FIG. 105. — GROTESQUE
(Terre cuite de Smvrne, musée du Louvre.)
tesque drapé (nn 817), doué de jambes très maigres, est vêtu d’une tunique à manches courtes et dont les plis retombent sur sa poitrine bombée comme celle d’un bossu.
C’est évidemment de ce Ivpe caricatural que dérive le maccus des Atellanes, l’ancêtre du Polichinelle napolitain, du Pulcïnella.
Dans ces dernières années, d’intéressantes tentatives ont été faites pour
1. Le musée du Louvre s’est enrichi dernièrement de la remarquable collection de terres cuites de Smyrne de M. P. Gaudin, dans laquelle les types pathologiques sont très nombreux et variés, et [sur lesquels le D1' Félix Régnault a récemment publié une intéressante étude ( Revue encyclopédique Larousse, 1900, p. 589, et Correspondant médical, 1901, p . 11).
LES GROTESQUES
donner au bouffon populaire, à Polichinelle, une origine pathologique. Le type qu’il incarne et perpétue au travers des siècles pour la plus grande joie des enfants — nez gros et recourbé, menton proéminent, pommettes saillantes, bosse par devant, bosse par derrière — aurait été, pour ainsi dire, calqué sur nature et puisé dans la longue et lamentable série des infirmités humaines.
Là, comme nous l’avons vu pour d’autres g’rotesques, le ridicule est l’enfant de la maladie; le rire, chez la foule égoïste ou chez l’enfant sans pitié ^ naît de la souffrance et des larmes.
Un de mes amis, le Dr Pierre Marie, a donné, en effet, récemment la description d’une maladie qu’il a nommée acromégalie, et qui se traduit par les curieux symptômes suivants :
Celui qui en est atteint voit ses extrémités prendre un volume inattendu et disproportionné avec le reste du corps. Le nez s’allonge et g’rossit, les pommettes font saillie, et la mâchoire inférieure prend un volume tel que le menton est projeté en avant, et que la face acquiert une hauteur inaccoutumée. La bouche agrandie cache une lang’ue volumineuse, et laisse passer une voix caverneuse. Ce masque est saisissant, et ceux qui l’ont vu une
• . (Terre cuite - de Myrina, musée du
seule fois ne sauraient l’oublier. A cela s’ajoute une Louvre.)
■déformation du tronc. La colonne vertébrale s’incurve, produisant une bosse par derrière, à laquelle correspond, en avant, une saillie due à la proéminence du sternum. Les mains et les pieds prennent en même temps un volume exagéré, et achèvent de donner à l’acromégale son aspect très caractéristique.
En présence de certains de ces malades, le rapprochement avec Polichinelle s’impose véritablement. Et si le célèbre pitre, roi des bossus, ne possède ni les mains en battoirs ni les pieds en bateaux du malade de M. Marie, son ancêtre, le maccus des Attellanes, n’en était point exempt, si nous en croyons un bronze antique du musée Kirscher, à Rome, sur lequel M. le Dr Souques a récemment appelé l’attention1.