IL — SCÈNES MÉDICALES
L’exercice de la médecine, tel que nous le voyons pratiqué aujourd’hui, ne peut nous donner une idée de ce qu’il était autrefois. Chirurgiens et médecins font aujourd'hui leurs études sur les mêmes bancs, suivent les mêmes maîtres, subissent les mêmes examens. La spécialisation se fait au sortir de l’école, elle est une des conséquences obligées de la pratique, elle n’est point une cause de désaccord.
Autrefois il n’en était pas ainsi. Médecins et chirurgiens n’eurent point la même origine.
Au moyen âge, la médecine était aux mains des clercs et des chanoines, et comme l’Église leur interdisait de verser le sang-, ils durent abandonner la pratique des opérations à' des gens étrangers à leur profession 1 .
De là, dans la suite, l’établissement de deux catégories très distinctes dans les personnes appelées à donner leurs soins aux malades. Au xni® siècle, les médecins faisaient un corps à part, avec ses sceaux, sa « masse en argent », ses registres. Les chirurgiens, vers la même époque, obtenaient de saint Louis des règlements et l’établissement d’une confrérie sous le patronage de saint Côme. La lutte fut vive .entre lés deux corporations rivales, les médecins prétendant toujours au premier rang, gardant le privilège d’enseigner et de donner des diplômes. Mais entre ces deux partis, il y en eut toujours un troisième, celui des barbiers, d’orig-ine plus humble, et qui en s’unissant tantôt aux médecins, tantôt aux chirurgiens, faisait pencher la balance de l’un ou l’autre côté. Les barbiers, en effet, avaient été autorisés vers la fin du xiv° siècle à panser et guérir « bosses, apostumes... et toutes playes ouvertes non mortelles ».
Au xiv° siècle, la corporation des barbiers chirurgiens ou chirurgiens de robe courte, existait à côté des chirurgiens de robe longue et ne leur en cédait guère au point de vue de l’habileté et du savoir. C’est, en effet, à la première qu’appartenait Ambroise Paré. L’union entre les deux ne se fit que vers le milieu du xvne siècle.