FIG. 218. — LA PESTE DE MILAN, PAR PUGET
(Bas-relief, il la Santé de Marseille.)
nous sommes obligé d’entrer dans quelques détails que nous empruntons à Charles Blanc.
Ce tableau fut commandé à Gros par le premier consul. Mais comment peindre la peste de Jaffa sans l’avoir vue et à quinze cents lieues de la Syrie?
L’artiste alla trouver Denon, qui lui raconta la scène comme elle s’était passée dans la mosquée servant d’hôpital. Gros prend un vaste carré de papier ; il y
jette à la hâte la description de Denon; ce croquis était entre les mains de M. le Dr H. Larrey qui nous a permis d’en prendre une photographie, et Delestre possédait à peu près la même composition ébauchée en bitume. Ce projet primitif a été dans la suite complètement modifié parle peintre, et il est infiniment curieux de passer par le chemin qu’a parcouru son génie avant d’arriver au tableau de Jaffa tel que nous le connaissons. Dans ce projet, le
FIG. 219. — ESQUISSE DU BARON GROS POUR SON TABLEAU, « LES PESTIFÉRÉS DE JAFFA ». (Collection du baron Larrey.)-
général Bonaparte, comme autrefois saint Louis, prend dans ses bras le corps d’un pestiféré que soutient un Arabe effrayé de tant de courage.
La scène est ainsi rapportée par le comte d’Aure, ordonnateur en chef de l’armée d’Ég’yptc, dans le livre Bourrienne et ses erreurs volontaires et involontaires, etc., p. 44, t. Ier : « Je commencerai par la visite à l’hôpital de Jaffa; elle eut lieu le 21 ventôse, cinq jours après notre entrée dans cette ville. Le général en chef Bonaparte, accompagné du D1’ Desgenettes, médecin en chef de l’armée, et d’une partie de son état-major, visita cet hôpital dans le plus grand détail; il fit plus que de toucher les bubons; aidé d’un infirmier. turc, le
LES PESTIFÉRÉS
général Bonaparte souleva et emporta un pestiféré qui se trouvait au travers de la porte d’une des salles ; cette action nous effraya beaucoup, parce que l’habit du malade était couvert d’écume et des dégoûtantes évacuations d’un bubon abcédé. Le général continua avec calme et intérêt sa visite, parla aux malades, chercha, en leur adressant des paroles de consolation, à dissiper l’effroi que la peste jetait dans les esprits, et termina sa longue visite en recommandant aux soins des officiers de santé les pestiférés auxquels il avait témoigné tant d’intérêt. »
C’est bien cette scène que reproduit l’esquisse de Gros avec son sentiment très juste de l’expression des différents acteurs. L’impassibilité des traits du général en chef contraste avec l’effroi peint sur les fig’ures environnantes *.
« Après avoir si naïvement accusé le vrai, ajoute Ch. Blanc au sujet de l’escjuisse de M. le baron Larrey, Gros s’en repentit, et ce fut peut-être un fort. 11 crut que le héros de l’Égypte ne devait pas se conduire comme un simple aidechirurgien ; mais il ne prit pas garde que la crudité du fait, ici, était une beauté de premier ordre, une inconvenance héroïque. Dans l’esquisse, Napoléon agit; dans le tableau, il joue son action... Qui saura décider si la vérité* dans son énergie, valait mieux que cette imposante mise en scène de Napoléon devant la postérité? »
C’est ici que nous demandons la permission d’ajouter à la description de Ch. Blanc, un trait qui donne au tableau une signification plus élevée que célle que cet auteur lui attribuait.
En effet, dans le tableau, Bonaparte, dans son geste de dignité un peu théâtrale, il est vrai, touche non pas la poitrine, ainsi que le pensait Ch. Blanc, mais bien l’aisselle d’un pestiféré qui s’approche de lui. « Que de naïveté, que de naturel, s’écrie le critique, dans le geste du malade qui porte involontairement la main à sa chevelure pour saluer l’illustre visiteur. » 11 n’est pas nécessaire d’y regarder à deux fois pour reconnaître que ce geste ne saurait être en
1. M. le baron Larrey a joint à l’esquisse de Gros la notice suivante : « Ce dessin de Gros est la véritable scène historique ou la première esquisse de son chef-d'œuvre. 11 représente le général Bonaparte relevant de ses propres mains le cadavre d’un pestiféré pour ranimer le moral abattu de Ceux qui l’entourent. Tous semblent effrayés de son action, lui seul est calme, comme l’exprime sa ligure. Cette scène était plus digne de la gloire du grand homme que la substitution d’une attitude plus noble en apparence à l’élan vrai d’un courage sublime. »
aucune façon le salut d’un vieux troupier devant le général en chef. Le pestiféré lève le bras droit, en effets mais c’est pour découvrir l’aisselle où siège le mal tant redouté, la tumeur pestilentielle. Et le geste de Bonaparte acquiert une signification plus haute, puisqu’il touche non pas une partie quelconque