‹ L'art et la médecineChapitre 64 sur 191 · Journal des savants, février 1881, p · texte numérisé non relu

Journal des savants, février 1881, p

« Derrière lui (le roi de Poun), dit Mariette, se trouve sa femme. Celle-ci a la chevelure soigneusement peignée et ramenée en queue épaisse par derrière. Un collier formé de gros disques enfilés orne son cou. Elle a une g’rande chemise jaune sans manches. Quanta ses traits, ils sont assez réguliers, quoiqu’un peu virils, mais tout le reste de sa personne est repoussant. Ses bras, sa poitrine, ses jambes, sont comme chargés de chairs ramollies; le bassin se projette en arrière, et accuse une difformité que l’artiste égyptien a rendue avec une naïveté surprenante. »

Faut-il voir là l’ensellure et la proéminence des fesses signalées par Parrot chez certains nains, ou bien, comme le pense M. Bordier, ne s’agirait-il pas ici de la représentation du type des Boschimans, avec l’ensellure et la stéatopygie caractéristiques? Broca fait une remarque qui ruine cette dernière hypothèse. Il fait observer que l’humérus paraît plus court que le radius. Or, ce fait ne se rencontre dans aucune race, moins chez les Boschimans que chez aucune autre. Nous ajouterons que la disproportion des membres très courts, avec le torse trop long, leur surcharge graisseuse, s’ajoutent aux signes ci-dessus relevés, pour faire de cette figure une véritable naine se rattachant à la catégorie des achondroplasiques.

Ces deux figures de nains ne sont pas les seuls spécimens de ce genre que nous offre l’art égyptien. M. Maspero insiste sur l’affection que les Pharaons et les princes de leur cour avaient pour ces êtres difformes.

« Leur maison, dit-il, n’aurait pas été complète s’ils n’y avaient pas attaché un ou plusieurs nains d’aspect plus ou moins grotesque.

« Ti en avait qu’il a fait peindre avec lui dans son tombeau. Le pauvre hère tient dans sa main droite une sorte de grand sceptre en bois, terminé en forme de main humaine, et conduit en laisse un lévrier presque aussi haut que lui. Ailleurs, le nain est représenté accroupi sur un tabouret, auprès du maître, à côté du singe ou du chien préféré. Les tableaux de Beni-Ilassan nous en ont fait connaître deux qui étaient attachés à la personne du prince Minieh; Lun d’eux est assez bien proportionné dans sa petitesse, mais l’autre joint à l’exiguïté de la taille l’avantage d’être pied bot. »

La figure qu’en donne l’ouvrage de H. Rosellini montre que les pieds bols de ce temps- là ne différaient point de ce qu’ils sont aujourd’hui (Fig. 113). Elle prouve en même temps que les Égyptiens, qu’on s’imagine trop aisément

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS

esclaves d’une formule, savaient au besoin voir la nature et la copier au point d'en reproduire très exactement jusqu’aux difformités.

Ce n’est pas tout, ce type de nain rachitique, les Égyptiens l’ont divinisé. Ils l’ont fait entrer dans leur ciel, qui contient au moins deux nains dont le rôle était important : le dieu Bes, qui présidait aux armes et à la toilette, et le dieu Phtah, qui personnifiait le feu, la chaleur et la vie.

On peut voir au musée des antiquités égyptiennes, au Louvre, de nombreuses figures du dieu Bes. Il est représenté avec des attributs différents, suivant les

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