ART
l.HS ARTISIES
Parlhenon qui sont, sans conteste, ce que I hiiinanité a créé de plus beau, le Thésée de lllissus et les l'arques demi-couchees l'une sur le sein de l'autre dans leur pose abandonnée, ne se modèlent elles point avec fermeté, mais avec douceur dans l.i plus blonde clarté? aVussI, de jour en jour, surtout à celte période de sa vie où, sûr de la victoire par d'incomparables triomphes, il dédaigne les luttes d'autrefois où son imagination apaisée s'élève plus volontiers vers des conceptions nobles et sereines, célébrant, lui aussi, la mission du poète, du génie conducteur des peuples, le travail de l'ouvrier de la pensée comme l'œuvre du tr.ivailleur par l'outil, aussi Rodin se rapproche-t-il chaque jour davantage de l'antiquité. Dans ses voyages à Londres où il est accueilli glorieusement non seulement par les artistes, les écrivains et les poètes, in:n< ip.'ni.- par les membres les plus haut placés
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de l'aristocratie, tandis que les iiiteiviewers, journalistes, photographes et autres venaient vainement frappera la porte de son hôtel, les visiteurs assidus pouvaient le voir chaque matin, s'asseoir sans se lasser devant les chefs-d'œuvre de Phidias. L'amour des réalités vivantes devait le conduire devant ces augustes ancêtres, ces guides éternels qui les ont comprises avec une si noble, si simple, si grande et si harmonieuse simplicité, que l'humanité doit désespérer à jamais de rcti'ouver une seule journée de cet âge d'or.
Je voudrais ajouter un mot en ce qui concerne les pointes sèches qui sont également exposées à cette heure au Musée du Lu.xembourg. Il y a là tout juste une douzaine Je cadres, comprinant même quelques états. M. Rogei' Mai'x. qui les a étudiées spécialement, en compte douze. 11 fait d'ailleurs une réserve pour leâ pièces inconnues et, en effet, à l'origine, certaines planches parmi les pi'emiers tâtonnements ont ele égarées ou effacées, alors qu'il s'essayait à Londres, vers iHSa, dans l'atelier de Legros: parfois même sur le revers des cuivres de celui-ci, comme en témoigne l'estampe des amours conduisant le monde où l'on voit au milieu du sujet la mai'que du glaneur,
L'œuvie grave de Rodin compte donc en tout une quinzaine de planches. Les premières, assurément, se ressentent de la technique de Legros, mais celles qui suivent, les portiaits, par exemple, sont d'une technique à la fois personnelle et exceptionnelle. Tels les deux portraits de Victor Hugo. Les épreuves qui ont été tirées avant l'usure de lebarbe sont des pièces incomparables. H n'y faut point voii', comme on l'a fait quelquefois, de simples études poLM' le poitiait du grand l'omantique. Hll;s prennent une place spéciale dans son œuvre et elles constituent non seulement, nu point de vue expressif, l'image la plus profondément pénèti'ante et emou- N'.uile de la physionomie de ce puissant génie poétique, mais elles piennent rang, par la beauté simple et forte du modelé et de l'exécution, pai'mi k-s pièces capitales de la gi'avurc originale de notre temps.
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FRAGMENT D UN POINT DH VENISK WIi'' SIHCLH
La Dentelle ancienne et moderne
On poiinnit njoutei' en sous-lilre : l'ètine, décadence et renaissance de la dentelle.
Cet art retlorit. gracieux et futile, avec les ini^eniosités de notre science mêlées aux charmes de la pensée moderne. Il est de ceux qui complètent r « esprit français ». au gré des vents, tians les ivresses de la lumièie; cousin de l'estampe originale en couleurs, dont nous fêtons la résui'rection, il associe la giavite de Rembrandt à la légèreté de DelTUCOurt.
C'est une histoire à reprendre, un contexte à édilier qui expliquera l'effort présent, à défaut d'autre raison. Paris s'inquiète de tout ce qui ajoute à la joie des regards, et quand elle enveloppe les grâces du costinne, il ne sait qu'imaginei'. Une société s'instaure chez nous, poui' un Salon annuel de la Mode et de la P.uui'e. et poui' favol'iser l'union des arts et des industries qui v concourent. Mais poui' 1.1 dentelle, un royaume voisin montre la voie, car si l'année 1904 rappela les merveilles des Lefebure, Maréscot, Warée, Georges Martin, dans les vitrines de (jalliera, n'estce pas un comité patronné par S. A. R. Mme la princesse Albert de Belgique qui nous convie au tournoi définitif : un concours, un Salon international de la Dentelle, dont je vous entretiendrai quand il sera temps?
Là seront exposés, non seulement les chefsd'œuvre de la dentelle ancienne et moderne, mais encore les produits de cette lutte à l'aiguille et au fuseau qui devancera l'Exposition de Liège. A traduire : un col. un event.iil. Toute forme, tous dessin et matière, point sont autorisés, le but étant de provoquer des ci'éations. dessins et points nouveaux. Il nous fiut donc revoir le passe.
Lu DciilcUc iTVi'iiit Ir tiix-/iriivii'/in' s/WIr. — l.ci Dentelle eoiiieniporaine aiiiiliqiie — Lii Même. iiidiislrielleA<:\s. sci'ont lesti'ois chapitres de notre joli conte. Sur le poinct de France et les centres dentelliers aux dix-septième et dix-huitième siècles, Mme Laurence de Lapradc a écrit de précieuses indications. Elle cite les ouvrages d'Ernest Lefebure, Charles Blanc, QLiicherat, Séguin, de Mmes Palliser et Despierres, les .-irticles de G. Duplessis dans la Revue des Âiis decoralifs, les rapports d'expositions de Henri Hénon et Georges Martin, Félix Aubi'v, Wai-ée.je pense que, pour ce qui concerne les Flandies, on ne peut moins faii'e d'ajouter le travail de M. Pierre Verhaegen. En France, les études de MM. Pierre Calmettes, R. Cox. Emile Sedeyn, de Mme Louise d'Alcq ne sont pas sans intérêt. En Belgique, on lira avec fruit Antoine Carlier, Benoit van der Dussen, Guillaume De Greff; en Angleterre. 'William FeIkin.C. Channer. E. Robert, Mme Newil Jackson.
Qui loiiiuilera l'avis delinitif sm' l'âge et le berceau de la dentelle? Dans un Iriptvque de Quentin Matsu, La légende de mainte Anne (wx). musée de Bruxelles), une des femmes pleurant la mort de la sainte a une chemise ornée d'un passement. Au musée du Louvre, le manteau d'un personnage de Memling. vers 1489, montre déjà cette fioriture. En France, nombre de portraits historiques, ceux de Hyacinthe Rigaud, de Largillière, en point de Sedan, sont vêtus de costumes détailles sur l'emploi des dentelles. Les aubes de Bossuet et du Cardinal Gaspard de Vintimille exagèrent une extraoï'dinaire linesse, le col de
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^luc les vitiilU'S publiques, el rncoi-e ! Les spécimens, disséminés, ont peu de suite. A Cluny, ce sont des broderies à points Loupés. une nnppe en l;icis, une berthc en point de Venise du dix septième siècle. M. Hdmond Hamucourt vient d'y ajouter une aube de ^ m. ^o sur fond de bride Argentan, dont le stvle Louis XiV procède de Bérain.
Ce chef-d'œuvre historique du point de Fiance peut niaiclier de pair avec le superbe bandeau à l'aitruille, de ; m. 20 sur o m. 6^, dessine par Bérain pour le Roi- Soleil, représentant Louis XIV au milieu des attributs de son règne, et qui figura en mars 1904a l'Exposition d'art français de Bruxelles.
Le conservateur de Cluny eût souhaité cette fameuse pièce à personnages, exécutée en 166s à Alençon. mais le détenteur actuel, un collectionneur des environs de Marseille, paraît-il, en demandait 80. 000 francs, et le poète dut battre en retraite.
A Carnavalet on peut voir, salle du Costume, la robe de baptême du malheureux fils de Napoléon 111.
Cet entre-deux de genre Irlande côtoie une écharpe de guipure dont l'origine est mal détinie. La vitrine voisine contient une colleiette
lavon Chantillv. Marie-Antoinette, en deuil mère Marie-Thérèse, comptait la mettre
poser la miniature que Dumont devait
LACIS liKOUH
Mme la duchesse de Nemours, quelle merveille! la manche du Cardinal Dubois s'enorgueillit du plus bel Argentan. On vante le rabat en point d'Angleterre de Charles 11. Dans les Prêi'h'iif.c<i et VEcole Lies Feninies, Molière naigue cette mode à laquelle il succombe lui-même. Mais nous sommes loin des Primitifs.
L'Histoire îles Dues de Bourgogne, de M. de Barante, assure que Charles le Téméraire perdit ses dentelles à Granson (1476), et M. Reiffenberg. dans ses Mémoires de rÂeadéiiiie de Bruxelles (1820), prétend que dès le quatorzième siècle les femmes des Pays-Bas coiffaient des cornettes de réseau. Qiioi qu'il en soit, le livre de Pierre Vinciolo : Pouriraiets d'ouvrLiiges de poinets eouppes, lacis el autres, destinés au coiitenteiiieiit des nobles dames.demoiselleset autresjrentils esprits amateurs quinzième siècle, également bordé de passement rf'HH /c/j/7, ne parut qu'en IS87, et ce fut le grand aux fuseaux, une nappe en lacis et toile brodée, propagateur. enclose de même (i wo-i =,=,0), plusieurs volants en
Les vestiges de ces âges henjiquis constituent guipures de Flandre, un col avec parement en les trésors particuliers. On ne connaît guère dentelle de Bruges .isoo-ItSO).
noue
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poui'
faire d'elle en 1784. Carnavalet conserve aussi
des robes de théâtre de Déjazet avec festons et
dentelles. Tout ceci peut prétendre à la couleur
histoiique. ou presque. Mais l'art en est plutôt
maigre. A Paris, les collections paiticulières
dépassent ce choix. Chez Lescure on tiouve des
splendeurs.
Le musée Gruuthuuse, à Bruges, possède de très anciens passements llamands aux fuseaux. M. Verhaegen cite une pièce en lacis et toile bi'odee, entourée de passements aux fuseaux, remontant à l'époque des ducs de Bourgogne 1 147b i so6). un rectangle de lacis à deux tons de la lin du
ART HT Li:S ARTISTES
La conception de la dentelle fut dans le tirai,'e des fils d'une étoffe pour en composer un dessin, assujetti de points à l'aiguille. C'était le Ar./s. Il se transforma en point coupe. H fallut le consolider par des cordonnets, barrettes ou guipures. Le lacis est donc un réseau à fils tirés, entrelacés dans les jours. Le nom de passeiiieiit s'applique durant le quinzième siècle aux points coupés dans le qitiiitaiu et au.x lacis tracés par l'aiguille sur le rcsciiil. Ce réseuil ne doit pas être confondu avec le réseau qui devint le point de Tulle, c'est du /;/('/ de mailles cai'rées.
Marguerite de Valois et Marie Stuart confectionnèrent des lacis. Les musées de South-Kensington et Gruuthuuse à Bruges renfeiment d'intéressants spécimens : Cluny a le bonnet de Charles- Quint. Puis naquirent les passements à bords dentelés, dont Catherine de Médicis eniichissait ses collerettes, et, vers \^4^, les dentelles. Les livres de modèles sont de beaucoup postérieurs : Francisque Pellegrin (1SS4). Pierre Vinciolo (IS87).
Les points coupés de Venise — pnntiin aria — suscitèrent le travail à l'aiguille : le point de France est à l'aiguille sur réseuil, le point d'Angleterre est au fuseau. Nul n'ignore que ce dernier se pratique surtout dans les Flandres, d'où le fuseau italien fut considère jusqu'à la fin du siècle dernier comme originaire de Belgique.
Bientôt, dédaignant les fils tirés, l'aiguille ci ut plus simple, plus rationnel aussi, de dessiner ellemême et de construire : enfin les luseaux s'entortillèrent au pied des épingles qui, piquées sur un coussin, cheminaient le tiacé. Le style s'en empara. Le point coupé permit le gothique, le venise plat suivra la Renaissance. Les passements devinrent des guipures, puis, en couleurs ou métallisées, la passementerie, avec divers fils d'épaisseur aux reliefs. Le mot dentelle ne fiorit qu'au di.x-huitième siècle pour désigner le « point de France >> et les généralités succédant aux v< dentelures ».
Donc, origine étrangère au sol, traditionnelle quant à la parure, biodei'ie claire que le Dictionnaire
de l'Académie définit en i(ii-)4 : « Une sorte de passement à jour et à mailles très fines, ainsi nommée parce que les premièi'es qu'on (il étaient dentelées. »
D'accord sur la naissance à Venise, ville des luxes et des richesses, au début du seizième siècle. Mais s'il existe des légendes sur l'Adriatique, il y en a aussi à Bruges, trop longues pour qtie je vous les conte, sur le Minnewater. et les Flamands revendiquent la paternité des passements, même à l'aiguille. Croyez-en le remarquable rapport de M. Pierre Verhaegen sur les industries domiciliaires en Belgique, où les moindres villages font de la dentelle.
Cette industrie s'y implanta voici cinq cents ans et compte encore cinquante mille ouvrières ; dans la Flandre orientale, is. icjc^. avec 117 hommes seulement 1 et 2S.=,47 '''^"s la Flandre occidentale. En Brabantelle est en décadence, comme dans la campine anversoise. Les époques v jalonnent
Musée Je Cluny.