GLADIATEUR MOURANT
tôle, Rome.)
Parlerons-nous du fameux groupe de Laocoon pour donner un exemple de mort violente, accompagné du spectacle d’une g’rande douleur physique? Nous nous contenterons de citer l’appréciation de Winckelmann, qui montre bien avec quelle mesure l’antiquité a su reproduire ces scènes pleines d’épouvante et de violence : « De môme, dit Winckelmann, que la mer demeure calme dans sa profondeur quelque agitée que puisse être sa surface, ainsi dans les figures grecques, au milieu même des passions, l’expression annonce encore une âme grande et rassie. Une telle âme est peinte sur le visage de Laocoon, au milieu des souffrances les plus cruelles ; la douleur qui se découvre dans tous les tendons et les muscles, et que la contraction pénible d’une partie de son corps nous fait presque partager, n’est mêlée d'aucune expression de rage sur les traits ou dans l’attitude entière. On n’entend point ici cet effroyable cri du Laocoon de Virgile ; l’ouverture de la bouche ne me permet pas de le supposer, elle indique plutôt un soupir d^angoisse étouffée. La douleur du corps et la grandeur d’âme sont réparties en forces égales dans toute la construction de la figure et sont pour ainsi dire balancées. Exprimer une si grande âme, c’est faire bien plus que de peindre seulement la belle nature. L’artiste a dû sentir en lui-même cette force d’esprit dont son marbre porte l’empreinte ; la Grèce vit plus d’une fois le philosophe ét l’artiste réunis dans la même personne ; elle eut plus d’un Métrodore. La philosophie, chez' elle, tendait la main à l’art et donnait aux corps de sa création des âmes supérieures. »
Ainsi que nous l’avons déjà dit, le mort de l’art antique a succombé à une mort violente. L’éternelle moissonneuse l’a fauché en pleine sève, et il conserve après le trépas les formes harmonieuses d’un corps sain et fort. Nous trouvons ce mort dans les peintures des anciens vases grecs, dans les basreliefs, aux frises des temples, dans les groupes ou dans les statues isolées. Partout il présente les mêmes caractères, il repose inerte dans une attitude variable, soit la face contre terre, soit étendu sur le dos ou sur le -côté, les membres diversement placés. Le trait commun à toutes ces représentations est l’état de flaccidité du cadavre dont toutes les parties privées de mouvement n’obéissent plus qu’aux lois de la pesanteur. Les artistes de l’antiquité ont admirablement mis en valeur l’inertie d’un corps qui a perdu tous ressorts, mais dont les formes extérieures ont conservé leur plénitude, leur souplesse et leur harmonie.
LES MORTS
Parfois, le mort a toute l’apparence du-sbmmeil, et bien des fois l’attitude du cadavre ne manque ni dé grâce ni de noblesse, comme si, avant de recevoir le coup fatal, l’homme, soucieux de sa mémoire, s’était arrangé pour bien mourir.
Nous n’avons qu’à puiser presque au hasard dans la riche production de l’art antique pour en donner des exemples.
Dans une scène peinte sur un vase, reproduite dans les Monumenti dell' Instit. archeolo, Y, tav. XI, et intitulée la Rançon d'Hector , deux hommes portent le cadavre d’Iiector, dont la tête qui retombe sur l’épaule et le bras pendant rendent bien l’image d’un corps privé de vie.
Nous rapprocherons de cette peinture un bas-relief romain du musée du Louvre, représentant le Transport du corps d'Hector. Le cadavre bien flaccide est porté par deux hommes. Les bras et la tête du mort retombent derrière l’épaule du porteur qui soutient le tronc.
Les métopes du Parthénon retracent les Combats des Centaures et des Lapithes. Dans l’un d’eux un lapithe étendu sur le dos, les jambes à demi fléchies, a déjà rendu le dernier soupir.
Un bouclier de marbre en partie brisé, et qui a passé de la collection Strangford au musée Britannique, reproduit autour dé la tête de la Gorg’one le Combat des Athéniens et des Amazones . Ce fragment de bouclier est une des seules indications que l’on possède aujourd’hui sur le bouclier dont était armée la statue colossale d’Athéna Parthenos, le chef-d’œuvre disparu de Phidias. On y voit, au milieu de la foule des combattants, une des guerrières morte et foulée aux pieds. Elle est étendue sur le dos, la tête renversée en arrière, les jambes à demi fléchies, et un bras, le droit, relevé au-dessus de la tête dans un mouvement plein de grâce.
Dans le groupe de la Niobé, attribué à Praxitèle et qui se trouve aujour-