SAINTE ÉLISABETH DE HONGRIE SOIGNANT LES TEIGNEUX, PAK MURILLO
(Académie Saint-Ferdinand, Madrid.)
LES TEIGNEUX ET LES POUILLEUX
espagnol, la reine de Hongrie ne se contente plus de donner à manger et à boire aux malades^ elle leur prodigue elle-même ses soins. Et, pour ne pas être atteints de la lèpre, les malheureux qu’elle panse n’en sont pas moins victimes d’un mal contagieux dont le peintre a si bien su fixer les caractères
que le diagnostic est des plus faciles. L’enfant dont sainte Élisabeth lave la tête au-dessus d’un large bassin est atteint de la teigne tonsurante, et un second petit malade debout près d’elle, qui semble attendre son tour, occupé à se gratter avec frénésie, est affligé du même mal. L’emplâtre, ou le linge quil a sur le sommet de la tête, laisse voir ces larges places irrégulièrement dégarnies de cheveux, qui sont une des conséquences du mal. Près de la sainte sont deux servantes, dont l’une s’apprête à verser le contenu d’un vase sur la tête de
— UNE FEMME CHERCHANT LES POUX A SON ENFANT, PAR MURILLO, (Pinacothèque de Munich.)
l’enfant; l’autre tient un plateau avec des médicaments et des emplâtres. Un boiteux perdu dans l’ombre s’avance sur la droite, et dans, l’angle. gauche du tableau un pauvre diable, assis à terre, défait son pansement et découvre un ulcère de la jambe.
Je signalerai également un tableau du même maître conservé au musée de Munich (Fig. 180) et exprimant une scène plus intime, dans laquelle une affection parasitaire du cuir chevelu retient également l’attention du spectateur. Mais le mal dont il s’agit ici, le pediculüs capitis , fort commun dans les populations où n’ont pas pénétré les habitudes de l’hygiène, ne laisse point de traces visibles dont l’artiste ait à se préoccuper. La recherche du parasite, qui se cache dans les épaisseurs touffues de la chevelure, est le motif que le peintre a choisi, et qui, à lui seul, révèle la nature de l’affection.. C’est une vieille femme, une grand’mère, qui tient entre ses genoux la tête d’un bambin joufflu à demi couché à terre; tout est à admirer dans: cette scène de famille, depuis l’insouciance'du jeune enfant dévorant un morceau de pain, et jouant avec un chien qui semble attendre la bouchée promise, jusqu’à l’attention pleine de gravité avec -laquelle la vieille femme se livre à la poursuite ded’ennemi.
Je ne citerai que pour mémoire le tableau bien connu de Murillo, qui est au Louvre, et représente un jeune mendiant, dans un rayon de soleil, très occupé à chercher la vermine dans les plis de sa chemise (Fig. 183).
■Un jeune pouilleux a été également représenté par Gérard Dow (1598- 1074). La scène se rapproche beaucoup de celle qu’a choisie Murillo dans le tableau de Munich. C’est encore une vieille femme qui tient sur ses genoux la tête d’un gros garçon d’une dizaine d’années. La recherche à laquelle elle se livre est minutieuse, elle exige les lunettes, elle captive toute l’attention. Sur l’arrière-plan, le mari semble attendre le moment opportun pour vider la bouteille. L’intérêt pittoresque du tableau est doublé par les accessoires qui, suivant l’habitude du maître flamand, meublent l’intérieur de la maison.
Une gravure de la Bibliothèque nationale (Fig. 181), attribuée à Van Ostade, reproduit une scène du même genre, et c’est par elle que nous terminerons cette courte revue des pouilleux dans l’art, que nous pourrions facilement allonger sans grand profit d’ailleurs L Le pouilleux de Van Ostade
f. Le Dr Meige (Nouv. Iconogr., p. 9) a cité plusieurs autres tableaux de pouilleux dé Van Ostade, de Pieter de Hooch, de Jean Miel.
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n’est plus un enfant, c’est un joyeux drille assis à terre, la pipe à la main et qui se prête docilement aux investig’ations laborieuses auxquelles se livre une vieille femme dans sa chevelure embroussaillée, pendant qu’un compère se livre à un autre genre de recherche eh explorant le contenu d'une cruche à boisson.
Je veux dire quelques mots, pour clore ce chapitre, d’un tableau du Louvre
de Domenico Ghirlandajo (0449-1494;, bien qu’il n’y soit question ni de teigne, ni de poux. Mais il représente, avec une grande vérité, une maladie de peau assez commune et sa place dans notre galerie artistique de la maladie est toute marquée ici (Fig. 182).
Il s’agit d’un portrait de vieillard avec un enfant. Les têtes des deux personnages forment tout le tableau et attirent l’attention du spectateur. Et le nez de ce vieillard bourgeonnant et tuméfié est le siège cl’une affection peinte •dans tous ses détails avec un soin si minutieux qu’il est facile d’y retrouver
moquent les poètes comiques? » Et Phidias de répofrdre, résumant une certaine théorie esthétique,, que ce que l’on doit rechercher dans un portrait n’est pas « une ressemblance périssable, mais l’expression du caractère et l’empreinte des vertus ».
Si le maître de la première Renaissance italienne avait suivi ces principes, nous n’aurions pas aujourd’hui ce chef-d’œuvre qu’un trait réaliste aussi osé,
FIG. 182. — PORTRAIT d’un VIEILLARD AVEC UN ENFANT, PAR DOMENIÇO GïiIRLANDAJO. (Musée du Louvre.)
tous les caractères de l’acné hypertrophique.’ Certes, jamais un antique n’aurait voulu reproduire dans tout son réalisme une semblable difformité: Beulé, dans son drame antique « Phidias », fait dire à Périclès s’adressant à Phidias qui fait son portrait : « Ainsi tu n’as pas jugé préférable de me représenter tel que je suis chaque jour, sans oublier ma tête allongée, dont sé
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loin d’amoindrir, complète d’une façon inattendue. Ici la pensée domine la matière, et de cette toile se dégage un sentiment de touchante mansuétude et d’infinie tendresse. La figure de ce vieillard, dans tous les traits, avec son beau front découvert, ses sourcils un peu contractés' ses yeux tout remplis de bienveillance, la bouche cachée dans l’ombre de l’appendice nasal volumineux, respire la bonté, une vraie bonté acquise parfois au prix d’une douloureuse expérience. Et l’enfant ne s’y trompe pas. Son ingénuité ne s’arrête pas à un défaut physique, elle pénètre jusqu’à l’àme de son vénérable compagnon. Sa petite tête blonde le dévore du regard. Ses lèvres tendues en avant ne demandent qu’à l’embrasser, et sa petite main s’élève avec l’intention évidente de l’attirer dans ses bras.
FIG. 183. — JEUNE MENDIANT, PAR MUIULLO. (Musée du Louvre.)
Alma ri, photi
FIG. 184. — LE GROUPE DES INFIRMES DANS LE « TRIOMPHE DE LA MORT », PAR ORCAGNA. (Fresque du Campo-Santô, Pise.)