FIG. 99. — MASCARON DU PONT-NEUF
„ , „ langue (Fig'. 94). Des monstres de chapi-
(Miusee de Cluny.) ° x ° ' 1
teaux romans, figurés dans l’ Abécédaire < l'archéologie de A. de .Gaumont, tirent également la langue d’une semblable façon. C’est aussi ce qu’on peut voir sur un des mascarons du Pont- Neuf (Fig. 99) conservés au musée de Cluny, à Paris, et sur une large face aux cheveux bouclés qui orne un chapiteau de l’église de Semur (Fig. 100).
Au moyen âge, cette protrusion de la langue devient un signe de moquerie, ou bien, comme on le voit sur quelques sculptures du xve siècle de Magdalen College, à Oxford, c’est le symbole de la luxure et de la gourmandise.
Une tête de femme des boiseries sculptées (xve siècle) de l’église de Saint- Mullion en Cornouailles, tire tout droit une langue effilée, dont la pointe se relève en haut. Elle est désignée généralement • comme représentant une grimace. Nous ne serions pas éloigné d’y voir la représentation d’une tête de possédée. On peut KI0 100 TÉTE grotesque.
remarquer, en effet, qu’en outre de cette (Église de fémur.)
LES GROTESQUES
manière bien spéciale de tirer la langue, la face est complètement tournée de côté comme dans une convulsion.
C’est ici le lieu de rappeler le masque de la pierre de Klapperstein., à rhôtel de ville de Mulhouse. La langue est hors de la bouche et pend droite.
Nous connaissons bien peu de figures grotesques dans lesquelles la langue est tirée de côté. On peut en trouver un spécimen dans un groupe de trois figures empruntées à l’une des stalles sculptées de l’église de Statford-sur- Avon. Mais il est clair qu’il ne s’agit ici que d’une simple grimace. Toute la figure porte les signes exagérés du rire et ne présente en aucune façon ce cortège de symptômes si spécial, qui fait du mascaron de Santa Maria Formosa une œuvre naturaliste au premier chef. Nous en dirons autant des têtes grotesques qui ornent la façade de l’ancienne église de Saint- André, à Chartres, et parmi lesquelles trois tirent la langue chacune d’une façon différente. L’une la tire droite et pendante, comme c’est le cas ordinaire, l’autre l’incline du côté gauche, enfin la troisième la relève en haut de façon que la pointe touche le nez.
On peut citer encore' une tête de la cathédrale de Reims qui laisse pendre une large langue rabattue sur la lèvre inférieure et portée du côté gauche (Fig. 101).
Nous rapprocherons du mascaron de Santa Maria Formosa, un masque en terre cuite qui présente une déformation analogue des traits, moins la saillie de la langue (Fig. 102) Ç. Ce masque, qui provient delà collection Cainpana,
1. Cette figure et les suivantes qui représentent des statuettes du musée du Louvre ont été faites d’après des photographies dues à l’habile concours de mon ami A. Londe et prises sur les originaux mêmes que MM. les conservateurs, M. Heuzey, M. Pottier, M. Pierret, M. Ch. Ravaisson Mollien et M, Saglio ont fort gracieusement mis à notre disposition. Nous les en remercions bien vivement.
I absenc
se trouvait clans une des vitrines de milieu du musée Charles X avant les modifications de ces dernières années.
Tout le côté gauche de la fig'ure est contracté, l’œil est fermé, la narine fortement relevée, le nez tors et la commissure labiale relevée et entraînée du même côté. La joue gauche est plissée, sillonnée de rides. Par contre, l’œil droit est grand ouvert, saillant, et tout ce même côté de la face de rides avec le spasme qui
contraste par le calme des traits bouleverse le côté gauche.
Une petite tête en terre cuite trouvée à Myrina offre une difformité semblable (Fig. 103). Le catalogue de MM. Pottier et J. Reinach la décrit ainsi sous le n" 777 : « tête longue, étroite, le sourcil gauche relevé, la bouche est ouverte et de travers, expression de soulfrance ». Nous ajouterons que du côté de la déviation de la bouche, la narine est relevée, le nez tordu, la joue ridée, l’œil fermé; ceci a lieu à droite, pendant que tout le côté gauche g’arde une impassibilité complète. Cette tête est celle d’un vieillard, et son expression est d’une réalité saisissante. Elle offre l’image, ainsi que la tète précédente, d’une affection nerveuse, plus difficile a définir nettement que celle du mascaron g'rotesque de Venise, parce que l’absence de la saillie de la langue enlève un signe d’une importance décisive; le diagnostic peut hésiter: le sujet est atteint ou d’hémispasme à droite ou d’hémiparalysie à gauche.
On comprend que la seule inspection soit insuffisante pour décider entre deux affections qui donnent lieu à une déformation des traits analogue et dont le diagnostic, dans la pratique, n’est pas sans présenter