FIG. 298. — LA^MALADE 1)E VAN DEH NEER
(Musée de Munich.)
L’application des ventouses que nous avons vue, dans quelques gravures signalées plus haut, devenir comme un accessoire de la balnéation et se faire
dans les étuves, avait également lieu dans d’autres circonstances. Elle était un moyen de calmer la douleur, d’opérer une dérivation salutaire des phénomènes congestifs, voire même de tirer du sang’ lorsque préalablement la peau avait été le siège de scarifications. Je rappellerai la gravure caricaturale et très expressive.de C. Dusârt dont il a été question plus haut, et dans laquelle nous voyons une vieille femme appliquer dés ventouses sur le pied d’une commère.
Depuis les anciennes mirgesses, les femmes ont toujours joué un rôle dans la pratique médicale. Sans parler, de l'importance des sages-femmes; à une certaine époque, on un auteur sérieux discutait gravement de l'inconvenance pour lès hommes d’accoucher les femmes1, les soins aux malades, les pansements dans les hôpitaux, voire même les opérations de petite chirurgie, ont souvent été confiés à dès femmes, et en particulier l’application des ventouses.
En Hollande la ventouseuse était appelée Kopster. Et c’est sous ce nom qu’est connu un très remarquable tableau d’un maître dont nous avons déjà eu l’occasion- d’exalter le talent au sujet d’une de ses œuvres aujourd’hui au Louvre représentant une scène médicale, Quiringk Br.ekelenkam. Gette dernière peinture ne le cède en rien à celle que nous avons déjà décrite (Fig. 29U).
Le sujet qu’elle représente est également fait pour intéresser les médecins ; mais ce n’est plus l’homme de l’art lui-même qui entre ici en scène, comme dans le tableau du Louvre, c’est un de ses aides obscurs, modestes collaborateurs chargés d’exécuter les infimes opérations de la petite chirurgie. C’est .une vieille femme qui applique des ventouses. M. H. Havard le . cite dans son œuvre L'Art et les Artistes hollandais (t. IV, p. 124) sous ce titre : la Malade. La ventouse est appliquée sur le dos du poignet. Du sang qui coule nous fait supposer qu’il s’agit d’une saignée locale, obtenue au moyen de quelques scarifications préalables. La malade tout attentive n’en paraît pas autrement émue. Elle est vêtue de riches effets, une étoffe grossière posée sur ses genoux protège son costume* et c’est elle-même qui tient la cuvette au-dessous du poignet, siègœ de l’opération. La vieille ventouseuse s’acquitte de sa tâche avec conscience et gravité. A sa portée, se trouvent une bougie allumée et une jatte probablement remplie d'eau. Ces accessoires ont leur signification. La
1. Hecquet, De L'indécence aux hommes d'accoucher les femmes , etc. Paris, 1704.
FIG. 299. — LA VENTOUSEUSE, PAR QUTRINGK BREKELENEAM.
LES MALADES ET LES MÉDECINS
bougie n’est point là pour éclairer la scène. C’est son pouvoir calorique qui est utilise ici. L’on sait que les ventouses consistent en de petits gobelets de verre — et 'ceux dont on se sert aujourd’hui ne diffèrent point de ceux qu’emploie la ventouseüse de Brekelenkam — qu’un vide relatif fait à leur intérieur permet d’adhérer à la peau en l’aspirant pour ainsi dire. Or, ce vide est obtenu en chauffant l’intérieur de la ventouse maintenue au-dessus de la flamme. Aujourd’hui ce résultat est obtenu à l’aide d’une lampe à esprit de vin à longue tubu-