‹ L'art et la vie de StendhalChapitre 3 sur 16 · APERÇU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL

iioiRRie Montesquieu (lu'il avait beaucoup étudié, Stendhal attacliait une grande importance au milieu. Il croyait à la prépondéranto influence du climat sur l’homme. « Le talent viai, disait-il, comme le Vismara, papillon des Indes, prend la couleur de la plante sur laipielle il vit ; » et c’est pourquoi Stendhal, italien par le co-ur et par une longue résidence de choi.\, après avoir aimé, joui et soulTert à Milan, a voulu .so dire Milanais dans l’épitaphe qu’il a lui-méme composée pour sa tombe, au cimetière Montmartre. Ses amours, son génie, ses sensations écrites sont, en ellet, plutôt d’un italien moderne (pie d’un l’ran(;ais, et l’on peut juger, par son exemple, du degré d’influence du climat sur l’homme et sur le talent.

« Qui osera dire que le milieu et toutes les circonstances diverses du régime et des habitudes, la vie sédentaire ou la locomotion fréquente, la vio méditative dans les grands bois silencieux ou au bord de la mer l’etentissantc, la vie enterrée dans un trou do province ou bouillonnante au creuset de Paris, (pii osera dire (pie toutes ces choses et mille autres analogues, soient sans influence sur l’hoinme, et par conséquent sur son œuvre ? »

Je n’ignore pas d’ailleurs les reproches (|u’on peut lui faire, (let homme a passé toute sa vie à la recherche des sensations agréaldes et c’est en quoi les héros de l’ahnégation et du sacrilice peuvent lui être

:Î0 l’art et la vie de STENDHAL,

sévères ; iiiai.s il avait aii.ssi la eonstaiile passion de « onnaitre la raison des cho.ses et la force soutenue d’èludier les secrets mobiles des actions humaines : en quoi il est encore utile et admirable.

D’ailleurs il s'est bien ennuyé cet ami du plaisir et des choses riantes ! Amoureux du soleil, il a eu des heures bien sombres!... Mais du moins, en mourant, il a lais.sé derrière lui quelque chose; il n’est pas mort tout entier, et le sentiment de sa force, l’espoir d’être compris plus tard ont adouci toutes ses trisles.ses.

Je devrais, pensait-il, écrire ma Vie; o Je saurais peut-être, eidin, quand cela sera Uni, dans deu.x ou trois ans, ce ipie j’ai été, gai ou triste, homme d’esprit ou sot, homme de courage ou peureux; enlin, au total, heureux ou malheureux.

... Au fond, cher lecteur, je ne sais pas ce que je suis hon , méchant , spirituel , sot, ce ipie je .sais parfaitement, ce sont les choses qui me font peine ou plaisir, que je désire ou que je hais.

Un salon de provinciaux enrichis et qui étalent du luxe est' ma béte noire, par exemple. Ensuite, vient un salon de maripiis et de grand-cordon de la Légion d'honneur, qui étalent de la morale. Pour moi , quand je vois un homme so- pavanant dans un salon

(comme M. le comte de S , par exemple), avec

plusieurs ordres à la boutonnière, je suppute involontairement le nombre inlini de bassesses, de

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