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GUÉRISON DE PLUSIEURS POSSÉDÉS

(Fragment d’un tableau de' Berlingheri, 1233

peu précisé.

LES DÉMONIAQUES

Giotto et son école, autant que nous en pouvons juger par les peintures que nous connaissons, ont éludé le problème et évité de représenter la crise démoniaque.

Dans une fresque de l’église de Saint-François, Giotto (1276-1337) a peint une religieuse délivrée du démon par un disciple de saint François. Mais il a choisi le moment où le miracle est opéré. Le diable mis en fuite occupe les parties supérieures de la composition, et la religieuse, assise sur son lit, dans le calme de ses esprits retrouvés, lève les yeux au ciel en action de grâce. Le religieux, auteur du miracle, se penche sur elle, comme pour s’assurer de la réalité de la guérison, et l’ange gardien, naguère chassé par le diable, vient reprendre sa place au chevet du lit. Ce n’est donc point sans motif qu’un groupe de fidèles témoignent leur surprise et leur admiration. Mais le peintre, tenant à rendre à chacun ce qui lui appartient, nous montre, dans la partie supérieure de la composition, au milieu des nuages, saint François intercédant auprès du Sauveur.

Un élève de Giotto, Stefano, peignit dans le couvent San-Spirito, à Florence, une fresque d’un grand intérêt au point de vue de l’iconographie des possédés, car il y introduit un thème souvent repris dans la suite, et qui consiste à réunir dans un même tableau la transfiguration du Christ et la scène de possession que le texte sacré rapporte comme s’étant passée au pied de la montagne, à la suite du ravissement glorieux. Malheureusement, nous n’avons pu nous procurer une reproduction de l’œuvre de Stefano. Le Dr Tommaso Tommasi, à l’obligeance duquel nous avions eu recours à ce sujet, nous a appris que la fresque en question est actuellement complètement couverte de planches, dans un but de préservation, parce que le couvent a été transformé en caserne, et il n’a pu obtenir la permission de la découvrir. Nous verrons plus loin Raphaël, Déodat-Delmont, les artistes valsitiens, s’inspirer de la donnée du peintre giottesque.

Une peinture sur bois f, dans la sacristie de l’église du couvent de Passî-

1. Cette peinture fait partie d'une suite qui représente divers sujets de la vie du saint et qui décore les portes d’une armoire. Le panneau le plus important est consacré à la scène d’exorcisme dont il est question. Le possédé se nommait Florenzio, personnage riche et hostile à l’ordre de saint Jean (îualbert. Après une longue maladie, il vint demander pardon au saint et se fit moine de Vallombrosa, après avoir été délivré du diable par saint Jean luimême. Ce même épisode de la vie de saint Jean Gualbert est représenté sur une lunette en

gnano, dans le val di Pesa, près Florence, attribuée à Simone Memmi (1284- 1344), reproduit une scène analogue (Fig. 19). C’est ici saint Jean Gualbert, fondateur de l’ordre des moines de Vallombrosa, et dont le tombeau se- trouve dans l’église, qui délivre un moine possédé. Mais cet exorcisme offre ceci de particulier, que le saint s’adresse directement au diable déjà sorti du corps de sa victime et le chasse à coups de croix. Comme dans la fresque de Giotto, le maladé est bien calme, assis dans son lit, marquant du geste sa délivrance.

Un autre 'giottesque,- Spinel Arétin (flor. 1385), dans une fresque de la

r (Peirifùre sur bois attribuée c\ Simone Memmi, 1284-1344.)

sacristie de San-Miniato, à Florence, représente saint Benoît qui fustige un moine pour le délivrer du démon (Fig. 20). Nous savons que la fustigation était un des moyens efficaces employés par les exorcistes. Us fustigeaient le démon sur le corps des malheureux possédés que ce procédé un peu violent, mais presque scientifique, calmait assez souvent. Ici, le moine possédé est dans l’attitude la plus calme et la plus humble, à genoux, les deux bras croisés sur la poitrine, le torse demi-nu.

toile peinte du couvent de Vallombrosa et dont le docteur Tommaso Tommasi nous a également envoyé la photographie. On voit au milieu du tableau saint Jean Gualbert qui de la main droite armée de la croix s’apprête à frapper le démon qui fuit. Quant au possédé qui vient d’être délivré, il est dans son lit au pied duquel des moines à genoux prient pour la guérison.

On trouve encore sur un bas-relief eu marbre de la galerie des offices à Florence ce même trait de la vie de saint Jean Gualbert, retracé d’une façon analogue.

Plus tard, au xvue siècle, cette même croix, dont s’était servi saint Jean Gualbert dans la circonstance que nous venons de rappeler, fut de nouveau utilisée par un de ses successeurs, le moine Hylarion Gàrbi, pour chasser le démon du corps d’une possédée. Ce nouveau miracle fut représenté sur un grand tableau conservé dans l’église de Vallombrosa et dont nous dirons quelques mots plus loin.

LES DÉMONIAQUES

Je signalerai ici plusieurs miniatures du xiv° et du xve siècle d’une g’rande perfection.

Les premières, tirées d’un manuscrit de 1393 ( Pèlerinage de Jésus-Christ, à la suite du Pèlerinage de la Vie humaine et du Pèlerinage de l'âme, par Guillaume de Deg’uilleville *), sont des scènes d’une calme ordonnance et d’un intérêt plutôt touchant que dramatique.

L’une d’elles (fol. 211) représente Jésus guérissant la fille de la Chananéenne (saint Mathieu, xv, 22) (Fig. 21). C’est un épisode rarement exploité par les peintres de la « Possession ». « Et voici qu’une femme chananéenne se mit à crier vers lui : « Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi; ma fille est « cruellement tourmentée du démon ».

Trois personnages composent toute la scène.

La mère, sous les traits d’une dame du xive siècle, à genoux aux pieds du Sauveur, le supplie, pendant que la jeune fille, debout, a l’écart, la main sur son cœur, rend bien tranquillement un gros diable.

Le folio 205 du même manuscrit représente Jésus-Christ délivrant des possédés à Carphanaon (sic). Tout se passe le plus paisiblement du monde. Les possédés, au nombre de quatre, sont à genoux dans des attitudes de supplication, et les diables prennent la fuite.

Parmi les nombreux manuscrits que possède la Bibliothèque nationale, et ayant appartenu au seigneur de Bruges, Louis de la Gruthuyse, il en est un qui nous intéresse tout particulièrement. Il nous a été signalé par M. Duverger Boggaert, de Bruxelles. C’est la Vie de Mgr Saint-Hubert , par Hubert le Prouvost, achevé vers 1462. Neuf riches miniatures, qui sont autant de petits tableaux, représentent les hauts faits de saint Hubert. L’une d’elles

1. Cité et dessiné par le comte de Bastard. Documents archéologiques. Cabinet des estampes.

(folio 26) nous montre saint Hubert, évêque, sur les marches de l’autel, délivrant deux possédés du démon (Fig. 22). Le premier, vêtu d’une longue robe vieux rose, est à genoux près du saint, la tête couverte d’une étoffe grise, et les deux mains croisées par devant et attachées au poignet. Le diable est déjà loin, fuyant dans la nef de l’église. Près de là, deux hommes amènent un second possédé. Solidement maintenu par les aides qui l’ont saisi chacun par un bras, il se renverse en arrière, comme pour fuir le pouvoir de l’exorciste. Avec de tels gardiens, point n’est besoin de l’attacher. Mais nous ferons remarquer, sur le coin gauche de l’autel, une sorte d’engin assez bizarre et

plus à craindre les effets de sa fureur, que l’exorcisme, d’ailleurs, va bientôt calmer? Nous ne le saurions dire. Peut-être convient-il de les considérer comme une sorte d 'ex-voto placé là par quelque démoniaque antérieurement délivré. Il est encore un point à noter dans l’habillement du possédé : c’est la couleur verte de son pourpoint. Nous verrons plus loin qu’au moyen âge cette couleur était la livrée du démon et des malheureux qu’il possédait.

Deux autres manuscrits du xv° siècle nous montrent des scènes beaucoup plus tumultueuses, dans lesquelles nous pouvons relever quelques traits réalistes très certainement pris sur nature. C’est comme un mélange, en parties variables, des données de la tradition et des observations puisées dans la réalité. Nous sommes, d’ailleurs, à une époque où la grande peinture, ainsi que nous l’allons voir dans un instant, commence à nous donner, à propos de la figuration des possédés, de remarquables exemples d’initiative personnelle.

(D'après un manuscrit de 1393. pa Guillaume de Deguiüoville.)

. 21 . — .1 LSI S C.L'ÉHISS \ X I FILLE DE LA CIIANANÉENNE.

dont la signification ne parait pas douteuse, si nous nous rappelons les moyens de contention en usage chez les possédés et figurés sur d’autres spécimens (voy. plus loin le tableau de saint Rambaut, à Malinesj. C’est une barre de fer à laquelle se trouvent fixés deux anneaux également en fer et destinés à recevoir les deux poignets. Du milieu de la barre, se détache une chaîne terminée par un anneau, qui devait servir à retenir le malheureux et à l’empêcher de s’évader. Ces menottes barbares sont-elles

celles du possédé si bien escorté qu’il n'y a

LES DÉMONIAQUES

Le manuscrit latin 873 de la Bibliothèque nationale, missel de l’église de Poitiers, nous montre, folio 151, un possédé qui sort une langue énorme, tuméfiée, lui remplissant toute la bouche (Fig. 23). C’est la première fois que nous voyons figurée la protrusion de la langue, qui comptera au nombre

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