FIG. 30. — POSSÉDÉE AU DÉBUT D’UNE CRISE, PAR ANDRÉ DEL SARTE
(Fragment d’une fresque représentant saint Philippe de Néri délivrant une possédée dans le cloître de YAnnunziala, à Florence.)
LES DÉMONIAQUES
qui simule parfois, à s’y méprendre, l’accès épileptique, et que nous désignons du nom de période épileptoïde.
André del Sarte n’avait que vingt-deux ans quand il peignit cette fresque. Peut-être devons-nous à cette circonstance cette fraîcheur d’impression et cette sincérité d’observation qui placent cette œuvre du maître au premier rang.
(Église de Y Annunziata. à Florence.)
L’ami et le continuateur d’André del Sarte, Mattiso Rosselli (1578-1650), nous a laissé une scène de possession traitée d’une façon toute différente, mais avec un réalisme non moins saisissant (Fig. 31). Il s’agit d’un tableau qui est dans l’église de l’Annunziata, à Florence, et n’est découvert et proposé à l’admiration des fidèles que le jour delà fête de l’Annonciation. Peu de gens ont donc l’occasion de le voir.
Il ne s’agit point ici d’exorcisme. Aucun prêtre ou diacre n’est présent, et
rien ne nous fait supposer, dans les gestes des assistants, une manœuvre des
tinée à expulser le démon. Point particulier à noter, la délivrance n’en a pas moins lieu, ainsi que le témoignent les trois petits diables qui s’échappent dans les courtines du lit.
La possédée est étendue toute habillée sur son lit, et la violence de ses convulsions doit être fort grande, puisque quatre personnes, dont deux hommes, sont nécessaires pour la contenir; une cinquième arrive prêter main-forte, apportant un linge vraisemblablement destiné à servir de lien. On peut remarquer que l’aide qui est au pied du lit, en même temps qu'il maintient les jambes de la malade, rassemble ses jupes dans un mouvement destiné à sauvegarder la pudeur que l’agitation de la patiente ne manque pas de mettre à une rude épreuve.
Quant à la possédée elle-même, étendue sur le dos, le corsag’e entr’ouvert, les jambes demi-fléchies, les bras écartés du tronc, maintenue par la partie antérieure de l’épaule et du bras, elle semble se livrer à ces grandes gesticulations avec flexion du tronc en avant que nous avons décrites dans la crise hystérique, sous le nom de « mouvements de salutation ». On peut constater que la bouche est ouverte, les yeux vraisemblablement convulsés en haut et toute la face légèrement bouffie.
Tous ces traits appartiennent sans conteste à la deuxième période de la grande attaque hystérique ou période de clownisme.
Nous devons aborder maintenant l’examen d’une figure de possédé que tout le monde connaît, et qui hante peut-être la pensée du lecteur qui a bien voulu me suivre jusqu’ici. Elle est du peintre dont le nom rayonne avec un incomparable éclat sur toute la Renaissance italienne, du maître qui a laissé derrière lui une popularité qu’aucun artiste n’a jamais égalée, et qui, malgré les tentatives récentes des préraphaëlistes anglais et allemands, persiste jusqu’à nos jours aussi répandue, aussi vivace, je veux parler de Raphaël (1483-1520). ' Et Cependant, nous aurons quelques sérieuses critiques à faire au sujet du .possédé dont il s’agit. N’est-ce pas beaucoup d’audace? Et ne craignons-nous pas qu’on nous adresse le
d’Apelles.
Ne, sutor, ultra crepidam