‹ L'art et la médecineChapitre 48 sur 191 · FIG. 83. — PIED BOT HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

FIG. 83. — PIED BOT HYSTÉRIQUE

(Gravure extraite fie La Vérité des miracles opérés sur la. tombe du bienheureux de Paris, par Carré de Montgeron.)

C’est dans de semblables circonstances que la demoiselle Fourcroy a guéri et une seconde gravure de l’ouvrage de Montgeron la représente, après le miracle, s’avançant d’un pas assuré au milieu de la foule qui admire et qui se précipite à genoux.

Une g’rande gravure (Fig. 84), sans nom d’auteur, représente le pèlerinage

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au tombeau du diacre Paris. Elle devait être assez répandue car nous en avons réuni assez facilement plusieurs exemplaires.

Fort intéressante à étudier dans' les détails, èlle nous semble bien donner une idée des scènes tumultueuses dont le tombeau du bienheureux était le théâtre. Nous y . trouvons, dans les allures des. filles convulsionnaires, des traits pris sur le vif, et qui relèvent bien de la grande névrose.

L’affluence est si grande que des gardes sont chargés de maintenir l’ordre autour de la tombe de M. de Paris ; elle est, en effet, assiég’ée par une foule suppliante dans les attitudes les plus variées : les uns courbés, la face contre la pierre, les autres à genoux les mains jointes; d’autres debout levant les bras au ciel. Tout au fond, un garde défend l’approche à une femme que son attitude nous, ferait prendre volontiers pour une convulsionnaire. Peut-être redoute-t-il une scène de désordre que la conduite des convulsionnaires présentes est bien en droit de lui faire craindre. En effet, il paraît régner dans ce monde-là une assez grande surexcitation. A gauche, un jeune abbé à la figure poupine tient des discours à plusieurs femmes; l’une d’elles est dans une attitude de recueillement exagéré ; une autre, dont le corsag’e est quelque peu en désordre, paraît avoir fort envie de lui sauter au cou. Par opposition, à droite, plusieurs convulsionnaires assaillent un moine qui, vraisemblablement, ne partage pas les doctrines de M. de Pâris ; l’une lui tire la barbe à pleine main; les autres lèvent le poing pour le frapper.

Depuis les anciennes possédées, qui s’enflammaient d’amour pour certains prêtres pendant qu’elles injuriaient et frappaient les’ exorcistes, jusqu’aux hystériques modernes qui se conduisent de même enversles médecins appelés à leur donner des soins, en passant par les convulsionnaires de Saint-Médard, on voit que l’exaltation des sentiments n’a point changé, et que leur manifestation a toujours employé les mêmes moyens extrêmes.

Des infirmes, de tout rang et de tout âge arrivent de tous côtés : infirme privé de l’usage de la jambe et porté sur deux béquilles, misérable cul-dejatte, -podagre des classes riches qui descend ‘de sa chaise’ à' porteur soutenu par 'ses 'domestiques... A droite, c’est une femme qui porte dans ses bras un jeune 'enfant , entouré' de langes brodés ; à gauche, c’est une pauvresse qui porte son enfant attaché sur son dos avec des courroies.

Tout contrôle tombeau une jeune femme infirme s’est laissée choir. Les deux

eau-forte anonyï

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béquilles, l’attitude de la jambe gauche font supposer qu’elle est atteinte d’une déformation du membre inférieur gauche par contracture musculaire en flexion. Or, nous avons vu plus d’une fois la contracture hystérique revêtir cette forme. Il semble donc que l’artiste ait voulu représenter ici une malade portant un signe manifestement hystérique. Mais cette supposition devient presque une certitude, si nous considérons le renversement de la tête, le gonflement du cou, la crispation delà main droite... autant de signes du début de la crise convulsive. Un garde se précipite pour soutenir et maintenir au besoin la malheureuse. Nous pensons donc ne point trop nous avancer en disant que l’artiste a représenté ici, avec beaucoup de finesse d’observation et de talent, un des cas analogues à celui de la demoiselle Fourcroy et comme il avait pu en observer lui-même : une jeune femme infirme par contracture hystérique guérie au tombeau du diacre à la suite d’une crise de convulsions.

La curiosité attire dans ce lieu des personnes du grand monde. Un gamin vend des images du bienheureux.

Au bas de cette gravure se trouve une sorte d’oraison pour exciter les fidèles à l’admiration des miracles dont le tombeau est le théâtre, et les exhorter à y reconnaître les preuves de la religion.

On désignait du nom de secouru diverses pratiques usitées chez les convulsionnaires de Saint-Médard et qui avaient pour but, au dire des partisans de Y Œuvre des convulsions , d’apporter du soulagement au milieu des angoisses de la convulsion, et, en second lieu, de faire éclater la protection divine, en montrant « que Dieu met, de temps en temps, une force prodigieuse dans les membres de certains convulsionnaires, et jusque dans les fibres les plus tendres, les plus faibles et les plus délicates, et que cette force est ordinairement supérieure à celle des coups les plus violents ».

Il y avait les petits et les grands secours. Les petits secours consistaient en attouchements, pressions, coups modérés sur diverses parties du corps, et il paraît vraisemblable que la satisfaction des instincts lubriques y entrait pour une bonne part.

Les grands secours , appelés aussi secours meurtriers , et particulièrement appliqués dans le but de faire ressortir l'influence surnaturelle, consistaient en violences atroces exercées sur les convulsionnaires, soit à l’aide de grosses .bûches, de barres de fer, de marteaux, d’énormes pierres, qui servaient à

porter des coups énergiques et répétés, soit à l’aide d’instruments piquants, d'épingles, de clous très longs, d’épées, avec lesquels on transfixait les chairs des malheureux qu’on soumettait à ces terribles épreuves.

On vit se renouveler des scènes dont l’horreur ne peut être comparée qu’aux cruautés que les fakirs de l’Inde, aveuglés par les suggestions du délire religieux, exercent sur leur propre personne.

Chez les convulsionnaires de Saint-Médard qui, pour la plupart, présentaient les signes de l’hystérie la mieux confirmée, il convient de mettre en valeur deux points qui ressortent naturellement de l’emploi des secours , et clans lesquels nous pouvons reconnaître les signes de la « grande névrosé hystérique » telle que nous la retrouvons aujourd'hui. Le premier réside dans là présence , de l’anesthésie généralisée et profonde, si fréquente chez ces sortes de. malades. Cette particularité, qui ne se traduit par aucun signe objectif, devait aider" singulièrement les patients à supporter les épreuves en apparence les plus douloureuses. Il est à noter que les piqûres ne rendaient pas habituellement de sang', comme il arrive d’ordinaire chez les sujets frappés d’anesthésie hystérique.

Le second point.consiste dans la part qui, dans le soulagement apporté par les secours., doit être attribuée à la compression de certaines régions du corps douées de propriétés spéciales, et que nous avons décrites chez les hystériques sous le .nom de zones hystérogènes.

Une excitation mécanique de ces zones provoque les criseg, qui sont enrayées par une nouvelle excitation portée au même point. L’abdomen, en la région de l’ovaire, est, chez les femmes, le siège fréquent de semblables propriétés. Dans de nombreux cas, la compression ovarienne suffit pour suspendre comme par enchantement les convulsions les plus intenses. Chez les hommes, la compression des organes produit souvent de semblables effets.

Nous voyons que la plupart des secours des convulsionnaires consistaient en manœuvres ayant pour but de déterminer une forte compression de l’abdomen, ou de le frapper violemment à l’aide d’un instrument quelconque, mais à extrémité large et mousse.

Dans une gravure consacrée à la représentation des secours (Fig. 85), nous voyons la scène se passer dans une grande salle dont les murs ont pour toute décoration un crucifix entouré d’images de sainteté. La plupart des

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assistants ont des livres en main et semblent réciter des prières, pendant que d’autres administrent les, secours.

Deux hommes convulsionnaires sont à terre : l’un d’eux est frappé à grands coups de bâton, l’autre supporte le poids de deux hommes montés sur lui. Cette dernière épreuve se rapproche de celle de la planche si usitée, et qui consistait en ceci : une convulsionnaire, couchée sur le dos, se couvrait le ventre et la

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