvé la Patrie et la République.
La censure sous le Consulat et l'Empire.
La censure a retenu le mot du premier consul: « Qu’ils s’amusent, qu’ils dansent, mais qu’ils ne mettent pas le nez dans les conseils du Gouvernement! » La guerre aux allusions recommence. Mérope, la Mort de César , Héraclius , Athalie, Britannicus et d’autres pièces sont interdites, mutilées ou remaniées. « Irez- vous ce soir au Théâtre-Français, disait le censeur Lemontez, entendre Racine corrigé par Lemontez? »
C’est le triomphe de la littérature de commande. Les théâtres jouent des pièces par ordre, Fouché, ministre de la police, inspire les dramaturges officiels. Jamais l’art dramatique ne fut plus dégradé. Les chefs-d’œuvre des siècles précédents sont déshonorés, et pas un chef-d’œuvre nouveau ne paraît sur la scène.
La censure sous la Restauration.
Avec moins de brutalité, la censure continue son œuvre sous Louis XVIII, avec cette différence toutefois qu’elle tend à substituer l’idée royaliste
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aux idées républicaines et bonapartistes. Mais le public proteste bruyamment contre la censure. Le parterre se fâche un soir qu’il s’aperçoit que les comédiens passent certaines phrases politiques du Mariage de Figaro. Les œuvres de Voltaire ne doivent pas être nommées sur la scène. Un soir le nom du grand écrivain est prononcé dans les Nouveaux Adelphes, à l’Odéon. Aussitôt les applaudissements éclatent, l’enthousiasme gagne la salle, la représentation est interrompue.
Avec l’avènement de Charles X, la censure se fait d’abord plus large, plus tolérante.
Mais bientôt la lutte recommence entre le gouvernement et le public. Le public applaudit Tartufe. La censure supprime tout ce qui a trait à la religion. C’est alors qu’elle prohibe la fameuse salade de barbe de capucin.
La censure après 1830.
Abolie par la Révolution de 1830, la censure est rétablie en 1835.
L’enquête de 1849 nous apprend que de 1835 à 1848, cent vingt-trois ouvrages ont subi des interdictions partielles, conditionnelles ou absolues. C’est dire que la censure n’a pas chômé sous la monarchie de Juillet.
La Révolution de 1848 l’abolit à nouveau. Mais la réaction l’emporte bientôt, et son premier soin est de supprimer la liberté théâtrale. Au mois de juillet 1850, M. Raroche, ministre de l’In-
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térieur, propose à la Chambre le rétablissement de la censure, qui fut voté sans hésitation.
La censure impériale .
Ce qui caractérise la censure du second Empire, c’est la plus large tolérance pour les pièces d’une moralité douteuse et la sévérité la plus étroite pour les pièces politiques. M. Hailays-Dabot fait connaître d’ailleurs les instructions données aux censeurs par M. de Morny. Le ministre, dit-il, fait appeler dans son cabinet la commission d’examen, et lui tient un langage dont voici, non les termes rigoureusement textuels, mais le résumé exact : « La censure devra quelque peu modifier sa façon d’agir. Moins de liberté sur certains points, les circonstances l’exigent. Ainsi Richard d’Arlington , qui allait être repris, ne sera point autorisé. A d’autres points de vue, parfois plus de circonspection, parfois aussi une latitude plus grande laissée au théâtre. » Le ministre explique ses instructions. Il ne connaît que deux actes de la censure, tous les deux lui paraissent déplorables : Mercadet a été autorisé, la Dame aux Camélias est interdite. Vinrent ensuite, d’une part, les observations sur le rôle et l’importance des financiers dans l’État, d’autre part, des remarques morales et personnelles sur les femmes entretenues et sur l’innocuité de ces tableaux de mœurs. Cette exposition de principes fut faite avec cet esprit net et ces formes polies
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qui caractérisaient M. de Morny. La conclusion naturelle était l’autorisation de la Dame aux Camélias. » Gomme voilà bien peinte la censure impériale!
Ainsi admonestés, les censeurs sont indulgents aux pièces comme la Belle Hélène et la Grande- Duchesse, de quoi nous ne saurions les blâmer, mais ils se rattrapent sur les pièces touchant aux questions politiques, sociales ou religieuses. Elle interdit Les Blancs et les Bleus , d’Alexandre Dumas, Lorenzaccio, de Musset, Mademoiselle de la Seiglière , de J. Sandeau, les Lionnes pauvres, le Fils de Giboyer, d’E. Auguier, Notre- Dame de Paris, de Paul Foucher, Séraphine , de V. Sardou, les Deux Reines, de Legouvé. Parfois la censure ne se contente pas d’interdire ou de mutiler une œuvre, il lui arrive, pour faire montre de son zèle, d’y ajouter de son cru ; c’est ainsi qu’en 1855, M. Paul Meurice ayant présenté Paris, panorama historique qui passait en revue l’histoire de la capitale, le directeur de la Porte Saint-Martin, sur les indications de la censure, supprime les derniers tableaux représentant des épisodes de l’époque révolutionnaire et y substitue un tableau, en forme d’apothéose, de la France impériale de 180i. M. P. Meurice eut beau protester, on passa outre. Le public applaudit un tableau final représentant Napoléon Ier distribuant les aigles au Champ-de-Mars. « L’auteur républicain était ainsi devenu agent impérialiste malgré lui. » (Voir rapport Guillemet, page 619.)
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La censure depuis 1810.
La censure républicaine — ces deux mots hurlent d’être accouplés — a-t-elle été moins arbibitraire que la censure impériale? La réponse est facile à faire : il n’y a qu’à établir son bilan. La censure préventive interdit Y Officier bleu , le Pater , Y Homme de Sedan, Yvan le Nihiliste, Une Journée parlementaire, Mais quelqu'un troubla la Fête, la Question des Huiles, Décadence, les Avariés, de M. Brieux, Ces Messieurs, de M. G. Ancey. La censure répressive a interdit, après une ou plusieurs représentations. Thermidor, la Fille Élisa, la Liqueur d'or, Mahomet, YHomme à l'oreille coupée , la Cage, Qui trop embrasse, VOutrage, etc.
Mais ce n’est pas tout : il y a, en matière de censure, comme en économie politique, ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on voit, c’est l'interdiction; cela est brutal, mais cela est franc. Ce qu’on ne voit pas, c’est le « tripatouillage » avant l’autorisation de jouer. MM. les censeurs l’avouent — ingénuité ou cynisme! — très explicitement dans la note suivante remise à la commission de 1891 :
Pour ce qui est des pièces modifiées, il est impossible d’en dresser une liste. Si l’on excepte les oeuvres littéraires jouées sur nos scènes principales, toutes les pièces (vaudevilles, opérettes, revues) subissent des modifications de scènes ou de mots plus ou moins im-
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portantes, modifications qui sont faites après accord entre les auteurs et les inspecteurs des théâtres.
Gomment se fait cet accord ?M. Grot va nous l’apprendre.
Il faut être juste, dit-il : depuis trente ans la censure est exercée -d’une façon tout à fait modérée. Ici je dois dire que généralement les auteurs ont recours à une petite ruse qui consiste à donner aux censeurs une pâture. Il faut bien que ces derniers signalent leur présence! Alors, on leur donne à dévorer quelque chose ; on glisse dans la pièce des mots ou des détails de mise en scène impossible! Les censeurs dévorent cela en conscience ; mais ils sont au courant, eux aussi.
Ce manège entre les censeurs et les auteurs peut paraître à certains fort plaisant. Nous trouvons, pour notre part, ce jeu plus digne d’écoliers que d’écrivains. Quant MM. à les censeurs, s’ils n’ont d’autre rôle que de se prêter à semblables facéties, leur utilité paraîtra à tous les hommes de bon sens plus que douteuse. Le peuple ne paye pas de lourds impôts pour entretenir les gaietés de la censure.
En somme, sous la troisième République, elle n’a guère été plus libérale que sous les régimes précédents ; la Fille Élisa était jouée à Bruxelles pendant qu’elle était interdite à Paris ; ni guère moins ridicule : un censeur sous la Restauration demanda la suppression de la salade de barbe de capucin ; un censeur sous la troisième République demande àM. Georges Ancey la suppression de cette phrase :
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« Je viens de voir le curé de Notre-Dame-de-Lorette, »
parce qu’il appartenait à cette paroisse et qu’il craignait qu’on ne froissât son curé. » (Déposition de M. Georges Ancey.)
Les arguments de la défense.
La censure préventive, tout le monde tombe d’accord sur le principe, est un anachronisme absurde dans un pays qui se pique de liberté de pensée, dansle pays de ladéclaration desDroits de l’Homme. M. L. Bourgeois, devant la commission d’enquête de 1891, ne faisait aucune difficulté de l’avouer.
Je dois reconnaître avec vous, comme député républicain, qu’il y a dans la censure actuelle quelque chose qui me choque, qui heurte l’ensemble de mes idées: c’est cet arbitraire qui permet à des fonctionnaires d’attenter peut-être, à un moment donné, à la liberté de penser d’un auteur ou d’un écrivain.
Ceux qui réclament aujourd’hui le maintien de cette institution arbitraire disent qu’elle est nécessaire pour la sauvegarde de la morale publique, pour l’ordre politique et social, pour la sécurité de nos relations extérieures.
Examinons chacun de ces trois arguments.
1° La censure et la morale publique.
Les moins prudes affirment qu’à cet égard, la censure est non seulement inutile, mais nuisible.
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Voulez-vous savoir comment la censure protège l’art, disait à la tribune notre éminent collègue M. Mil lerand, vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil sur certaines chansons débitées tous les soirs dans les cafésconcerts, chansons où il n’y a rien, ni talent, ni esprit; mais des gravelures obscènes, dont les interprètes s’attachent à mettre en relief tous les détails quand ils n’en ajoutent pas.
Mais qü’une véritable œuvre d’art, d’une haute portée sociale et humaine soit soumise au visa des censeurs, ils flaireront aussitôt l’immoralité.
Tout le monde a bien compris que la Fille Elisa n’a pas été interdite pour deux ou trois phrases du premier acte, dont la censure ne nous a jamais fait l’honneur de nous demander la suppression, que, pour mon compte, j’aurais consentie de suite, et je ne doute pas un moment qu’Ajalbert eût fait comme moi. Non, comme je le dis dans ma lettre imprimée, elle a été interdite à cause du personnage bas qui est l’héroïne de la pièce, à cause de la question sociale soulevée par la plaidoirie du second acte, à cause peut-être du tableau épouvantant du silence dans le régime actuel de la prison, qui a hypocritement substitué à ta torture phvsique une torture morale plus atroce. ( Lettre d'Edmond de Gon court. )
Et ces mêmes censeurs, qui interdisent la Fille Elisa , autorisent le Vieux Marcheur et le Billet de Logement / Que voilà la moralité publique bien gardée !
Et, chose tout à fait regrettable, le Gouvernement n’est pas seulement responsable de la censure, il en est le complice. M. Manjan a défendu cette thèse avec beaucoup de bon sens.
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Le théâtre, disait-il àla commission de 1891, s’adresse au public, et dans quelle situation, actuellement se trouve le public? Dans la situation d’un complice. Il a la censure, il se repose sur la censure. Il va au caféconcert, il y mène sa femme et ses filles. Oui, messieurs, les choses se passent ainsi dans le petit commerce. On se dit : « Le Gouvernement a passé par là; la chanson que Mlle Une Telle va chantera reçu l’approbation gouvernementale, nous pouvons l’entendre, »
M. le Ministre. — C’est un peu paradoxal.
M. Maujan. — Je vous demande bien pardon les choses se passent ainsi. Depuis que je fais partie delà commission, je suis allé au café-concert et j’y ai recueilli des observations intéressantes. J’ai parfaitement remarqué, dans les cafés-concerts, l’impression que je vous signale de la part des pères de famille.
Cependant j’ai remarqué qu’en général le public ne fait pas fête aux chansons déplacées. J’en ai été étonné, je m’attendais à constater le contraire. J’ai acheté quelques-unes de ces chansons : je ne suis ni pudibond ni vertueux, et cependant cette littérature m’a dégoûté. Mais ces exagérations ne plaisent pas au public; il les supporte parce qu’elles sont autorisées.
M. le ministre a cité l’opinion de Victor Hugo dans l’enquête de 1849 devant le conseil d’État. Il disait qu’il ne fallait pas laire du public un complice, mais un juge.
Le jour où l’on dira au public : On va chanter toute espèce de chansons devant toi ; si elles ne te conviennent pas, tu les interdiras; — je vous
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assure qu’à partir de ce jour-là le public se montrera un juge très sévère, et quand on lui dira des cochonneries, ces cochonneries ne reparaîtront pas une seconde fois.
Aussi bien, si l’outrage aux mœurs devait se produire sur la scène, le public ne serait pas le seul à avoir le droit de protester; le ministère public n aurait-il pas le droit de sévir, comme il le fait dès qu’un délit semblable se produit dans la rue, ou par le livre, le journal et le dessin ?
2° La censure et l'ordre politique et social.
Que peut-on craindre de la liberté théâtrale? Certains, je n’exagère pas, vont jusqu’à redouter une émeute, à la suite de quelque représentation où les passions politiques auront été violemment surexcitées. C’est la thèse soutenue par M. Hallays-Dabot devant la commission de 1849.
M. Hallays-Dabot insiste aussi sur les dangers du théâtre :
h n’en est pas du drame comme du livre, dit-il. Celui-ci se lit dans le silence du foyer; les idées qu’il propage, les paradoxes qu’il émet, les tableaux qu’il présente, n’influent sur l’esprit du lecteur que dans la mesure de son imagination et de ses opinions individuelles. Les lois et les tribunaux ordinaires auront toujours le temps de faire utilement leur devoir.
L œuvre dramatique éclôt avec une soudaineté qui exige une autre action. Voyez ces masses attentives au spectacle qui se déroule devant leurs yeux, étudiez ces physionomies haletantes qui reflètent toutes les passions
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du drame, écoutez les appréciations brèves et brutales, les conclusions d’une logique parfois imprévue, les jugements sans appel qui partent de mille bouches pour courir du salon à l’atelier, du café au cabaret, et vous comprendrez avec quelle énergique puissance le théâtre s’empare des imaginations populaires, quel germe, mauvais ou bon, il dépose dans les esprits.
Il règne à travers une salle comme un courant électrique qui, passant du comédien au spectateur, les enflamme tous deux d’une ardeur soudaine et leur donne une audace inattendue. Le public ressemble à une troupe d’enfants. Chacun d’eux pris isolément est doux, facile, parfois craintif; réunissez-les, vous en faites une bande hardie, tapageuse, souvent méchante... Les théories sociales les plus osées et les plus fausses exalteront un peuple qui, dans l’émotion du drame, ne saurait pas discerner la perfidie des déclamations et des peintures qu’on lui présente. Quand des milliers de spectateurs, entraînés par l’enivrement de la représentation, auront subi une influence fatale; quand le retentissement du scandale aura fait du scandale même un malheur public, quelle sauvegarde la société trouverat-elle dans la marche lente et méthodique des lois?
Le bon M. Hallays-Dabot ne retarde que d’un demi-siècle. Chacun sait que la liberté de réunion nous a habitués à ne plus craindre le vacarme. La foule la plus surexcitée se calme bien vite àla sortie, d’autant plus vite qu’elle a mieux épuisé ses réserves d’indignation pendant le cours même de la réunion.
Craint-on que le théâtre manque de respect aux institutions politiques et sociales ? Et quand cela serait? Pourquoi l’auteur dramatique serait-il moins libre que le journaliste ou l’orateur de
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réunion publique ? Il est probable d’ailleurs que le public saturé de politique par le journal, l’affiche, la réunion, n’ira pas au théâtre pour remâcher cette pâture? Ou s’il retrouve la politique au théâtre ce sera une politique ennoblie et purifiée par l’art. Les œuvres applaudies seront celles de purs artistes, comme celles d’Octave Mirbeau. Lucien Descaves, Albert Guinand, François de Gurel, etc.
Là encore la censure préventive est parfaitement inutile, et le public saura bien faire justice lui-même des œuvres soumises à sa libre critique.
3° La censure et le péril diplomatique.
D’autres s’appuient de l’autorité de M. Berthelot pour revendiquer le 'droit de la censure préventive, lorsqu’il y a danger pour la sûreté extérieure de l’État. C’est ce que M. Berthelot a dit en 1887 en répondant à une interpellation. Il s’est exprimé ainsi :
Sur le second point, je serai beaucoup plus bref. Il peut j avoir sur le théâtre telle manifestation éclatante, telle chanson répétée en chœur, avec les intentions les plus élevées, les plus généreuses qui provoquent... que vous dirai-je? une baisse à la Bourse de 1 franc, vous m entendez bien! Quelles en seront les conséquences internationales? Elles pourront être irréparables.
Quand il se produira en plein Opéra, devant 3,000 spectateurs, une chanson, une manifestation de ce genre, il ne s’agira plus ensuite de répression de-
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vant un tribunal. Il serait, je le répète, trop tard, et. si vous poursuivez ensuite devant un jury, où en trouveriez-vous un pour condamner une manifestation patriotique! Vous n’en trouverez pas, le fait sera irréparable. Je vous prie de peser le cas dont je parle.
J’ai rappelé ces paroles au cours de l’exposé que j’ai fait de mes idées sur l’exercice de la censure. Quand les deux intérêts sont en présence, d’un côté la liberté de la pensée, de l’art dramatique, et, de l’autre, la sûreté de l’État, l’un des deux doit évidemment céder devant l’autre, et j’estime que c’est l’intérêt public, l’intérêt de l’Etat qui doit l’emporter.
M. Maujan a fort bien réfuté cette thèse .
Reste le cas diplomatique; là est, dit-on, le péril.
Actuellement comment les choses se passent-elles? La censure lit la pièce, l’examine plus ou moins attentivement. L’œuvre est représentée. Or tel mot que la censure n’a pas vu peut servir à la suite de circonstances nouvelles, d’événements récents, de drapeau à une salle. Le fait s’est produit et assez fréquemment. La pièce a passé par l’examen préventif, la censure l’a autorisée, on la joue; le gouvernement est engagé. A la représentation, un passage, qui avait paru absolument inoffensif à la lecture, prend des proportions considérables sur la scène et, dans ces conditions, devient blessant pour un gouvernement étranger. Sans doute, dès le lendemain, le gouvernement français interdira la pièce; mais, vous le voyez, il est absolument dans le même cas que s’il n’y avait pas de censure.
Supposons que la censure n’existe plus. Un auteur insère dans une pièce des phrases, des allusions maladroites, désagréables pour un gouvernement voisin, ami ou ennemi; le lendemain de la première représenta-
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tion le gouvernement français interdit la pièce, absolument comme dans le cas précédent, seulement il n’a encouru aucune responsabilité. Le fait n’a pas plus d’importance qu’un article signé Roche fort, qui nous causerait les difficultés diplomatiques les plus grandes si la liberté de la presse n’existait pas. Il en est de même d’un ordre du jour contenant des insultes pour un gouvernement étranger voté dans une réunion d'anarchistes. La liberté de la presse et la liberté de réunion dégagent complètement le gouvernement français de toute responsabilité.
D’ailleurs, à l’étranger, nous le savons, on ne se gêne guère, et il ne faut pas que nous ayons une attitude si timide : 1870 est loin et, sans se poser en bravache; nous pouvons faire chez nous ce que nous voulons. Nous sommes assez solidement établis au point de vue militaire et à tous les points de vue pour ne pas nous effrayer d’une caricature ou d’un ordre du jour incendiaire que des énergumënes feront adopter dans une réunion publique, ou d’une mauvaise pièce que lancera un auteur emballé et qui ne fera pas un long chemin devant l’opinion publique. »
En résumé donc, nous croyons avoir le droit d’atfirmer que seul un régime de liberté est compatible avec la dignité des écrivains dramatiques, avec la dignité du public, avec la dignité du gouvernement républicain.
.N’est-il pas odieux de penser qu’un Victor Hugo ou un Alfred de Musset, voire un Dumas ou un Augier ont dû soumettre leurs œuvres à la la censure d’un Coupart ou d’un Florent ! (1)
(1) Ces deux noms sont ceux de deux censeurs : i’un a exercé son ministère sous Napoléon I", l’autre sons Napoléon III.
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Le public n’est-il pas encore majeur et cligne d’être émancipé d’une tutelle humiliante? La pudeur populaire ne sera-t-elle pas meilleure gardienne de- la morale théâtrale que les auteurs de Polissoniana ou du Sopha ou les tripatouilleurs bienveillants de l’Homme à l’Oreille coupée ?
Enfin l’imposante manifestation littéraire que fat la lecture des Avariés au théâtre Antoine a porté au principe de la censure un coup décisif. Tout ce que Paris compte de plus brillant dans le monde des Lettres, du théâtre, de la science, s’est uni dans cette circonstance pour proclamer la nécessité de la suppression de la censure.
Cette soirée comportait une sanction et M. Antoine l’avait si bien compris que chaque invité avait reçu, avec sa carte d’entrée, un bulletin de protestation contre la censure ainsi conçu :
Nous demandons la liberté du théâtre.
Ces bulletins, dûment signés et paraphés, furent rassemblés avec soin par M. Antoine, qui a bien voulu me les communiquer.
Voici quelques noms, parmi ceux qui ont signé le bulletin réclamant la liberté du théâtre :
MM. Maurice Donnay, René Maizeroy, Sarah Bernhardt, Georges de Porto-Riche, Hubbard, le docteur Galtard de l’Institut Pasteur, Quentin- Bauchart, Alfred Bruneau, Jean Richepin, Pascal Grousset, Henri Bauer, Porel, Gémier, Edmond Sée, P. de Saint- Auban, Courteline, Gustave Gef-
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froy, L. Roger-Milès, Bodinier, Gabriel Trarieux, Pierre Yéber, Georges Ancey, Franc-Nohain, Emile Zola, Yictor Sylvestre, Alexandre Natanson, Paul Brûlât, H. Bernstein, Henry Austruy, Louis Legendre, Yves Guyot, H. Turot, André Gresse ; Madame Georges de Peyrebrune ; MM. Zévaès, député ; Jacques Richepin, M. Dejean, Oscar Méténier, Georges Glémenceau, Grenet-Dancourt, H. Desnaid, André Rouveyre, Jules Oudot, Grau, Emile Gautier, Georges Lecomte Adolphe Mayer, Tristan Bernard, Rémy de Gourmont, Dubief, député; Gaston Méry, Clovis Hugues, Henri Avenel, Dumény, Paul Méry, Alfred Athys, docteur Labbé, Lugné-Poë, madame Hélène Sée, madame Renée Rambaud; MM. Gustave Toudouze, Marcel Batillat, Jean Destrem, Louis Antonin, Marcel Hutin, Georges Montorgueil, Emile Blavet, L. Stoullig, madame Camille Pert ; MM. Foùrnière, député: Paul de Chamberet, Gérault-Richard, Camille le Senne, Ferdinand Bloch, Jean Grave, Ernest Gégout, Louis de Gramont, madame Berthe Mendès ; MM. Yictor de Cottens, André de Lorde, madame Albert Le Roy ; MM. Yaughan, Urbain Gohier, Guinaudeau, Albert Goullé, Jean Torlet, Berthier, Iiuntz, Darthèze, A. Manière, Francis Talman, Georges Laporte, Maurice Chariot, directeur du Palais-Royal; docteur Abel Deval, directeur de l’Athénée ; Richemont, directeur des Folies-Dramatiques ; Paul Lordon, Gandillot, Pierre Yaldagne, Jean Drault, Jean Thorel, Charles Frémines, Alfred
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Delilia, J.-L. Croze, Georges Docquois, Henry Fèvre, Radiguet, Pierre Louys, Roger, du Parti ouvrier; Valéry-Hermay, Alexandre Yarenne, de la Revue socialiste ; E. Gugenheim. J. Nivelle, , Charles Martel, Georges Street, Sarradin, Maurice Bouchor, Georges Vanor, Paul Marot, Auguste Germain, Francis de Croisset, Jules Renard, Maurice Beaubourg, Emile Fabre, Hugues Delorme. Elie Béranger, Paul et Victor Margueritte, Lucien Descaves, Armand d’Artois, Marcel Luguet, madame Suzanne Desprez, MM. Gustave Babin, Louis Bruyère, Alfred Jarry, Rachilde, A. Yallette, A. Lemonnier, Marie-Léopold Lacour, Lucien Métivet, Salandry, Jean de Feuville, etc., etc.
On trouvera en annexe, à la tin de ce volume, les conclusions de deux enquêtes officielles sur la censure en 1849 et en 1891.
Les théâtres subventionnés (‘).
« Les théâtres subventionnés ont la mission d’instruire, de charmer, de captiver le spectateur. Ils servent aussi, tout en en faisant une place aux chefs-d’œuvre étrangers adoptés à la scène française, à fournir aux auteurs français
(l) Les théâtres subventionnés ont coûté à l’Etat, en 1902,