FIG. 252. — SATYRE ET PANISQUE
porte instinctivement en avant comme pour contenir le flot qui monte. Sur le côté, une jeune femme lui soutient la tête de ses deux mains dans un geste qu’on croirait observé d’hier. A ses pieds, un énorme bassin reçoit le flot qui déborde.
Cette coupe, faite pour circuler dans les banquets, remplissait peut-être le rôle des Ilotes que Sparte enivrait pour l’exemple. Elle était bien faite en tout cas pour rappeler aux convives les dangers de l’intempérance.
LES MALADES ET LES MÉDECINS
La sculpture antique nous a laissé de nombreux spécimens, statues en ronde bosse, bas-reliefs, pierres g’ravées d’une scène toute intime de petite chirurgie reproduite avec beaucoup de simplicité et de vérité. Théocrite la retrace ainsi :
« Par Zeus, s’écrie Battus, regarde, Corydon ; une épine vient de me blesser à la cheville ; comme les piquants sont enfoncés profondément! Malheur à cette génisse, c’est en l’admirant que je me suis blessé; vois-tu quelque chose? » Et Corydon répond : « Oui, oui, je tiens l’épine avec mes ongles ; oui, c’est bien elle. »
Je me contenterai de citer ici le groupe en marbre du musée du Louvre (Fig. 252). Un jeune Pan accroupi tire une épine du pied d’un satyre. Le blessé est assis sur umrocher auquel il se cramponne des deux mains. Il renverse la tête en arrière dans un mouvement convulsif qui exprime bien la souffrance peinte aussi sur son visage avec une grande vérité. Le panisque procède avec précaution à cette opération délicate.
Une peinture murale de Pompéi nous représente une opération plus grave, peinte avec non moins de sincérité (Fig. 253).
Elle reproduit trait pour trait, pour ainsi dire, l’épisode raconté par Virgile, au livre XII de YÉnéide, au moment ou Énée, blessé traîtreusement par les Rutules qui trahissent la foi des traités, rentre dans sa tente. Le fer resté dans la plaie résiste à ses efforts. Enfin Japis, fils d’Iasus, auquel Apollon a appris tous ses divins secrets, saisit une pince, retire le fer meurtrier, et grâce au divin remède, le Dictame de Crète , que Vénus elle-même lui apporte, guérit la plaie instantanément. Énée retourne au combat, atteint son ennemi Turnus, le roi de Rutules, et après l’avoir abattu avec son javelot, le transperce de son épée. L’artiste pompéien a choisi le moment où Japis, à l’aide d’une pince, retire le fer de la cuisse d’Énée. Le héros, debout, s’appuie d’une main sur sa longue lance et de l’autre sur l’épaule du jeune Yule tout en larmes. Il présente au chirurgien sa cuisse droite portée en avant, et dont la partie interne, découverte, laisse voir la blessure. Celui-ci, un genou en terre, soutient d’un geste très naturel la cuisse du guerrier avec sa main gauche, pendant que la main droite conduit la pince dans la plaie. La tête attentive et légèrement penchée achève de donner à la figure du disciple d’Esculape une expression réfléchie, bien en rapport avec le caractère du personnage et la gravité de l’opération.
La pince dont se sert Japis est dessinée avec assez de précision pour que M. Meige1, qui a donné une bonne description de cette peinture, ait reconnu l’analogue dans la collection d’instruments de chirurgie trouvés à Pompéi dans la maison dite du chirurgien et à Herculanum.
Borgî, phot.
FIG. 233. — CHIRURGIEN PANSANT LA BLESSURE I)’ÉNÉE. (Peinture murale de Pompéi, Naples, musée National.)
Nous avons voulu montrer par les exemples qui précèdent que l’antiquité ne s’était point désintéressée des sujets touchant la médecine. Mais,- comme on pouvait s’y attendre, c’est l’art moderne qui nous offre les documents les plus nombreux, les plus variés et les plus intéressants.
. Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière , 1890, p. 37.
LES MALADES ET LES MÉDECINS