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IV. — LES BARBIERS-CHIRURGIENS

Un tableau de David Teniers le vieux i 1582-1640), du musée de Picardie à Amiens, intitulé le Docteur du village et que nous a fait connaître le Dr Meig’e *, mérite d’être cité en première ligne parmi les œuvres qui mettent en scènedcs barbiers-chirurgiens, parce qu’elle est une des premières en date et- fixe pour ainsi dire une tradition à laquelle se rattachent un bon nombre d’œuvres des peintres hollandais — parmi lesquels son fils tient le premier rang’ — consacrées à des. sujets analogues.

La scène. se passe dans une officine plus ou moins bien achalandée; le décor ne varie guère. Une pièce unique ou bien. communiquant a l’arrière-plan avec une seconde où se passe quelque scène accessoire. Sur un côté, une. cloison en planche, derrière laquelle se trouve peut-être l’étuve.

Aux murs, une gravure ou un vieux parchemin; sur des tablettes, des pots, des fioles de toutes sortes, des crânes d’animaux; puis accrochés, de-ci de-là, les outils de la profession, enfermés parfois dans une petite vitrine, des instruments de chirurgie, bistouris de formes variées, pinces, curettes, ciseaux, ou bien l’attirail du barbier, rasoirs et plats à barbe. Comme meubles, une taille ronde ou carrée, un poêle, un escabeau, des chaises, des bancs. Au plafond une bête empaillée, poisson ou animal étrange, ou bien encore une boule de verre. Et un peu partout, à terre ou sur les tables, dans les coins et

t. Les pédicures au XVIIe siècle , in Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière , 1897, p. 45 et 127.

LES MALADES ET LES MÉDECINS

en pleine lumière, une foule de vases, des cruches ventrues, des bouteilles à long' col, des bocaux de toutes tailles, des pots d’onguent de toutes formes.

Dans ce milieu, quatre personnages forment la scène principale : l’opéré, un pauvre hère, assis sur une chaise ou un escabeau ; près de lui l’opérateur, le maitre de céans, tour à tour pédicure, inciseur, chirurgien ou barbier ; tout à côté, une commère, le panier au bras, les mains sous son tablier; un peu plus

loin, un jeune garçon dont l’occupation habituelle est de faire chauffer un emplâtre. D’autres assistants, au premier plan ou à la cantonade, s’ajoutent parfois à ces principaux acteurs, augmentant l’intérêt de T’œuvre par des scènes accessoires et de second plan. Teniers le vieux, lui, s’en est tenu aux quatre personnages dont nous venons de parler, et nous les retrouverons dans la plupart des œuvres analogues de son fils et d’autres peintres.

Dans le tableau du musée d’Amiens, le barbier, d’apparence assez cossue,

bonnet;' rouge .. entouré. ’ de / fourrures) casaque bleue- et ^chausses brunes-,- un tablier blanc à' la-taille, fait l’office de pédicure. Bien en vue et de profil, un genou à terre, dans- une- attitude que Teniers le jeune et Ad. Brauwer ont reproduite presque trait pour trait, il sepenche, tout entier à son opération. 11 retire, avec précaution, un emplâtre du dos du pied que lui présente un pauvpe- diable assis en face A le lui, -pendant qu’il l’interroge du regard. La pose de ce dernier n’est pas moins naturelle. Penché en avant, les deux mains croisées sous le genou, il soulève son pied dont le talon repose sur un petit escabeau.

Comblant le vide entre les deux personnages, la commère au tablier et au panier suit d'un œil attentif l’opération.

Ce groupe se retrouve avec les.mêmes gestes et les mêmes attitudes, sinon avec les mêmes costumes, dans trois tableaux de David Teniers le jeune (1010-1690) : i Étuve (lu village du musée de Cassel (Fig. 274), te Pédicure du musée de Budapest et un autre intitulé le Chirurgien de campagne (Fig. 275), dont je possède la gravure et qui est peut-être au musée de Madrid.

On peut en citer un quatrième dont la gravure intitulée le Chirurgien flamand (Fig. 276) se 'trouve aux Estampes de la Bibliothèque nationale, et où il existe quelques légères variantes.

Je n’insisterai ici avec quelques détails que sur les deux derniers. La gravure intitulée le Chirurgien de campagne a été l’objet d’une étude particulière de la part de M. Meige, qui en a donné une excellente description. « Le décor et la scène, dit-il, rappellent beaucoup les tableaux des musées de Cassel et de Budapest. Le patient, assis sur une chaise a dossier droit où son chapeau est accroché, pose sou pied nu sur un cube de bois, tient sa jambe entre ses mains croisées et se penche en avant. C’est un homme âgé, rasé de frais, la figure creusées de rides, simplement mais proprement vêtu. Le chirurgien, un genou en terre, courbé en deux,' tient- d’une main les orteils et de l’autre détache un emplâtre appliqué sur la face dorsale du pied. Jeune, le nez crochu, les lèvres minces); les cheveux mal frisés, il est côillè de l’inévitable bonnet entouré de fourrures et ceint du court tablier professionnel, une clef pendue à son côté. Il porte une casaque assëz élégante avec dés créneaux, des' crevés et' des manchettes plissées.

« La femme au panier et au tablier se tient derrière lui, plus vieille ici et s’api-

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