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V Art. Simples entretiens à l'usage de la jeunesse

douloureuse des tares de la dégénérescence. Cette mâchoire saillante, ces dents irrégulières et mal plantées, ce front asymétrique sont les stigmates révélateurs d’une pauvreté intellectuelle qu’accentue encore l’expression pénible peinte, malgré le rire, sur toute cette face convulsée, et c’est ce mélange de rire et de souffrance, de déchéance et de joie, qui fait du tableau de Vélasquezune œuvre d’un intérêt si troublant, en même temps qu’une peinture d’un réalisme achevé.

D’ailleurs, Velasquez s’est attaché avec un soin tout spécial à fixer sur la toile cette expression complexe des êtres dénués d’intelligence, et il semble que ce masque étrange de l’imbécile ou de l’idiot ait hanté son imagination. Noüs venons de voir qu’il l’a rendu d’ailleurs avec une intensité de vie et une puissance d’expression vraiment extraordinaires. Les autres tableaux consacrés aux faibles d’esprits, tels que l 'Enfant de Vellecas (Fig’. 154), I Idiot de Coria, le nain El Primo, le nain Sébastien de Morra (Fig. 155), sont également d’une vérité absolue et peuvent être considérés, ainsi que l’a fait remarquer M. le D1' Porak, comme des types des nains micromèles, obèses et à g’rosse tête qui relèvent de l’achondroplasie.

Le nain de Philippe IV, Antonio l’Anglais (Fig. 156), appartient à la catégorie des nains exempts de difformités. Il est assez bien proportionné. Vélasquez l’a représenté debout superbement vêtu, tenant un grand lévrier en laisse. Les autres nains de Philippe IV rentrent dans la catégorie ordinaire des nains difformes et contrefaits, véritables' petits monstres dont les riches habits ne masquent pas la laideur et les infirmités. Le tableau des Ménines (Fig. 157). est le plus célèbre1. Il montre dans quelle promiscuité la famille royale et ces êtres grossiers et difformes; avaient l’habitude de vivre. Us sont là, en effet, le nain Nicolasino Pertusano et la naine Barbota, au même titre que les lévriers ou les molosses qu'ils accompagnent souvent, dans l’angle de droite du tableau où Vélasquez a représenté les enfants entourés des ménins, et derrière lesquels il s’est peint lui-même.

Un autre portrait de la naine Barbola, également attribué à Vélasquez, se trouve au musée d’Auch. M. Ed. Garnier le décrit ainsi :

1. Les ménins (méninos) étaient de jeunes garçons de haute naissance remplissant auprès de la reine, des infants et des infantes les fonctions de pages; mais ils étaient considérés comme étant de beaucoup supérieurs à ces derniers (Ed. Garnier).

fig. 153. — l'idiot, par véla’squez.

Mietkhe, phot.

(Musée de Vienne.)

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS

« La naine Barbola y est représentée de face, de grandeur naturelle et tenant un petit chien sur son bras droit; ses cheveux tombent dans toute leur longueur ; elle est vêtue d’un corsage vert à basques et d’une jupe noire ; elle est affreusement laide et on s’explique difficilement, en voyant son portrait, côrp'ment des. femmes jeunes et belles ont pu s’entourer de pareils petits monstres, à moins que ce ne soit — pour employer un terme de peinture — afin de leur servir de repoussoir. »

La faveur dont jouissaient en Espagne ces êtres monstrueux s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

M. Madrazo racontait à notre maître, M. Charcot, qu’il avait vu, lorsqu’il avait six ans, des bouffons et des nains attachés à la personne des grands d’Espagne. L’évêque de Santander, en particulier, avait un bouffe, sorte d’idiot que l’on habillait en général et que l’on faisait chanter.

Hugues Le Roux rapporte dans un

FIG. 154. — l’enfant DE VALLECAS, PAU VELASQUEZ.

article paru dans le Temps (3 déc.

v (Musée du Prado, Madrid.)

1887) le dramatique récit suivant : ,

« J’ai connu pour ma part, dit-il, un de ces nains royaux, peut-être le dernier de sa race. Il faisait partie de la maison de la reine Marie-Christine d’Espagne. Il habitait près d’elle, dans la villa de Mont-Désir, à Sainte-Adresse, où la reine est morte en 1878.

« Ce nain était un affreux petit Espagnol, très barbu, très basané, qui avait une tète énorme et de minuscules jambes cagneuses. Il était vaniteux comme un paon, et redouté pour sa méchanceté. On le rencontrait toujours un cigare au coin de la moustache, la canne à la main. Il promenait les suivantes de la reine dans un petit panier attelé de deux poneys. Et il fallait le voir faire sa roue, à moitié enseveli sous les fraîches toilettes de ces jolies filles.

« Lés derniers mois de sa vie, la reine Marie-Christine souffrit d’étouffements et l’on craignait à toute- heure de la voir passer. Elle était, déjà agonisante lorsque, dans la nuit, du 23 août 1878, subitement elle sentit l’air lui manquer.

« La suivante qui la veillait s’étant endormie sur le fauteuil, la reine se leva sans bruit, et s’appuyant aux murs descendit, sans. être, aperçue,

jusque sur la terrasse de la villa...

« Or, il advint que. cette nuit-là, le nain était descendu pour boire en cachette aux offices. Il remontait l’escalier à moitié ivre, quand son pied butta contre une forme étendue au travers des marches-.

« Rageur comme il l’était, l’avorton commença par frapper l’obstacle de sa botte, puis, comme rien ne bougeait, il frotta une allumette à la muraille et se pencha pourvoir.

« Il poussa, un cri aigu qui réveilla la maison .

« Dios ! la reina !

« Des portes battirent, des flambeaux accoururent avec une grande rumeur de voix.

« Et, en travers de l’escalier, on trouva le nain évanoui sur le corps de Marie-Christine morte. »

Pour en finir avec l’école espagnole, nous signalerons un tableau de Carrêno de Miranda (1614-1685) qui est actuellement dans une salle fermée du musée du Prado, à Madrid, et consacré à une monstruosité célèbre.

Voici la notice que lui consacre le catalogue, et que M. Madrazo a bien voulu nous communiquer.

« N° 691. — Carrêno. Portrait d’une naine monstrueusement grosse, debout et de grandeur naturelle.

Moreno, phot.

FIG. lâG. — PORTRAIT I)’(JN NAIN DE PHILIPPE IV, DON ANTONIO l’ ANGLAIS, PAR VELASQUEZ.

(Musée -(lu Prado, Madrid.)

du Prado, Madrid.)

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS

« Dans l’inventaire des tableaux qui existaient en 1686 au palais royal de Madrid, ee tableau figurait parmi les autres dus à Carrgno, décorant la chambre basse du prince, joint à un autre portrait de la même femme nue, et mal nommée dans ce document la Monstrueuse.

« Au temps de. Charles II on publia un papier dans lequel on racontait

Brogi, phot.

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