SU H LES SIGNES FOURNIS PAR LES URINES
LES MALADES ET LES MÉDECINS
« de chaulde maladie et en dangier de mort, s’elle n’est prestement secourue, «vécy son urine qui le monstre. »
Quant au remède indiqué par notre empirique, on me dispensera d’en parler ici.
Nous verrons, comment cette scène chez le charlatan des urines a été souvent représentée par les artistes. Une gravure de la seconde moitié du xvne siècle, sans attribution d’auteur, que nous avons trouvée au Cabinet des Estampes pourrait être considérée comme l’illustration du conte de Philippe de Laon ; nous en parlerons plus loin.
D’après ce qui précède, on ne sera pas surpris de voir, au xvc siècle, les médecins représentés très souvent l’urinal à la main.
Dans ses très intéressants volumes consacrés aux antiques coutumes de la médecine, M. A. Franklin 1 2 ne reproduit pas moins de trois dessins, appartenant à la fin du xve siècle et représentant des médecins figurés l’urinal à la main.
Une gravure de la Danse macabre , de G. de Marmet (1470', représente la Mort entraînant un médecin. Ce dernier, qui ne résiste pas, élève de la main gauche un vase demi-plein qui n’est autre que l’urinal et sur lequel il disserte scientifiquement, ainsi que l’indique son geste de la main droite -.
Le Livre de Mathéolus (1492) montre, dans une vignette, le diable entraînant un médecin. Le disciple d’Esculape porte une longue robe traînante, serrée à la taille par une ceinture à laquelle pend une escarcelle. Il tient de la main gauche un panier d’osier avec anse, d’où émerge le col d’un urinai.
M. A. Franklin reproduit encore une autre gravure, d’après J. Corbichon, édition de 1496 (Frontispice du livre VII), dans laquelle, à côté d’un apothicaire dans sa boutique, on voit un médecin à longue robe examiner burinai qu’il élève de la main gauche.
Je citerai ici une quatrième gravure d’une époque peut-être un peu postérieure (xvi° siècle) et représentant le même sujet (Fig. 265). Largement drapé dans sa longue robe qu’il relève d’une main, un médecin d’aspect patriarcal
1. La vie privée d'autrefois : Les médecins, les chirurgiens, les apothicaires et les médicaments, etc...
2. La Danse des morts deVérard (1492), dont nous parlerons plus loin, nous ofl're également un très curieux spécimen de médecin regardant l'annal, entraîné par la mort (Fig. 327).
■ ' - L’ART E-T^L A^ M ÉDEGINE.
élèymMe Tautre^ main. Fucïonlà , demi, rempli. . Préside :lüi une vieille, un panier au bras, appuyée sur un bâton, semble attendre l'arrêt qui ya sortir de -ses lèvres savantes. Au premier, abord, on pourrait . la .prendre : pour une mendiante, mais c’est, à n’en pas douter, l’émissaire, — domestique, ou vénérable matroddj' — 'déléguée, munie, du précieux liquide, .vers l’empirique ; renommé, et q’esjfà mue consultation: â distance que nous assistons.
Enfin, le. document le plus important de l’époque est sans contredit la magnifique , miniature' - du Livre d’heures :d’Arine aie -Bretagne, • conisacréé: à saint Côme • et à saint Damien (Eig. 266)J Nous- avons vu Bicci di Lorénzo peindre les deux patrons .des médecins ■ avec- leurs attributs, et d’autres artistes, comme Francesco Pesello, Bonto Angelico les représenter dans l'exercice de leurs fonctions. Ici,' c’est- bién-encore les , deux saints auréolés -et tenant chacun un attribut de Ta 'profession. Mais ce qui donne-à': cette- peinture une saveur particulière,1 c’est-que les i leux saints: sont figurés sqüs lés traits de deux médecins de ,1a • reine, -et nous avons sous les yéux- de véritables portraits avec leurs costumés et- les, accessoires véridiques- de la profession.
Saint Gôme, coiffé d’une calotte rongé,- est- vêtu -d’une 'longue robe violette en partie relevée sous le bras droit, avec pèlerine de même couleur garnie d’un haut col:dj3 fourrure gris clair et parements' aqx manches’ de même fourrure. PcuLêtrece: costume-ecclésiastique no us: permet-il de reconnaître dans ce personnage Je.'médecin Jean Lengiet qui était en même temps chanoine de- Saint- Quentin. Il élève de la main gauche le vase à urines, l’urinai, symbole de la profession; pendant que la main droite fait lé geste' cle la démonstration: Tout à côté, saint Damien porte un costume laïque. Il est coiffé d’un chaperon bleu et revêtu d’une longue robe rouge toute unie avec simple collet et parements
FIG. 2G5. — UN UROLOGUE.
(Gravure cl ti xvi° s.. Cabinet (les Estampes.)
LES MALADES ET LES MÉDECINS
de fourrure marron. II tient des. deux mains un pot de faïence à décors bleus qui n’est autre qn’un vase à médicaments.
Nous venons de voir, par des œuvres du xrve et du xve siècle, en Italie comme en France, quelle part importante revenait à l’examen des urines dans les soins donnés aux malades et combien cette pratique avait frappé l’imag ination des artistes chargés de peindre les médecins. Dans la première moitié du siècle suivant, un peintre flamand, B. Van Orley (1490-1542), conservait la tradition et dans une scène représentant la Mort du mauvais riche (Fig. 267) plaçait au pied du lit une très curieuse figure de médecin absorbé dans la contemplation du liquide de l’urinai.
Au xvii° siècle l’urologie conservait le même prestige. Un célèbre médecin anglais de la fin du siècle, Thomas Willis, renommé surtout pour ses travaux d’anatomie sur le cerveau et les nerfs, a laissé également plusieurs écrits sur la médecine au nombre desquels se trouve un remarquable chapitre consacré aux urines. Dans ce chapitre, il ne se contente pas de donner les caractères des urines dans l’état de santé et dans les diverses maladies fournis par la seule inspection, mais en outre il trace les premiers linéaments de la science si complexe aujourd’hui de l’analyse des urines, en étudiant les expériences auxquelles il les soumet en les traitant par « l’évaporation », la « distillation », la « putréfaction », la « précipitation », etc.
L’édition de ses œuvres complètes publiées à Amsterdam en 1782 est ornée d’un frontispice fort intéressant dont nous donnons ici la reproduction (Fig. 268).
Au premier plan, l’anatomie du système nerveux est figurée sous les traits d’une jeune femme assise, luxueusement coiffée et vêtue, le sein droit découvert. Elle feuillette, de la main droite, un livre supporté par un petit lutrin sur lequel est sculpté un squelette. Delà main gauche, elle soulève avec une pince les replis membraneux du cerveau mis à découvert sur une tête humaine. Derrière elle, un homme s’approche qui semble lui demander de l’instruire. En face, à droite, un homme assis écrit sur un grand livre.
Le second plan représente la partie médicale des œuvres de Willis. Un malade est couché dans son lit près d’une petite table chargée de médicaments. Deux médecins sont près de lui. L’un lui tâte le pouls, l’autre qui attire toute son attention lui montre l’urinal à demi plein en accompagmant sa démonstration d’un discours probablement fort savant.
Cette gravure, publiée en Hollande, nous conduit tout naturellement à examiner les œuvres des artistes hollandais consacrées plus spécialement aux urologues: Nous avons vu, par quelques scènes médicales décrites plus haut, que l’art des Pays-Bas avait souvent représenté le médecin, près du malade, cherchant, dans l’inspection de l’urina], les causes de la maladie en même temps que le secret de la guérison. Il a continué, en outre, la tradition des consultations à distance. Il nous montre dans l’exercice de leur profession les empiriques de haut ou de bas étage qui s’en étaient fait une spécialité et auxquels il arrivait parfois de découvrir dans les remous du liquide ambré les choses les plus extraordinaires.
La profession ne manquait pas d’ailleurs d’être lucrative. Nous voyons Mathurin Régnier dans la Satire iv, adressée à Motin, se plaindre du métier ingrat de poète. Et il ajoute : '
Mais pour moy, mon amy, je suis fort mal payé.
D’avoir suivy cet art. Si j’eusse estudié,
Jeune laborieux sur un banc à l’escole,
Galien, Ilipocrate, ou Jason ou Bartole,
Une cornette au col debout dans un parquet,
A tort et à travers je vendrais mon caquet :
Ou bien tastant le poulx, le ventre et la poitrine,
J’aurais un beau teston 1 pour juger d’une urine.
Les beaux testons devaient pleuvoir dans l’escarcelle des adroits charlatans habiles à exploiter l’impression que l’examen des urines a toujours faite sur le vulgaire. Comment, d’ailleurs, ne pas croire à l’existence des mystérieux problèmes cachés au fond de l’urinai, lorsque l’on voyait les alchimistes extraire du liquide couleur d’or des produits rares, tels que l’essence d’urine (sel ammoniac, extrait des urines), alors que la philosophie hermétique appelait le vinaigre, urine du vin, et le mercure philosophal, urine des jeunes colériques, enfin alors que la pharmacopée usait largement de ce produit excrémentitiel et lui attribuait les plus rares vertus.
Mm0 de Sévigné faisait un fréquent usage de l’essence d’urine. Elle écrivait à sa fdle le 13 juin 1685 : « Pour mes vapeurs je pris huit gouttes d’essence d’urine, et contre mon ordinaire elle m’empêcha de dormir; mais j’ai été bien