Nouvelle Iconographie de là Salpêtrière, 1892, p
3. Ce tableau se trouve dans le cabiuet XII, à contre-jour, dans un coin très obscur. 11 est inscrit au catalogue de « l’ Ancienne Pinacothèque » sous le n° 763, avec cette légende : Der in der Luft schwebende heilige Franz de Fauta - wird von Pestkranhen um Hilfe augerufen. Theitweise in Farbe gesetzke Grisaillenskizze.
I'IG. 44. — SAINT FRANÇOIS DE PAUL MONTANT AU CIEL. (Gravure cle la Bibliothèque nationale, d’après Rubens.)
secours du saint ne sont certainement pas des pestiférés, comme on pourrait le croire d’après la rubrique du catalogue. Ce sont : un ressuscité, d’une part, et deux démoniaques typiques, de l’autre. Si on la rapproche de la gravure de la Bibliothèque nationale, on est tout d’abord frappé de la ressemblance. Dans les deux, l’idée est identique, le plan général pareil. Et même certains détails, surtout au premier plan, sont assez superposables, par exemple le groupe du ressuscité et de la vieille femme qui le regarde avec étonnement. De même, la personne agenouillée dans le coin de droite a, dans les deux compositions, le même vêtement et la même attitude. Le geste seul diffère. Les deux démoniaques et les personnages qui les entourent sont évidemment dissemblables, mais présentent cependant quelques traits communs. Nous ferons remarquer que dans l’esquisse de Munich la facture est, sur ce point, très supérieure à la gravure de la Bibliothèque nationale. On trouve dans celle-là les qualités que le maître a mises dans les démoniaques du musée de Vienne (saint Ignace guérissant les possédés). La tête, le tronc, les membres ont l’attitude et les contorsions classiques ; les yeux sont convulsés en haut, la bouche largement ouverte, le visage grimaçant. Il ne s’agit plus, dans ce premier plan, d’esquisse, mais bien d’une étude parachevée. Les personnages qui au contraire forment le second plan sont simplement esquissés. Cependant, si on compare les groupes latéraux du fond avec ceux de la gravure de la Bibliothèque nationale, on retrouve dans les deux œuvres quelques traits communs; le groupe droit de l’esquisse correspond au groupe gauche de la gravure et inversement.
« Mais à côté de ces ressemblances, que de différences ! Il est facile de voir que certains personnages de la gravure font défaut dans l’esquisse de Munich et réciproquement, que d’aulres sont surajoutés, que les poses, les gestes, les costumes sont très dissemblables dans les deux œuvres.
« Que peut-on conclure de ce parallèle? La gravure de la Bibliothèque nationale a-t-elle été faite d’après l’esquisse originale de Munich? C’était l’opinion de M. le vicomte Delaborde, secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, qui a bien voulu nous donner son avis et dont la compétence en pareille matière est indiscutable. Les graveurs de l’époque se permettaient, avec ou sans l’autorisation du peintre, les licences souvent très grandes qu’excusait parfois la destination de leur œuvre. Les exemples de ce genre ne
sont pas rrares "d'ans" Fhistdicé de la graviirè: En mettant "sür. l'escompte (Lune lii3eAGô''aiHrs tique les' diffénences^qu’on tcoiivé clans 'ces deux œuvres, ‘ on pourrai t-donc. supposer que l’esquisse'du musée de: Munich a, servi dé modèle à la gravure: de’ la Bibliothèque nationale.
Dlàutre.pdrt, ' on pourrait formuler une: seconde hypothèse, basée' sur les g’rosses:diffé,rerices:qui existent entre ces deux compositions. Un'peintre qui veut faire un tableau commence d’ordinaire par en brosser un certain nombre d.’esquisses, r identiques quant au fond, variables quant à la forme. Rubens' voulant faire un’ tableau représentant-saint François de Paul guérissant -des possédés,' a' du èn faire plusiéurs esquisses: Mais Rubens a-t-il faiticé: tableau? Nousd’ignorons. Dans "tous les cas,' ce n’estpas un, mais deux où trois au moins qu’il en faudrait,, ayant Servi .clé modèle; l’un à la gravure dé la Bibliothèque nationale,: l’autre à la copie que .possède AI. Toudouze, le. troisième vraisenL blàblèment à' la gravure de Lommelin.
« Sans cela on. ne s’expliquerait ' pas . les! différences de ces trois œuvres; Si des trois talileaux ont été peints, on doit .jusqu’à nouvel ordre les. considérer comme ég’ârés: Mais il sé pourrait; en! sommé; que Rubens n’en eût fait aucun, et s’en fût tenu à '.de pures esquisses' qui auraient été prises: comme modèles. Dans cette: supposition: ces .'esquisses sèraient également égarées] sauf. une, » !
Quoiqu'il en soit, toutes ces multiples. esquisses1 montrent combien. cèt te pou gnanie ' et' véridique ' image, de la Possession -.hantait le cerveau du maître anversois. Et ce n’est pas tout encore. M. Meige signale en outré., un. tableau de Rubens; qui fait partie : délia collection du roi des Belges' (Palais-Royal, Bruxelles),'; et qui représènte.Tés Miracles de. saint Benoit. Cette .peinture contient plusieurs infirnles 'et. une: possédéersori tenue' par deux, hommes. Elle semble Une"' répétition de la .possédée' du musée . de Mienne,' .longuement décrutèqilüslhaut. 1) : .< A .
Nous. nous sommés qieut-ôtre. laissétun ;péu !en traîner par l'intérêt, médical exceptionnel .dés côeuvrèsrque nousèvenons :'de- passer: en' revue. Nôusjne lg regretterons pas, si' nous., avons. contribué à démontrer dans: quelle voienatulraliste;;féconde pour la- Science commè po'ur l’Art, s’était, engagé: Pierre-Paul Rubens, et a quels titres précis, en dehors de toutes autres considérations esthétiques que nous devons écarter, son œuvre survit et s’impose.
Hanfstængi. phot.
FIG. 45. — SAINT MARTIN GUÉRISSANT UN POSSÉDÉ, PAR JORDAENS. (Musée de Bruxelles.)
LES DÉMONIAQUES
Le musée de Bruxelles possède un tableau important de Jordaens (1593- 1678), un Saint Martin guérissant un possédé (Fig. 45).
La scène est disposée sur les degrés d’un escalier aboutissant à un portique.
Saint Martin s’avance, escorté de son porte-crosse et de deux religieux, pour exorciser l’énergumène maintenu à grand’peine par quatre hommes vig’oureux.
En haut de la composition, le proconsul romain domine la scène et constate le miracle qui doit décider de sa -conversion.
Ce tableau fut exécuté pour le maître-autel de l’église de Saint-Martin de Tournai. Nous en trouvons une bonne gravure à la calcographie du Louvre (Fig. 46).
Jordaens travailla avec Rubens, mais il ne fut pas à proprement parler son élève. Dans ses œuvres, il conserve son originalité. « Tous les deux, dit Charles Blanc, sont de la même famille, de même tempérament. Rubens, plus pensif et plus profond, Jordaens plus rude et plus grossier... Jordaens représente même au delà de la forme la fureur de coloris et l’ampleur de la pratique. » Son génie devait sé sentir à l’aise dans la représentation des scènes violentes, qu’étaient le plus souvent les crises de possession.
En effet, son possédé est un homme vigoureux, en proie à une agitation telle que quatre aides ne le maintiennent qu’au prix des plus grands efforts. Nous ne retrouvons pas, dans ce personnage, la profondeur d’observation et la justesse d’exécution que nous avons signalées dans la possédée du tableau de Rubens. Il ne possède aucun des caractères précis, marques indiscutables de la crise démoniaque, et que nous trouvons si merveilleusement réunis et exprimés chez la démoniaque du Saint Ignace. Mais il est impossible de rendre avec plus de fougue et de vérité le désordre, et particulièrement la violence des mouvements convulsifs.
Or, il ne faut pas oublier que, chez les hommes, l'attaque démoniaque peut révéler des caractères spéciaux résultant de l’excès de la fureur, de l’exagération et de l’amplitude des convulsions, lesquels arrivent au paroxysme le plus inouï de la violence. A ce point de vue, nul ne pourrait concevoir une figure plus expressive que le possédé du Saint Martin. Et, à défaut d’une fine et délicate observation de la nature, Jordaens, en cette circonstance, a été heureusement servi par sa manière, qui est la nature même de son génie '.
1. Mon ami le Dr Souques me signale deux peintures flamandes et une peinture allemande qui représentent des possédés. N’ayant point eu l’occasion d’observer ces œuvres et n’en
Je trouve dans lé catalogue du musée. du Louvre: la. désignation d’un important tableau de Philippe de Champaigne (1002-107:4) où .'le ‘.maître a- peint Un personnage possédé. Malheureusement, il n’est point: exposé dans les. galeries et nousm’avons: pu le voir. Mais il aisërvi de modèle a une magnifique tapisserie exposée .aujourd’hui au musée Galbera et,' si céttè copie ne nous permet pas derjuger. de l’oéuvfe peinte dans tous ses détails, elle nous eh donne une vue d’ensemble suffisante qui nous permettra d’en dire quelques mots ici. : G’ësf une vaste composition représentant la translation des corps dé saint
connaissant point de reproductions, je suis heureux d’en pouvoir donner ici les descriptions qii’à bien- voulu rédiger pour moi mon excellént collègue, ce dont je le remercie vivement :
I. A Nuremberg, au Germantsches Museùfn, il existe un tableau, d'apres Wolilgerçutz (École allemande, 1434-1519) qui représente saint Vit guérissant un possédé. 11 est inscrit au catalogué sous le„u012G.
.On voit au premier plan un homme jeune. (les pieds, et- les, japibes nus); debout, en-proie à des contorsions et maintenu par deux gars vigoureux qui lui tiennent les bras et les mains. La tête, est renversée en arrière, les yeux légèrement convulsés en- haut. C’est l’attitude dè l’arc de, cercle.
En face du possédé, à droite du tableau, se tient saint Vit, en costume rouge; il fait de là main droite le geste de la bénédiction pastorale (deux doigts en l’air) et maintient de la main gauche les deux chefs d’une écharpe rouge passée autour du cou du patient.
Derrière saint Vit se placent une dizaine de personnages d’importance (l’empereur et sa sdite).
Au fond du tableau se- voit. une-fenêtre gothique, ouverte sur, un paysage. . Au-dessous de, la fenêtre et près de la scène, une table sur laquelle reposent un bénitier et un goupillon, ainsi qu’un livre ouvert. Au-dessus de la table vole une figurine" diabolique) qui paraît s’enfuir Vers la; fenêtre;, ■
II. A la vieille Pinacothèque de Munich, un tableau de Paul Bril (École flamande, 1554- 1626) qui représente Jésus guérissant un possédé.
Un- paysage rocheux-avec.des villes et îles châteaux ; à l'arrière-fond ,1e lac de Génésareth. Près de l’embouchure du Jourdain, sur le premier plan, se voit le Christ accompagné de ses apôtres. II guérit • un possédé' qui est: devant lui dans l’attitude classique, étqursë débat, maintenu par deux hommes vigoureux. Un troupeau de cochons,. dans lesquels le diable, est chassé, sont sur le point de se précipiter dans l'eau. Le diable, sous la forme d’un tourbillon de-füm'éè,: soft de l'oreille gauche' du' possédé et se répand -sur le trpupéâu tfe> coehôns affolé.. .. . • • , • i : • • . v • • : • ., • j*
Ge’tableau est inscrit au catalogue sous le n° 675.
HT. S’ousTe" n6:'872 du catalogue de la vieille Pinacothèque de Munich est) inscrit-un-tab'léàu ie. pénard. Qoufflesty (École flamande, xvnc siècle), représentant le pape -Nicolas V visitant, le tombeau de saint François d’ Assise dont on voit le cadavre à droite. La scène représenté un intérieur d’église.
Dans la partie supérieure de l’église une possédée est exorcisée par un prêtre. Attitude classique en arc de cercle, les bras attachés et maintenus l’un en avant, l’autre en arrière du corps par une corde à nœuds. Trois hommes contiennent vigoureusement la malade. Audessus de la tête de la possédée on voit une petite forme noire, diabolique, qui s’envole.
Devant cetté femme, un prêtre, ayant à son côté lin enfant dé chœur qui tient Un livre ouvert. A droite et a gauche, des assistants qui contemplent la scène.
LES DÉMONIAQUES
Gervais et de saint Protais. Ce tableau est un des six qui ont été exécutés vers 1655 par Champaigne, Le Sueur et Bourdon pour le chœur de l’église de Saint-Gervais à Paris. On y voit se dérouler l’imposante procession composée du haut clergé, de prélats coiffés de la mitre et revêtus de chapes d’or, transportant les corps des deux saints étendus sur un lit. Au premier plan, des malades se pressent sur le passage du saint cortège dans l’espoir d’obtenir la guérison et, au milieu d’eux, dans l’angle gauche du tableau, se remarque le groupe saisissant formé par le possédé et par les deux hommes qui le maintiennent. L’énergumène est un solide gaillard, taillé en athlète, complètement renversé en arrière, la tête en bas, soulevé de terre par les deux aides placés de chaque côté de lui. On ne voit que la partie supérieure du corps, la tête renversée et les deux bras qui s’agitent. Le reste du corps est complètement masqué par l’aide de droite, à l’exception toutefois de l’un des genoux qui apparaît à la hauteur de l’épaule et qui témoigne de l’agitation des membres inférieurs. En somme, cette figure est remarquable par la violence de l’agitation convulsive qu’elle exprime, mais la convulsion ne s’y montre que sous des traits d’un aspect un peu banal, sans caractères précis et nettement indicatifs. Le visage nous montre la bouche entr’ouverte, de grands yeux hagards, les sourcils relevés. Toutefois il serait nécessaire de voir le tableau lui-même pour juger en dernier ressort de ces finesses de l’expression physionomique, car il faut nous méfier de l’art du tapissier et l’adage italien est toujours vrai : Traduttore, traditore.
Nous ne connaissons, de l’école hollandaise, qu’une seule œuvre se rattachant aux démoniaques. Elle est attribuée à un élève de Rembrandt, Samuel van Hoogstraten (1626-1678). Malgré l’incertitude de son origine, cette toile est loin d’être sans valeur. L’on peut affirmer à coup sûr qu’elle a été exécutée sous l’influence de Rembrandt, et qu’elle ne serait pas indigne de ses meilleurs élèves. A notre instigation, le Dr Meige en a fait une étude approfondie, et je ne saurais mieux faire que de reproduire ici intégralement la très judicieuse critique qu’il en a faite.
« La scène est empruntée à un passage des Évangiles , selon saint Mathieu (chap. xxii) .
1° Jésus, parlant encore en parabole, dit.
2° Le royaume des cieux .est semblable à un roi qui fit les noces de son fils ;
3° Il envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui y étaient conviés, mais ils refusèrent d’y venir;
4° 11 envoya encore d’autres serviteurs avec ordre de dire aux conviés : « J’ai préparé mon festin, j’ai fait tuer mes bœufs et tout ce que j’avais fait engraisser : tout est prêt, venez aux noces » ;
5° Mais ils ne. les écoutèrent pas et s’en allèrent, l’un à sa maison des champs, l’autre à son nég’bce;
G0 Les autres' se. saisirent' de' ses serviteurs, et les tuèrent après les. avoir accablés d’outrages; :
7° Le roi layant appris fut irrité, et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers et brûla leur ville;
8° Alors, il dit;à :ses. serviteurs : « Le festin des noces , est prêt, mais ceux qui' y; avaient été appelés n’en ont pas été dignes ;
9° « Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez .» ;
10° Et ses.seryifceu'irs se répandirent dans les rues, rassemblèrent tous! ceux qu’ils trouvèrent, bons et mauvais, et la salle d’esmoCes fut remplie de convives;
11° Le. roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient â table, et il vit un homme qui n’étaU poiht revêt u-de la robe nuptiale ;
12“ ..Et il lui .dit : « Môm ami, comment êtes-vo.us entré ici sans avoir là robe nuptiale ? » Et cet homme ne répondit rien.
13° Alors le roi dit à ses serviteurs : « Liez-lui les pieds et les mains, et jetezle dans les ténèbres extérieures; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents ;
14° « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »
« Telle est la donnée. Voyons maintenant, comment l’artiste l’a comprise. • La scène représente la salle du festin. Au premier plan et en pleine lumière, debout, de profil dans une attitude majestueuse;, se tient le roi sur lequel l’attention est attirée. dès l’abord. Figure noble, à traits réguliers, barbe blanche entière et longs cheveux retombant en boucles sur le cou. Il est coiffé d’un épais turban blanc, vert et or, surmonté d’une petite couronne d’or, ornée de pierreries. Sur le côté, une grosse pierre précieuse maintient une aigrette blanche rejetée en arrière. Son costume est somptueux : une robe blanche
LES DÉMONIAQUES
brodée d’or tombant jusqu’à la cheville, bordée d’hermine aux poignets, serrée au-dessus de la ceinture par une écharpe verte èt bleue à glands d’or. Sur les épaules, ùn lourd et long manteau.de pourpre à larges bordures d’or et de pierreries, retenu par une riche agrafé âu-dèvant de la poitrine. Aux pieds, les chaussures également ornées de pierres précieuses. Lé bras et la main gauches sont cachés par cé manteau. D’un geste impératif, la main