Corlieu, L'ancienne Faculté de médecine , p. 1C
Mais à côté- de ces praticiens divers, médecins, chirurgiens ou barbiers, il y avait encore les professions accessoires qui vivaient de la médecine, les her-
Alinari,- phot.
FIG. 554. — SCÈNE D'HOPITAL, PAH TADDEO I)I BARTOLO. (Fresque de rhôpital de S. Maria délia Scala, Vienne.)
biers (herboristes), les épiciers qui, au moyen âge, cumulaient la vente des épices et des médicaments, puis les apothicaires qui finirent par se séparer des épiciers vers le milieu du xvi° siècle tout en gardant pour eux le droit de vendre des épices, mais en interdisant aux épiciers la vente des médicaments.
LES MALADES ET LES MÉDECINS
Enfin, en dehors de tout ce monde plus ou moins officiel, on voit, de tout temps les irréguliers de la médecine, les flibustiers du métier, depuis les anciens mires et les anciennes mirgesses, jusqu’aux renoueurs, rhabilleurs, rebouteurs, empiriques, 'sorciers, devins- alchimiMes, : charlatans mâles ;ou femelles? roulant p&rrossë.. Où portant, -guenille, : exercer leur , lucrative industrie reh .exploitant rétcrnellë bêtise humain’e, ,1e: tou jauges.. vrai, t mit vul'g.us decipï d’Horace. ’ ;
JeJri’aiJpdint l’in teriti6n.de irefairè. ici par l’image l’histoire, deda médecine. Je ^veUx seulement noter les. emprunts faits par l’art' à .cette branche- des pohnarisâajacës: humaines, c définir lés motifs qu’il: y a puises 'et': rechercher ;ïes caractériel de l’interprétation. qu’il en a donnée.
. Sur les' ; débuts de la médecine, l’art français ne nous a laissé d'autres documents .que des 'miniatures Jet J quelques* anciennes gravures. Les seuls maîtres du, xv.ie èt du xvii? siècle qui ont peint. des scènes familières, lesefrères Le .Nain, Callot,; Lé Valentin et aussi Sébastien Bourdon, dans quelques-unes dé ses œuvres, 'ont .complètement délaissé ce/ g’enre. dé sujets.. Il rien est pas de même d'es écoles d’Italie qui nous ont laissé sur ce’ point, quelques, œuvres intéressantes. Mais la moisson a été surtout, fructueuse .dans l’école flamande et dans lJécole. hollandaise qui, plus qu’aùcuhë. autre, sont 'riches -eu œuvres que l’on peut considérer comme de magnifiques. illustrations: de l'art de guérir. r Cè ri’est pas, bièn entendu, en vertu d’une prédilection particulière pour les choses de. la médecine, que l’art: des Pays-Bas renferme Tant d’œuvres intéressantes, qui lui Jsont consacrées.. Elles sont la conséquence naturelle du génie spécial; à la race., qui tourna lés artistes vprs les, scènes de la vie intime', •et elles prennent rang à côté: des. lietimésses et; des danses villageoises, des •intériëürs calmés :et . paisibles,. Où Jsé! déroulent chaque .-.jour; les mêmes incidënts,; des rixes et des jeux en plein-air Ou au fond des. 'estaminets, des beuveries et des ripailles sur l’herbe ou dans l’air empuanti des tavernes.
La médecine aux Pays-Bas et dans les Flandres a eu les mêmes débuts qu’en France. L’œuvre des peintres en témoigne amplement. Nous y voyons les médecins à haut bonnet et à robe longue; les chirurgiens à robe courte et aussi les barbiers, pédicures, inciseurs ou étuvistës, dans leurs humbles officines, maniant tour à tour le rasoir et le bistouri, cultivant les
« emplâtres, oignements, bosses, apostumes, plaves ouvertes », posant les
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ventouses ou pratiquant la saignée, sans oublier les charlatans de tout poil et de tout acabit, marchands d’orviétan ou colporteurs de drogues mirifiques, arracheurs de dents ou extracteurs de « pierre de tête » .
Je commencerai par l’école italienne et par l’école française. Voici d’abord quelques scènes d’hôpital. Une fresque de Taddeo di Bartolo (1363-1422), un des derniers maîtres de l’école siennoise, nous montre l’intérieur d’une salle d’hôpital au moment où l’on donne les soins aux malades (Fig. 254). Maints détails intéressants peuvent y être relevés au sujet des usages hospitaliers de l’époque, depuis le lavabo qui occupe le coin droit de la composition, jusqu’au brancard de l’angle de gauche sur lequel un infirmier pose avec grand soin un malade à moitié nu et dont les g’estes témoignent que cette manœuvre ne se fait pas sans douleur. Cette petite scène accessoire mérite d’être notée. Il est impossible de mettre plus de naturel et de vérité dans l’un comme dans l’autre personnage, dans l’infirmier et dans le blessé. Derrière eux, un aide tient un vase de forme allongée et dont la signification doit être fixée. C’est évidemment un urinai. Nous verrons, dans la suite, quel rôle important les artistes, dès le xii15 siècle et dans les siècles suivants jusqu’au xvme, ont donné à ce modeste ustensile dans la représentation des scènes médicales. Il devient comme l’accessoire obligé de toute peinture de cette nature et comme le symbole de la profession médicale elle-même.
La scène centrale représente les apprêts d’une opération dont il est d’ailleurs difficile d’indiquer la nature. Le chirugien procède au lavement des pieds du blessé. Une simple scène de propreté n’aurait pas attiré un tel concours de si hauts personnages. D’ailleurs, derrière l’opérateur, un aide présente, de sa main droite, un instrument que l’état de la fresque ne permet pas de préciser davantage, pendant que, de l’autre, il tient un pot d’onguent. S’agit-il d’une vulgaire opération de pédicure ? Nous ne pourrions l’affirmer. Il semblerait bien dans ce cas, que la mise en scène fût un peu excessive. Nous verrons les pédicures de l’école hollandaise plus modestes dans leurs allures. Mais, d’autre part, l’art de guérir ne doit-il pas tout prendre au sérieux, les plus petits bobos pouvant être, quelquefois, la cause de véritables désastres.
Il n’en reste pas moins, sur la signification du groupe principal de cette très importante et très remarquable fresque, des incertitudes que nous ne sommes pas en mesure de dissiper.
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Parmi les magnifiques bas-reliefs en terre cuite émaillés, de Giovani della Robbia (1469-1529), qui ornent la façade de l'hôpital de Pistoia et représentent les œuvres de miséricorde, le segment consacré aux soins prodigués aux malades, œgros curare, est un morceau exquis, d’ailleurs bien connu (Fig. 178). Les deux extrémités sont occupées par deux malades couchés dans leur lit. Celui de gauche est un fébricitant. Il se soulève avec peine, la tête retombe en avant, la figure exprime la souffrance et l’épuisement; la bouche entr’ouverte marque l’oppression. Nous reconnaissons cette physionomie pour l’avoir rencontrée, pour ainsi dire, à chaque pas dans nos salles d’hôpital. Près de lui, le médecin vêtu encore de son manteau lui tâte le pouls dans une attitude supérieurement rendue de calme, de dignité et de recueillement. Il a dû retirer pour cette opération ses gants, qu’il tient de la main gauche. Au pied du lit, un aide soulève un vase à large encolure qui n’est autre qu’un urinai. Il est de même forme que celui qui se trouve dans la fresque de Taddeo di Bartolo, sigmalée plus haut.
Le malade de l’angle de droite appartient à une autre catégorie. Également dans son lit, comme doit être tout malade au moment de la visite, il est assis plus franchement sur son séant. Là, pas de fièvre, ni d’épuisement général. L’affection est toute locale, elle siège au cuir chevelu. Deux personnages regardent de près et se livrent à un examen qui n’est pas sans douleur, ainsi que le témoigne le geste si bien observé que le patient fait de la main droite. Près d’eux un aide tient un plat avec des médicaments.
Nous ne connaissons point d’œuvre d’art équivalente consacrée à l’ancienne médecine française, mais les spécimens de moindre importance, tels que miniatures ou gravures, ne manquent point qui reproduisent les mœurs médicales et hospitalières du xve siècle. Nous en ferons connaître quelques-uns.
Une miniature du xv° siècle nous montre une salle de malades â l’Hôtel- Dieu. Elle provient d’un manuscrit sur vélin, composé sur l’ordre et aux frais de maître Jehan Henry, conseiller du roi, président de la chambre des requêtes de la cour du Parlement, chantre de l’église et proviseur de l’Hôtel-Dieu de Paris, pour célébrer les louanges de l’Hôtel-Dieu, et faire connaître l’administration de cet hôpital au temporel et au spirituel ’.
1. Citée et reproduite dans le Magasin, pittoresque, 1819, p. 141.
Cette peinture a surtout un intérêt historique. On y voit les malades couchés à deux dans un lit, recouverts jusqu’au cou par des draps, bien tendus, ou passant au dehors leurs bras nus. L’un boit une tasse de tisane, l’autre tient sa joue de la main gauche. Tous ont des airs plus ou moins piteux. Sur le devant, quatre figures allégoriques, d'une haute stature, la Prudence, la
fgggjÊparïjon grâces f facultés Donc? et octroprspar
FIG. 255. — UNE SALLE DE l'hOTEL-DIEC.
(Gravure de 1510, en-tête d’une lettre d'indulgence.)
Tempérance (modération des passions), la Force, la Justice. Près d’elles sont les sœurs professes et les novices.
Une gravure de 1510 (?) formant l’en-tête d’une lettre d’indulgence accordée par l’archevêque de Bourges aux bienfaiteurs des hôpitaux1, reproduit également l’intérieur d’une salle de l’Hôtel-Dieu (Fig. 255). La composition est peaucoup plus vaste. Des scènes multiples se passent dans une sorte de chapelle
1. N° 698 du Catalogue de la réserve du Cabinet des estampes, par M. F. Courboin, bibliothécaire au département des Estampes, 1900.
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avec colonnades, vitraux et autel au fond. Sur la droite, une série de lits occupés par des malades auxquels les sœurs prodiguent leurs soins. A gauche, un prêtre donne le viatique à d’autres malades et, au premier plan, des religieuses ensevelissent les morts.
Nous trouvons dans les chroniques de France (Paris, Vérard, 1493, in-fol.) une très curieuse gravure sur bois représentant une scène médicale fort bien observée. 11 s’agit d’une illustration de la mort du bon roi Dagobert (Fig. 256).
(Gravure extraite des Chroniques de France, de Vérard, 1493.)
On y voit, près du royal malade couché tout nu dans son lit, un médecin en costume du xvc siècle, lui tâtant le pouls de la main droite pendant que de la gauche ilexquisse un geste de démonstration. Autour du lit, des personnages éplorés se cachent le visage, et tout à l’arrière-plan, l’aide du médecin élève le vase à urines qu’il contemple attentivement.
Lemanuscritlatindela Bibliothèque nationale n° 873, égalementdu xve siècle, dont nous avons déjà parlé au sujet des démoniaques, contient une autre scène médicale plus restreinte, mais non moins intéressante. Deux personnages seulement : le malade couché nu dans les draps, selon l’usage, fait piteuse mine
pendant que le médecin, vêtu d’une longue robe, coiffé d’une calotte, lui tourne le dos, cherchant vraisemblablement la lumière de la fenêtre pour examiner le contenu de burinai qu’il élève de la main droite. La peinture est très fine et très soignée. L’expression de la physionomie du médecin est des plus curieuses.
On y lit visiblement l’inquiétude d’une fâcheuse découverte (Fig. 248).
Les deux frères médecins, saint Corne et saint Damien, patrons des médecins et des chirurgiens, ont été l’occasion de nombreuses scènes médicales peintes pour glorifier leur mémoire. Souvent, ils sont représentés soignant un malade ou pratiquant l’amputation d’une jambe. Une des peintures lés plus remarquables au point de vue de la vérité de l’observation est celle qu’on peut voir au Louvre sur un fragment de retable peint par Francesco Pesello dit il Pesellino (1426-1457).
Il existe au musée des Offices, à Florence; les portraits des deux saints peints par Bicci di Lorenzo (13507-1427). Ils sont tous deux représentés tenant une pince de la main droite, et de la main gauche une petite boîte d’onguent, indices de leur profession. On voit, en bas du tableau, deux vignettes, dont l’une représente les deux saints enlevant à un malade une jambe toute noire (Fig. 257).