FIG. 162. — LE NAIN DE CHARLES-QUINT, PAR ANTONIO MORO
(Musée du Le
LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS
flèche demeure accrochée à sa barbe. Deux nains s’évertuent à scier le pied droit à l’aide d’une grande scie semblable à celle que manient les scieurs de, long, pendant qu’un autre attaque le pied gauche à coups de hache. Il entre dans le dessin de tous ces petits hommes une grande part de convention et d’imagination, surtout dans les figures au nez court et gros, aux énormes moustaches, à la barbe longue et fournie. Néanmoins, on peut se rendre compte qu’ils se rattachent pour la pluplart à un type nettement défini dans lequel se mêlent les caractères du rachitisme et de l’achondroplasie : grosses têtes et torses longs munis de membres fort courts et boudinés avec incurvation du squelette des jambes. Vers le milieu de la troupe, le nain qui tient l’arc et dont on ne voit guère que la tête mérite une mention spéciale. Cette face à la mâchoire longue et proéminente, à la barbe courte, aux moustaches fines quoique longues, flanquée de larges oreilles, diffère complètement du type des autres pygmées. Elle porte un accent de vérité qui nous fait croire qu’elle doit être un portrait pris sur nature.
Quant au géant lui-même, il est d’un modelé rond qui ne trahit point la force musculaire. Sa grande barbe et son nez en pied de marmite n’ont rien de spécial aux personnalités de son espèce.
Mais bientôt il se réveille, et Cranach', dans le second tableau (Fig. 160), nous le montre mettant en déroute à grands coups de massué la troupe naine dont il fait d’ailleurs un horrible carnage.
Abordons maintenant l’étude des portraits que de grands peintres nous ont laissés de ces êtres difformes.
Will Summers, le célèbre bouffon de Henri VIII d’Angleterre, a eu la bonne fortune d’être peint plusieurs fois par le célèbre peintre delà cour Hans Holbein (1498-1554) qui lui a consacré deux tableaux où il est représenté seul avec des attributs qui servent à le caractériser. Dans l’un de ces derniers portraits gravé par F. Delaram, les lettres H. R. (Henricus Rex) sont gravées sur sa poitrine et il tient un cor à la main. Il nous apparaît petit, la tête volumineuse, les membres longs, le corpë dissimulé sous de larges vêtements flottants.
Il existe en outre d’Holbein un beau portrait de Henri VIII, où le roi est accompagné de son bouffon. Ce portrait est aujourd’hui à Londres dans la salle de réunion de la Société des antiquaires. Un autre portrait de Henri VIII
avec son bouffon est une miniature .d’un psautier écrit par John Mallar, secrétaire et chapelain du roi, et conservé au British Muséum.
Nous signalerons un tryptique de Jëan Gossaeët (1470-153.2), représentant Jésus-Christ chez Simon le pharisien, conservé au Musée royal de Bruxelles, et dans lequel nous avônsœeconnu une figure de bouffon.
Au fond de la salle où Simon reçoit Jésus-Christ, les disciples- sont assis à une autre table. Le personnage du milieu se verse à boire, et près de lui, une main appuyéesur son épaule, un individu de petite taille' à la tête pointue et dont les traits rappellent la physionomie des bouffons, semble lui adresser quelque facétie,’ ainsi qu’il était dans l’habitude dé ces sortes de personnages. En effet, la tête est garnie de grandes oreilles,' le -nez, long et pointu, surmonte une bouche largement fendue, les yeux sont gros et saillants et toute la tête est comme déjetée de côté, inclinée sur l’épaule droite.
Rubens (1577-1640), dont nous avons eu l’occasion, dans. un chapitre précédent, d’exalter les œuvres qui personnifient des démoniaques, a peint avec non moins de réussite un type remarquable de' nain, dans le portrait du comte Thomas Arundel et sa femme (Fig. 101) à la Pinacothèque de Munich.
Le crâne est étroit, pourvu de grandes oreilles; la face offre un type bestial; la bouche est grande et lippue. Le torse long est' mal supporté par les jambes couftesœt grêles. Il paraît mal en équilibre sur de téls supports, et s’appuie delà main droite sur un grand lévrier, pendant que de l’autre il s’accroche. aux plis d’une lourde tenture., Les membres supérieurs sont d’une longueur disproportionnée.
Van Dygk (1599-1641) a fait lé portrait de deux nains de la cour d’Angleterre, célèbres par les qualités de Mur esprit' et par leur réputation de conformation physique irréprochable.:
Richard Gibson, qui eut une réputation de peintre miniaturisté, était attaché à la personne dé Charles Ie1' en qualité de nain, et plus; spécialement de page de la garde-robe ; il épousa la naine de la rèine Hehriette-Marie-Anne Shepherd, qui était exactement de la mênie taille que lui (1 m. 15).
Van Dyck a dessiné un portrait de Gibson, que possédait à la fin du siècle dernier W. Hamîltôn, ambassadeur d’Angleterre a Naples. Il a peint également mistress Gibson dans le portrait de la duchesse de Richmond.
Gibson, à en juger par ses portraits et d’après’ le témoignage de ses con-
FIG. 163. —, PORTRAIT DE PÉJEROU, BOUFFON, PAR ANTONIO MORO. (Musée du Prado, Madrid.)
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temporains, était fort bien proportionné dans sa petite taille et, suivant l’expression de ses biographes, « il possédait et exerçait tous les talents qui font le parfait gentleman1 ».
Jeffrey, né en 1510, nain également attaché à la cour de Charles Ie'', fut encore plus célèbre que Gibson. Van Dyck l’a représenté aux côtés de la reine Henriette-Marie dans le beau portrait qu’il a fait de cette princesse'.
Les documents écrits ou figurés relatifs à ce nain célèbre sont nombreux.
Hanfstaengl, phot.
FIG. 1G4. — LES NAINS, PAU JAN VAN KELLEN. (Berlin, collect. Raczynski.)
Sir Walter Scott les a résumés dans le portrait qu’il en trace dans un roman. « Jeftrey Hudson, quoique nain de la plus petite stature, n’offrait rien de contrefait ni dans sa taille ni dans' sa physionomie. Sa grosse tête, ses longues mains et ses pieds étaient, à la vérité, disproportionnés ; son corps et sa taille plus épais que ne l’auraient exigé les règles de la symétrie; mais l’effet qui en résultait était plaisant sans avoir rien de désagréable. . »