I. AI'l'KIONl I iiUUN/.i
penche sur l'eau, et se laisse enivrer, attirer par le iM'uii lascinateui' de la petite cascade.
Au Salon, l'artiste expose deux importantes figures: la Tragédie ex la Raison. Pour la Tragédie, l'artiste, pensant avec raison i.]uc la nature doit être le point de départ de tout arrangement cninnie de toute généralisation, s'est inspii^é de Mme Segond-Weber, de la Comédie-Française; on ne pouvait être mieux inspiré : droite, sévère, elle regarde avec la sérénité qui sied aux \ers de Racine, aux accents mâles de Sophocle; elle se drape dans un ample péplum, aux plis tins, très léiuis et très doriens potii'lant. pielant à des jeux d'ombre et de lumière qui mettent en relief, le caractère dramatique du sujet. La tragédienne lend l'étoile d'un geste qui lui est lamilier.
Si l'on regarde la statue de dos, on retrouve' toute l'ombre de la figure, le fantôme de l'être qu'on a entendu crier sa peine. a\ec des points saillants, aigus, qui semblent percer l'étotl'e et nt)us rappellent i.|u'il ne s'agit nullement ici
l'S xurisiKs
TH. RIVIKRK in.i m: .brdnzi;, Dcljil Je /.i fitiit.Tinc Je Wjk'scin-c)
d'une diiLKc iL'\Lric, mais d'un draiiK' piiii;nanl.
La Kaisiin est dcboLU sur un socle, au visage pur de liiiue inquiétude ^aine. l'rès d'elle, sur le senliei' de la \ ie, passe la iJrLUe qui l'insulle en L;riniaçanl. Klle ne s'emeul pas, et la euntieiit avee la lorcc niuiale qtii sied à Pallas Athene. Les deux ritjures sont intinienient liées, t;r(iupées et non juxtaposés, d'un modelé approprié à leurs caractères distinctit's; l'artiste a donné à la figure de la Raison ime patine douce, il a laissé à la figure de la Brute la rugos-ité qui convient.
.le suis tout heureux d'apporter mon témoignage d'admiration à un homme de la \'aleur de Théodore Rivière; c'est un modeste, un travailleurs obstine. Ses figures sont inspirées, réfléchies; le modèle en est conçu avec vigueur, pour avoir conçu une eeuvre forte, l'artiste ne se croit pas autorisé à ne réaliser qu'une ébauche. Il laut voii' avec quelle conscience il surveille luimême, dans st)n atelier d'Auteuil, l'exécution matérielle de ses maquettes; quel soin jaloux il met à ne donnei' au public qtie des (euvres parfaitement réussies, qu'il s'agisse de bronzes, d'ivoires, de marbre, de grandes figures ou de ces petites statuettes où il excelle, et dont il possède un véritable musée. Et Ton regrettera qu'aujourd'hui, si peu de sculpteurs sachent imiter dans la statuaire grecque, à défaut de sujets incompris et indéfiniment répétés, la forme, si achevée, qu'on puisse regarder une statue, de face, de profil, de trois
raii'e est su|ette a c^ d'un modelé mou.
quarts el de dos, qu'elle soii en un mol une ronde bosse.
Il est incontestable qu' \ lUi mm Mercié, peintre el setilpteiir, ail eti du laleiit. Le (ilniid \'iclis. son .l/'i7j^'(i, son l.iiiiisl'Iiilippc, sulliraieni à exiger notre irilnii d'admiration. Mais a Cote de I. nuis-Philippe, il \- a /(• Jiud'Orléans, pale ligure. Kt le iiKiiiiiiiicnl J'AriihVhi Sil- VL'slrc, i-pie le maure nous donne celte année, sutfirait prese|i.ie à nous faire oublier l'auteur de l'.lrj,;,'»).
Au sommet d'une colonne se morfond le buste d'un auteur dont la gloii'e lilléution; plus bas, des femmes trop unilorme. mal conçues
MENGUE JKl NE PATRI-; iMARliUI-:
i.'Mrr i: r i.i.s \uiistks
R. VERI.ET MONIMKNT Di;S i:\FANTS DIC NF.nl.LY mis PKNDANT LA (ilKRIU; l)i: 1870 U'LAlRi:
du point de vue du bas-relief, évoluent et se rattachent mal à l'ensemble de la composition. Il y a juxtaposition de deux éléments, mais il n'y a pas subordination de l'élément décoratif à l'élément principal : Pieuvre ne justifie en rien le passé de l'artiste.
On a glorifié une vie littéraire d'une autre envergure et d'une autre pureté, celle de George Sand. La psychologie de la dame de Nohant. rêveuse, tendre... et curieuse, était fixée par les excellents livres qui ont paru sur Klle et Lui. et notamment par la correspondance. El comme un reflet de la pensée d'auirui illumine ceux qui s'en
imprègnent, la grâce non dépourvue de force de George Sand a inspiré le sculpteur Siccard dans le moiiunieni qu'il en a donné pour le Luxembourg. Il faut admirer sans réserve les grâces alanguies de la pose, le souci des valeurs, le rendu achevé de la finesse de l'étoHe, une gaze. L'amoureuse est assise sur une pierre de son cher pavs berrichon, elle a interrompu le travail liiiéiaire. et sa pensée vagabonde vers de lointaines amours.... Du même artiste, un buste Louis XVI, celui de Mme S., déjà exposé au cercle \dlnev, et d'tnie grâce infinie alliée à ime force et un caractère tout à fait personnels.
L'Airr FT LES ARTISTES
ALLfJl AHl) — uichi:lii:i \ \.\ kochf.lle biriit^c cire fcrduc
De M. Lombai-ci, une icuvrc impuinantc. monument L-luvJ par la ville de Marseille à la i^lnire de Pui^et. La figure du sculpteur n'a pas moins de trois mètres de hauteur, et le socle a fourni matière à une décoration très imposante. L"n autre monument me parait intéressant à signaler: celui qu'a élevé la ville de Neuillv à ses entants morts pour la patrie: une Pietii, cuirassée et l'arouche, assise sur un canon, tient sur ses genoux le cadavre de son fils enveloppé des plis du drapeau. Composition énergique, conçue avec largeur, et exécutée en même temps avec un modelé très précis, surtout dans les parties du nu. très réaliste, mais rehaussé et grandi par l'étort'e ample et les accessoires puissants, la cuirasse, le glaive, le canon.
L'auteur de ces monuments, M. Verlet, e.xpose aussi une Diane très savoureuse malgré son vieu de chasteté, et exécutée en pierre d'Ecliaillon. La pierre, en eti'et, se patine mieux que le marbre, dans notre climat; mais, par moment, des
cailloux font bondir l'outil et brusquent le modelé.
Le grand animalier Gardet. auquel M. Paul \'itrv a consacré récemment un intéressant article, ne nous donne pas d'ieuvre importante, cette année, ce duni nous nous plaindrons sans être contredits : une interprétation imércssanie de la table dti I.nup et de F Ai^iicaii . en marbre pnKchrome. (in\\ et cristal, poiii' ligurer - le courant de l'onde pure ". ('.ette leuvre charmante est destinée aux prix dits du .lockcN -( '.lub. (ne Chevrette très gracieuse du même auteur.
M. Allouard expose deux grandes figures, la Musique profane et un Richelieu, conçues dans une manière large, la pi'emiere, prêtant à une étude de nu. et destinée à laire pendant à une autre hgui'e. la Musique reliiiieuse. et pou\ant servir à la décoration d'un théâtre oli d'une salle de concerts; la deuxième prêtant à ime élude de grande draperie, et curieuse, d'auii'e pan. en ce
CORDONNIER — iîtkrnklli: victime
GROIPi: PLAIUi:)
qu'elle est en cire perdue, maticic ingratf aux connaître un artiste d'une éloquence et d'une
grandes compositions. pitié émues.
l'ne autre tij^ure en cire perdue, et qui n'a pas Depuis quatre ans, il n'avait rien exposé au
moins de deux mètres de hauteur, est exposée par Salon; mais cette année il prend sa revaiiclu-
M. Vital-Cornu : Tendresse humaine, tel en est avec deux figures en bronze, la Faim et /'.!/'•
le litre, et l'auteur, qui a de la lecture, précise prcuti. doni on appréciera l'émotion sincère, la
avec les deux beaux vers de Virgile :
Citi non risere parentes.
Xec iietis hune mensa. liea nec dignata cubili est.
Le sculpteur a voulu reproduire une scène qu'il a vue tous les jours dans la rue. et il a mon-
lacture sévère et appropriée au sujet. La Faim, ce n'est pas une déesse drapée, mais une femme du peuple, hâve, se traînant à genoux, implorant le pain, cependant que le marmot presse en \ ain de ses lèvres avides le sein qui ne peut plus nourrir. L'Appi'enii, au visage précoce des en-
tré une femme du peuple embrassant à pleine fants qui sourtreni, soulève à grand'peine le lourd bouche son bébé, qu'elle tient dans ses bras, cependant qu'un autre bébé essave de grimper le long de ses jupes poui' réclamer sa pan de tendresse.
M. Rnger Bloche. lui aussi, s'intéresse aux humbles, et ses deux (euvres exposées au Luxem-
marteau, et le modelé, conçu suivant la verticale, indique très bien la tension de tout ce pauvre être dans un etfort qu'il ne pourra soutenir; il essave de lutter contre la vie, 'mais il est vaincu d'avance.
M. Mengue veut s'inspirer de Constantin
bourg, l'Enfant et le Froid, nous avaient fait Meunier, et faire pour les cultivateurs ce que le
maître bruxellois, aujourd'hui disparu, a fait pour les ouvriers. Dans le Soir, il nous montre deux pavsans des Pvrénées, deux humbles, qui n'ont jamais franchi l'horizon de leurs montagnes; ils s'en vont ci>urbés. l'homme portant un fagot sur son dos; l'auteur s'est visiblement attaché à grouper les deux figures de manière à produire une impression svnthétique, ce à quoi il a réussi, comme pour légitimer le titre de sa composition. Il témoigne encore de son long commerce avec les Pyrénéens par une statuette en marbre, un petit pâtre de là-bas, très étudié et curieusement drapé dans sa longue pèlerine.
L'exposition de .M. Michel n'est pas très importante cette année; l'auteur est occupé à un groupe décoratit qui doit décorer la partie métallique du pont du Métropolitain; deux figures, deux hommes ipour mieux s'harmoniser avec la dureté du métal', soutenant un écusson; j'en ai vu une dans l'atelier de l'artiste, elle m'a produit une impression de force, qui sera sans doute accentuée, lorsque r(t'uvre aura été traduite en fonte métallique. Toutefois M. Michel nous expose, inie coupe en marbre, sur laquelle se penchent deux tritons, cui-ieiisenieni enlacés cette coupe l'evient de l'Exposition de Saini-
S1CM<I) C.r.ORGK SAM)
{/■li^iire dcsiiiicc .m j.ii\1lii du l.uxonbiiiinr]
i; \ irr K r t.i' s \ mis ri': s
Li)Lii^.i.'t aux Arts dccoraiils. Jii mcincLinc lii;ur(.' en marbre polvchromc, IWubc.
De M. Hippolvlc Lefèvre, CEtc, sdlis les iraiis d'une leinme puriam des Heui's. De M. Boissiau. Fleurs de printemps, portées par une jeune leninie, d'une toilette néglii^e'e d'une charmante laecm. l.d Prairie, de M. Dailliin. est représentée [par une lemnie nue. accoudée à un tronc d'arbre, atUour duquel poussent les Heurs de la prairie; le nu est traité d'une manière lart;e et décorative correspundani assez bien à la destinatiim de r(eu\re.C(i m mandée par l'Etat pour le parc de Saint-Cloud. - Deux intéressantes figures de Mme (îonvn de Lurieux. Le Baiser a la saitrce. de M. Coutheillas, est ime iL'uvre intéressante, par l'idée qui est extrêmement inijénieuse et poétique, par le groupement étroit des deux figures, l'homme, couché à plat ventre, donnant ses lèvres avides à la source qui rend le baiser, et dont la lorme se perd ondoyante dans le lit caillouteux. La difficulté était de donner assez de stabilité à une pose instantanée : l'auteur \- a réussi d'une manière qui lui fait honneur. De lui, également, le Stieeès, une femme qui salue à la rampe, son bouquet à la main.
M. Gribes expose un morceau assez important, une fontaine qui doit décorer l'ancien hôtel de ville de Beaavais. La divinité s'avance au bord de la conque marine soutenue par des tritons. L'ensemble est harmonieux, quoique peu nouveau. Du même auteur, une curieuse Hgurine, qui n'est autre que le portrait du statuaire Becquet, jouant du violoncelle; la statuette tourne bien, avec d'excellents points saillants. De M. Becquei, qui obtint l'an dernier la médaille d'honneur, deux ituvres, Saiiison vainqueur Ju lion, et le buste du sculpteur Desca.
M. Gouveia da Silva expose dans une \itrine
quatre ligurines bien \'i\anles. l.tidwig (iuigues. nulle ime statuette bois et mai'bre. Ioim curieuse et très décorali\e. eiixiiie un buste de marbre, tele de lemme qui est un petit chel-d'ieu\ re.
.l'arrivé à l'exposition de M. Cordonnier. Detix sculptures de genres opposés, rKternelle Vietime
1>1'.U1ÎAUI.T-HA
RliY ACHi;V.\NT SON CROUPE DK CHIICNS COIRANTS Il KICIRI-: AU SALON CKTTF, ANNKl-;.
et la Marehe funèbre. L'éternelle victime, c'est l'ouvrier, victime de la machine ou de son travail; il pend inerte, soutenu par les detix bras puissants de son père, la tête retombant sur celle de la veuve qui tient dans ses bras l'orphelin. La victime est puissamment modelée, cependant que la vie qui naît, s'enveloppe dans une ébauche de rêve, à l'ombre d'un visage maternel,... et de la mort. .\ signaler aussi sa Marehe funèbre, décrite dans le même sentiment et avec la même puissatice d'exécution.
De M. Chrétien, un Enlèvement de l'syehé. qtii
LAKT Kl' l.l.S AiniSIKS
se souvient de l'riKl'hon. Ciions aussi la superbe Rubin. charge de rachcvcincnt du nimuiimui.
danseiisu marbre de Ségoflin. deux bustes pleins de vie par M. Bony de Lavergne. Anatole France et Paul Escudier. l.cx tleniiers jutirs de \ivet. un chef-d'œuvre de sentiment.
Accordons enfin un souvenir aux morts : le regretté Basiet. Tauieur de Manon, du Grain de beauté, et de tant d'autres marbres savoureux: il se survit à lui-même avec sa rustieiue Fleur des ehamps, si agreste et si vraie. De Hanholdi, les Hloche: le liaiscr a la Source plaue . par Cousocles d'angle du monument que la ville de teillias; la (irattc d'amour marbre , par Derré; \cuillv élève aux aéronauies du siège. Sur d^s 7'c'«t/r(.'.v,vt' humaine bronze cire perdue , par vaisseaux, des pigeons voyageurs; le sculpteur \ ital-Coinu.
nous donne le médaillon de M. et Mme lîartholdi.
.l'en passe, car lapK.ce me l'ail défaut, .l'ai indiqué quelques ceuvres assez imporianies, non pas toutes celles que ('aurais aimé à discuter et à louer.
LlÎANDRi; Vaii.i.ai.
.\chais de l'iùat : Ayprenti bronze .par Roger
CiRKlil^R I-O.NIMM. Dl.t.OK A I l\ I.
l'oi i( 1.A viLi.i; i)i; I!1;aivais Apparlcnaiit à la Société des Amis des Aiis de lOisc.
Société Nationale des Beaux-Arts