FIG. 2G8. — FRONTISPICE DES OEUVRES DE THOMAS WILLIS
d’herbes !... ' » Je ne pense pas que l’horoscope de ces habiles charlatans ait eu toujours autant d’à-propos.
Mais revenons aux documents figurés que nous fournit à ce propos l’art hollandais.
J’ai trouvé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale plusieurs gravures hollandaises que je citerai tout d’abord.
1. Chéreau, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, art. Charlatan.
LES MALADES ET LES MÉDECINS
La première (Fig. 269), sans nom d’auteur, peut être attribuée à la première moitié du xviû siècle (époque Louis XIII). Elle a un côté lugubre et macabre que nous trouvons rarement dans les scènes de ce genre. C’est la Mort elle-même, sous les apparencës d’un squelette qui amène un vieillard au chef branlant, appuyé sur son bâton, dans le cabinet du médecin. Celui-ci assis près d une table, devant un grand livre ouvert, se détourne pour recevoir les visiteurs, et prendre, de la main même de la Mort, l’urinal qu’elle lui présente. Est-ce une satire, et l’artiste a-t-il voulu indiquer par là que la science de nos prétendus devins des urines conduisait plus souvent au tombeau qu’à la guérison, et que la Mort elle-même ne pouvait trouver d’auxiliaire plus utile ?
Une scène analogue a été reproduite par Hans Holbein dans la suite de dessins qui compose sa Danse des morts (Fig. 341).
Une autre gravure d’une époque un peu postérieure (époque Louis XIV) retrace une scène plus plaisante. Dans un intérieur garni de rayons remplis de livres, avec quelques fioles sur le plus haut gradin, un médecin enveloppé d’une large robe, une petite calotte posée sur ses longs cheveux, est assis près d’une table devant un grand herbier ouvert. Un homme vient d’entrer qui, dans sa précipitation, a laissé la porte g’rande ouverte. Il est porteur d’un panier d’où il sort burinai, objet de la consultation. Mais nous le reconnaissons. N’est-cc pas notre Champenois des Cent nouvelles nouvelles ? En tout cas, c’est l’image d’une scène qui s’est bien fréquemment renouvelée dans la réalité.
Il existe au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale une gravure de J. Tardieu d’après un tableau de David Teniers. Nous ignorons dans quelle galerie se trouve actuellement le tableau original, mais la gravure, très soi-
gnée, nous renseigne suffisamment pour que nous en puissions parler (Fig. 270).
Teniers ne nous conduit pas ici chez les barbiers barbants, pédicures, inciseurs qu étuvistes, dont il a pris plaisir à peindre avec tant de. vérité et d’humour les pauvres officines et les occupations variées, ainsique nous le verrons plus loin. Nous sommes chez leur rival, le médecin empirique, qui dédaigne les opérations manuelles, vit dans les hautes spéculations de la philosophie, cul-