‹ L'art et la médecineChapitre 104 sur 191 · FIG. 204. — UN LÉPREUX · texte numérisé non relu

FIG. 204. — UN LÉPREUX

Je citerai ici un curieux tableau de Breughel le Vieux (1526-1569) actuellement au musée de Naples et intitulé : Le faux dépôt et le diable qui lui vole sa bourse (Fig. 205). Le diable prend dans la circonstance la forme d’un infirme dont la figure sans barbe ni sourcils, les paupières rongées, les lèvres tuméfiées, nous font songer à la lèpre. Le pied gauche tordu et gonflé ne peut qu’appuyer cette supposition.

LES LÉPREUX

Perse connaissait avant l’Europe, plus de 600 ans avant Jésus-Christ. La maladie a gravement touché les extrémités. Les deux pieds sont atteints. Le pied droit est immobilisé en pied bot talus et varus, de façon que tout le membre porte sur le talon. Bien que gravement compromises, les fonctions du membre inférieur sont en partie conservées, puisque grâce à lui et à l’aide de sa béquille le malheureux peut encore se tenir debout. 11 n’en est pas de même du membre inférieur gauche à demi fléchi et dont le pied tuméfié est bien malade. On n’y compte que quatre orteils gonflés et déformés, pendant que, sur l’autre pied, les cinq orteils sont parfaitement dessinés. De plus, au-dessus de la cheville, la jambe est le siège d’une tumeur arrondie dont la limite inférieure se confond avec le gonflement du pied. La main droite qui tient le bâton paraît saine, mais la main gauche est dans un piteux état. Le poignet, 'déformé et amaigri, laisse pendre une sorte de loque de chair où l’on distingue encore les doigts irrégulièrement déformés. Le pouce, entre autres, est réduit à un tout petit moignon. Enfin, la face elle-même n’est pas indemne. Les lèvres rétractées découvrent les dents. Et l’œil droit est réduit à un globe blanc sans pupille. Nul autre mal que la lèpre sous ses diverses formes, atrophique, noueuse et mutilante, ne peut nous rendre compte du cortège de maux qui accable ce malheureux.

Nous bornerons là notre énumération des figures de lépreux dans l’Art, bien que la liste n’en soit pas épuisée. Ce que nous avons dit suffira, je pense, pour donner à ceux que la recherche ou le hasard mettra en face d’une nouvelle image de lépreux, tous les éléments d’appréciation.

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Alinari, phot.

FIG. 205. — LE FAUX DÉVOT ET LE DIABLE, PAR BREUGHEL LE VIEUX. (Musée national, Naples.)

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