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CHAPITRE IV

LES AVEUGLES

La première à citer parmi les œuvres d’art représentant des personnages atteints de cécité est le célèbre buste d 'Homère, du musée de Naples. Nous n’avons pas à nous étendre sur les qualités de premier ordre de ce morceau de sculpture. Nous nous bornerons à signaler le mouvement expressif des yeux, qui nous paraît admirablement rendu. Ces yeux inégalement ouverts, au-dessus desquels le sourcil s’élève, dans un vain effort, comme pour faciliter l’accès désormais inutile de la lumière du jour, sont bien les yeux d’un aveugle.

Il est en effet très curieux d’observer que la cécité imprime souvent à tout le corps une attitude spéciale d’ailleurs bien connue.

Sur la physionomie on constate le relèvement des sourcils, comme sur le buste d’Homère dont il est question ici. Quant a l’attitude, elle consiste dans le redressement de tout le corps, la tête droite, légèrement renversée en arrière, la face dirigée en haut, vers le ciel, d’où vient la lumière.

Ce type d’amaurotique est fréquent. Nous en connaissons, à la Salpêtrière, de bien beaux exemples, et il n’est certainement pas de nos lecteurs qui, recueillant leurs souvenirs, ne se souviendront l’avoir croisé dans les rues. Il marche seul, la canne en avant, roide et tout d’une pièce, l’œil sans regard

LES AVEUGLES

dirigé en haut, avec une assurance et une .connaissance du chemin qui étonnent les passants. Ou bien il est accompagné, . et le conducteur, ; dont l’œil est sans cesse sollicité par ce qui se passe autour de lui, contraste singulièrement par la liberté et la variété de son allure, et de ses mouvements avec l’attitude rigide et compassée de son compagnon. D’aussi loin qu’il les aperçoit, l’œil le moins exercé n’hésite pas à reconnaître lequel des deux promeneurs est privé du sens de la vue.

Et ce type si expressif de l’aveugle, qui garde dans ses traits et dans toute son attitude la recherche de la lumière, ne se rencontre généralement que dans les cas de cécité invétérée,, alors que toute perception lumineuse est depuis longtemps abolie. C’est celui que les artistes ont en quelque sorte choisi, et nous le trouvons admirablement rendu dans plusieurs tableaux que nous citerons tout à l’heure.

Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que pendant l’évolution des maladies qui aboutissent à l’amaurose, l’impression lumineuse est souvent douloureuse, au point que toute la mimique du patient n’a qu’un but : celui d’apporter un obstacle à l’entrée des rayons lumineux dans l’œil; d’où le froncement ou l’abaissement constant des sourcils, la demi-occlusion des paupières, et l’inclination en avant de toute la tête, la face tournée vers le sol; d’où l’usage des grandes visières, etc...

C’est le tableau du photophobe diamétralement opposé à celui de l’amaurotique signalé plus haut.

Brogi, phot.

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