FIG. 196. — LA CONSECRATION D’UN ROI DE FRANCE, ÉCOLE DE COLOGNE
(Pinacothèque royale, Turin.)
stigmates. Sa face hideuse est couverte de pustules suintantes et de tubercules saillants; son nez est à demi dévoré par le mal, et ses lèvres rongées ne parviennent plus à cacher ses dents. Presque plus de cheveux sur un front envahi par les ulcérations lépreuses. Tout le corps est couvert des mêmes ulcères, les uns plus petits, rouges et saillants; les autres, plus étendus, blanchâtres au centre et purulents, avec une auréole inflammatoire pourprée. Et l’on en
LES LÉPREUX
voit partout, sur la poitrine, sur le dos, sur les bras et sur les jambes.
« Ce pitoyable lépreux ne peut plus se servir de ses jambes; celles-ci, emmaillotées de chiffons, sont maintenues par des courroies dans une sorte de jambière munie de support, sur lesquels l’infortuné se traîne en rampant. Le pied gauche, tuméfié, informe, a cependant gardé sa position normale ; mais le droit, à la suite de je ne sais quelle dislocation, est venu se placer à rebours, la pointe en l’air. Est-ce là une erreur imputable à l’inattention de l’artiste? Elle nous semble trop grossière pour avoir pu lui échapper. Et, atout prendre, cette monstrueuse déformation n’est pas irréalisable : la lèpre sait encore mutiler plus cruellement. Sur ce pied disloqué, les orteils sont manifestement recroquevillés sur la plante, rétraction dont la lèpre est coutumière. Plus intéressante encore, au point de vue’ pathologique, est la main que le mendiant élève vers le saint, dans un geste suppliant. On y voit, très exactement rendu, un des effets de ces rétractions tendineuses consécutives aux amyotrophies lépreuses. La forme du cinquième doigt, recourbé en crochet, a été évidemment inspirée par la vue d’une des griffes atrophiques que la lèpre réalise fréquemment.
« Tubercules, pustules, ulcérations, œdèmes, amyotrophies, rétractions tendineuses, mutilations et dislocations : c’est plus qu’il n’en faut pour formuler le diagnostic de l’infirme que Conrad Witz a figuré dans son tableau, C’est un lépreux. Et c’est même un des exemples les plus caractéristiques que nous ayons rencontrés sur les monuments de l’Art » L
En se perfectionnant, l’art allemand n’a point perdu ce souci de. la réalité dont les anciens maîtres viennent de nous donner la preuve. Nous trouvons, en effet, un siècle plus tard, deux œuvres remarquables dans lesquelles la représentation des lépreux, rendue avec un art achevé et maître de tous ses moyens d’expression, ne laisse rien à désirer au point de vue de la vérité scientifique : l’une est un tableau de Hans Holbein le Vieux, l’autre une gravure d’Albert Durer.
Grâce aux découvertes récentes, Hans Holbein le Vieux (1460-1524), a reconquis sa vraie place, celle du plus grand peintre allemand de son époque, et le digne maître de son célèbre fils qui ne l’égale point toujours. Le tableau