‹ L'art et la médecineChapitre 110 sur 191 · FIG. 220. — LES PESTIFÉRÉS DE JAFFA, PAR LE BARON GROS (FRAGMENT · texte numérisé non relu

FIG. 220. — LES PESTIFÉRÉS DE JAFFA, PAR LE BARON GROS (FRAGMENT

(Musée du Louvre.)

du corps, mais la région où se concentre pour ainsi dire toute l’intensité du terrible fléau. Si l’on y réfléchit, on trouvera cette interprétation toute naturelle, et l’on devine la scène qui a précédé. Le médecin, qui accompagne le général en chef, veut lui faire voir le signe caractéristique du mal, le bubon. Sur son ordre, le pestiféré se dépouille d’une partie de ses vêtements qu’il retient

LES PESTIFÉRÉS

encore de la main gauche, pendant que le bras droit soulevé met l'aisselle à découvert.

Ce tableau, lorsqu’il figura au Salon de 1804, fit une véritable révolution dans la peinture. « En un temps, dit avec beaucoup de justesse Ch. Blanc, où l’école ignorait ou méconnaissait la couleur, c’était de l’imprévu que ce riche costume du général en chef, cette chaude lumière, ces chairs morbides et la verte pâleur des moribonds, et ces voyantes écharpes, et ces plumes blanches et ce luxe d’exécution sur des armes touchées avec amour et reluisant au soleil d'Asie. Au milieu des immobiles divinités de la Fable apparaissaient tout à coup le chapeau français, l’uniforme et le sabre bientôt consulaires ; la nature, franchement attaquée jusqu’en ses altérations, s’offrait à des yeux façonnés aux conventions de l’École. Gros avait mis du sang dans les chairs, de l’humidité dans les regards, et à côté de tant de peintres qui donnaient à la vie l’aspect du marbre, il donnait lui-même à ses mourants l’aspect de la vie. Aussi, jamais enthousiasme ne fut plus vif; sans attendre l’arrêt de l’opinion, les artistes suspendirent au sommet du tableau de Jaffa une longue branche de palmier; le public, entraîné à son tour, couvrit de couronnes toute la bordure... »

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