Dr Meige, loc. cit
(Musée national, Naples.)
LES LÉPREUX
A droite, sur la place, se pressent de malheureux infirmes qui viennent demander la guérison, car l’on sait que les rois de France avaient le don, une fois consacrés, de guérir les écrouelles et d’autres maladies. Il semble ici que le mal dont ces malheureux sont atteints n’est autre que la terrible lèpre.
Celui qui est debout, dans l’angle du tableau, porté sur deux béquilles, est bien gravement atteint. Ses membres inférieurs, tous deux atrophiés et dont les pieds rétractés ne touchent terre que parla pointe, lui refusent à peu près tout service. La tête dolente, penchée de côté, montre une face glabre, toute boursouflée ; les joues sont gonflées et les lèvres entr'ouvertes découvrent une dentition fort irrég’ulière. Enfin, la misère de ses vêtements laisse à découvert une partie du ventre couverte d’ulcères. Près de lui, un frère d’infortune est agenouillé, les mains jointes, soutenu par des béquilles. Une de ses jambes est enveloppée de bandages, l’autre repose sur une gouttière prolongée par un pilon. Le malheureux a perdu l’usage de ses pieds, il se traîne sur ses genoux. Les cuisses amaigries sous les chausses déchirées, gardent une attitude de flexion vraisemblablement causée par les rétractions tendineuses. Sa face amaigrie, ses membres supérieurs émaciés complètent le tableau. Sans qu’il soit permis de l’affirmer d’une façon absolue, il semble bien que nous soyons ici en présence de deux figures de lépreux.
Dans les intervalles que laissent ces deux premiers personnages, on remarque à l’arrière-plan trois autres figures qui sont aussi des malades. Une femme porte un enfant dont la tête presque glabre paraît atteinte de la teigne. Un malheureux s’avance les mains jointes, d’un air suppliant. Il pousse des plaintes et sa bouche s’ouvre toute déviée à gauche. Enfin, tout au bord de la toile, une tête apparaît encore toute enveloppée de linges.
D’autres œuvres de la vieille école de Cologne ont été décrites par le Dr Meige ; je me contenterai de donner ici la description d’un tableau de Conrad Witz (fin du xve siècle), parce que le lépreux qui y est figuré compte parmi les images les plus nettes et les plus démonstratives.
« Dans une église, près de Sierrentz, a été trouvé un tableau, actuellement au musée de Bâle, et représentant [Saint Martin partageant son manteau avec un mendiant estropié... Cette œuvre d’art est parfaitement bien conservée, d’un coloris frais et soigné. Devant la porte d’une ville, dont les murailles crénelées et les hautes tourelles se profilent sur un ciel clair, saint Martin
passe, monté sur un cheval blanc, accompagné d'un personnage vêtu de noir, à cheval également... De la main droite, il tient son épée nue, et s’apprête à couper un larg’e morceau de son manteau, pour le donner à un infirme qui l’implore au bord de la route. Ce dernier est presque nu, sauf un linge étroit ceint autour de ses reins. C’est un lépreux. Et de la lèpre il a presque tous les
Alinari, phot.