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FIG. 2 01. — SAINT COME ET SAINT DAMIEN PAU LORENZO DI BICCI

(Galerie des Offices

Cette dernière scène a été reproduite également par Beato Angelico (1387-

1455), dans un tableau qui est aujourd’hui à la Galerie antique et moderne de Florence. Les deux saints soutiennent la jambe noire et se disposent à l'enlever. Il s’agissait vraisemblablement d’un membre atteint de gangrène sèche. Le malade, confiant dans le pouvoir miraculeux des frères médecins, croise

LES MALADES ET LES MÉDECINS

les deux mains sur sa poitrine, et attend la fin de l’opération avec une résignation pleine d’espérance.

Mais il nous faut arriver à l’art hollandais, pour trouver les œuvres les plus remarquables que la médecine ait jamais inspirées.

Tout le rnonde connaît le tableau de Gérard Dow (1598-1674), la Femme lujdropique du musée du Louvre (Fig’. 257). Il est considéré à juste titre comme

FIG. ’J58. — l'X MIRACLE DES SAINTS COME ET DAMIEN, PAR BEATO ANGELICO.

(Gftlerie antique et moderne, Florence.)

le chef-d’œuvre du maître, et nous ajouterons qu’en dehors de mérites de premier ordre au point de vue pictural, dont nous n’avons pas à parler ici, il reproduit une scène médicale dans laquelle l’accentuation discrète de traits naturalistes très finement observés, loin de nuire, ajoute à l’émotion qui s’en dégage. Drame tout intime et silencieux, mais non moins poignant. Dans un riche intérieur hollandais, dont les détails d’ameublement ont été souvent relevés, une riche bourgeoise est renversée dans son fauteuil, terrassée par un mal qui ne pardonne pas. Déjà son teint pâle, sa pose défaillante, son regajrd perdu en

haut, nous annoncent l’anéantissement des forces. Mais ce pourrait n’être

FIG. 259. — LA FEMME Il YDROPIQUE, PAR GÉRARD DOW.

(Musée du Louvre.)

qu’une syncope passagère. Malheureusement, le mal est plus grave, et le peintre n’a pas négligé d’autres signes qui nous renseignent complètement sur

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l’affection dont elle est atteinte. Sous ses vêtements peu serrés à la taille, on devine aisément l’oedème qui, suivant la règle, a envahi la partie inférieure du corps. Et le' pied droit que la robe découvre 'apparaît manifestement gonflé.

Sa fille, en larmes à ses genoux, lui presse la main, tandis qu’une servante essaie de lui faire prendre une cuillerée d’une potion réconfortante.

Pendant ce temps, son médecin, debout, considère avec attention le contenu d,e l’urinal qu’il expose au jour. L’art hollandais a souvent représenté, ainsi que nous le verrons plus loin, le médecin examinant burinai. Un autre tableau de G. Dow, à Vienne, reproduit cette scène, mais jamais il ne l’a fait avec plus d’àpropos qu’ici. On sait, en effet, de quelle importance est l’examen des urines dans les affections qui produisent l’hydropisie, et. ce geste prend ici une signification toute particulière, qui complète fort heureusement l’idée déjà exprimée par la façon dont est traitée la malade elle-même.

Dans un autre tableau, qui se trouve à Buckingham Palace, Gérard Dow nous montre une malade moins sérieusement atteinte. C’est une jeune fille, et à coup sûr il ne s’agit que de malaises sans grande importance, bien que le médecin examine avec non moins d’attention que son confrère du Louvre le contenu de l’urinal qu’il élève de la main gauche, pendant que de la main droite il tient le poignet de la jeune femme, tout prêt à lui tâter le pouls. Quant à la pauvrette, bien emmitouflée, une mouche de Milan sur la tempe, une main sur son cœur, elle jette un regard anxieux du côté de l’homme de l’art. Rien de plus charmant et aussi de moins inquiétant.

| Un élève de Gérard Dow qui fut, lui aussi, le peintre des intérieurs et des occupatiqns ménagères, Quiringk Brekelenkam (vers 1620-1668), a peint un petit tableau intitulé la Consultation , le seul de ce maître que possède' le musée du Louvre (galerie La Caze), et qui compte parmi les meilleures. productions de l’art hollandais sur le même sujet (Fig. 260). Deux personnages seulement: une femme assise, et devàht'elle un médecin debout qui lui tâte le pouls. Rien de plus simple ni de plus naturel que le geste du médecin, si ce n’est l’expression de la malade et de regard interrogateur qu’elle lève sur lui. Tous deux sont représentés avec tant de vérit.é et de sincérité que, malgré la simplicité et presque la vulgarité de la scène, il s’en dégage un sentiment intime et profond qui captive et retient le spectateur.

Une.gravure de la lin du xvie siècle, que nous avons trouvée à la Bibliothèque nationale, .et dont nous; ignorons la provenance, nous montre un petit amour étendu sur un lit à baldaquin, la poitrine trouée d’une flèche. Près de lui, un

no. 260. — LA CONSULTATION, PARQUIHINGK BREKELENK. AM. (Musée du Louvre.)

second amour, le carquois en bandoulière, fait office de médecin. Il lui tâte le pouls de la main droite, et de la main gauche élève burinai, qu’il examine suivant l’usage. Cette scène allégorique est, pour ainsi dire, le prototype de toute une catégorie de peintures hollandaises consacrées au « mal d’amour », et dont

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j’ai signalé avec Charcot quatre ou cinq des spécimens des plus remarquables. Le sujet méritait d’être étudié plus complètement. M. Meige s’en est chargé avec sa conscience : ordinaire1 . Nous ferons de larges emprunts à son très intéressant travail.

La gravure dont il vient d’être question porte l’explication rimée suivante:

La pluye ny le vent ne nous peut rendre esleinte

La flamme de l’Amour, ains nourrit son brandon .

Quel espoir de trouver à mon mal guérison ?

La médecine accroist la cause de ma plainte.

Nous verrons que les belles Hollandaises atteintes du mal d’amour ne faisaient point fi des conseils de la médecine et qu’elles y recouraient volontiers. -

Jan Steen (vers 1G2G-1679) s’est, pour ainsi dire, fait une spécialité du genre. Il y a consacré certainement le meilleur de son talent, et, à part quelques détails légèrement risqués, il y fait montre d’une retenue à laquelle le peintre cabaretier ne nous a point généralement habitués.

: Le tableau du musée de' Munich intitulé un Médecin tâtant le pouls d’une femme malade en est le type, (Fig. 261).

Dans un intérieur richement et confortablement meublé, une jeune bourgeoise hollandaise traîne ses grâces languissantes. Elle reçoit son docteur, assise près d'une table, sa suivante derrière elle.

La tête penchée, elle abandonne une main débile au disciple d’Esculapè, qui cherche à surprendre dans les caractères du pouls le secret dè la maladie. Son attitude est fort civile, mais un peu embarrassée, et le mal dont il s’agit doit, à coup sûr, dépasser son entendement. Maîtré Steen, lui, plus expert, nous le donne à comprendre de diverses manières. Remarquez, -sur le haut d’un meuble, une petite statuette de Cupidon, armée de l’arc,- et dont la flèche est justement dirigée vers la belle hôtesse du logis. De plus, par la porte entrouverte, n’apercevez-vous pas certain jeune homme élégamment vêtu qui remet un billet a une servante occupée à balayer le seuil?

Enfin, si vous doutiez encore, lisez sur le papier que tient la malade de la main gauche, appuyée sur un moelleux oreiller : « Ici, la médecine ne peut rien. Car c’est le mal d’amour. »

1. Nouvelle Iconographie cle la Salpétrière , 1890, p. 57, 220, 340 et 420.

Un autre tableau du même maître n’est pas moins significatif. C'est celui de la galerie de Schwerin, intitulé la Malade d’amour. La jolie malade, richement vêtue, est assise, le coude appuyé sur un oreiller placé auprès d’elle sur le

Hanfstaengl, phqt.

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