‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 46 sur 125 · CH. RIVAUD · texte numérisé non relu

CH. RIVAUD

COLLIER OR T^T PKRLKS

toucher de la main l'épaule de l'Heure endormie pour lui indiquer que le labeur et la joie de vivre vont recommencer. Toutes ces Heures sont joliment sculptées, si un peu monotonément. Les frères Lelièvre sont représentés ici par une sobre monture faite pour un coti'ret de Mlle Suzanne Lemaire, ingénument chargé de la plus tt)utîue des claires décorations florales, non sans mélange

d'oiseaux diaprés. Il y a un peu beaucoup de toutes les beautés de l'été sur ce cotîret brillant- De ce coffret trop chargé, la transition est facile pour passer à la soupière trop énorme dont M. Jean Baffier, après nous en avoir montre le galbe en plâtre, nous donne la facture définitive cette année. C'est la soupière des géants; elle pourrait servir à une de ces corporations dont M. Jean Baffier regrette romanesquement la disparition en même temps que des autres libertés médiévales. Ce n'est point qu'il n'v ait lii. parmi les ouvriers qui supportent l'énorme cuve, de bons morceaux de sculpture, mais l'ensemble est de peu d'harmonie. En revanche, une sorte de Wviiieiir, en des proportions de statuette, est d'un art agréable.

Lu Ferronnerie et l'Art du Cuivre.

M. Bonvallet, à la Société Nationale, aligne dans sa vitrine six vases ou bouteilles en cuivre rose, cuivre jaune, cuivre et argent, d'une conception élégante et de très sobre ornementation. 11 \- a des qualités chez M. Dunand qui cloute d'or le goulot de ses longues et fortes bouteilles de bronze. .M. Husson a un beau plat où des insectes écartelés mettent quelque diversité de bt)rdure et de décoration intérieure.

La Reliure.

A coté de M. Marius Michel dans la maîtrise classique s'affirme toujours, M Meunier offre des reliures intéressantes; une mosaïque sans or dans une dominante verte, des reliures en cuir incisé luttam a\cc le dessin de Lepère et fournissant, de leurs plaques, par la légèreté et le grouillement de la foule dans le décor, une jolie traduction svnthélique des Paysages et coins de /-lies de Jean Richepin. M. Waldratf habille de jolies fleurs d'iris violents des vers de poètes modernes, tandis que Mlle Montagny habille en belles lignes du Renan.

Le cuir d'art est secoué cette année par deux tendances : il y a une forte pression de l'art islamique, procédant des expositions, des souks tunisiens, et une tendance à faire un peu simple et grossier, un peu moyen âge; cela semble prévaloir sur les bons dessins genre miniature, encore nombreux dans les deux Salons. Le cuir d'art appliqué au bien-être, à la diversité du confortable et au commerce de cadeaux d'étrennes. est une des plaies de l'art décoratif.

Décorations murales.

Il faut distinguer les tapisseries de Mme Orv Robin; elles sont infiniment intéressantes, d'un art très subtil, très féminin, du métier de femme élevé à l'esthétique. La Plaine, tapisserie murale

rehaussée d'or fin, a vraiment, dans le vaste prolongement de ses blés, dans ses nuées légères, comme une mobilité jolie; un grand arbre offre de larges fruits, un peu couleur de pommes des Hespérides; cet arbre a bien des parentés avec l'esthétique préraphaélite, avec ceux qu'aurait dessinés pour orner sa Ville des Nouvelles de nulle par/, un William Morris, mais enfin, ce qui est important, l'impression d'art est là. Dans un autre panneau, Mme Ory Robin ne montre qu'une adresse très avertie et très obéissante aux leçons japonaises. M. André Mare trouve un joli motif dans des jeux de garçonnets et de petites filles. M. l'aeyens s'est trompé dans sa décoration du (^iiator^e Juillet : ce n'est point là l'image popu-

BOCQL ET — SPHINX

[Broclic oi avisent fi»)

laii'e qu'il eut voulu réaliser, c'est du décor pour guignol, mais non sans fantaisie.

Une belle tapisserie de Chudant. le plus sombre des orientalistes, des tournesols vigoureux de MmeThaulow, une assez harmonieuse décoration de Mme Grenaut, les Cygnes, d'un motif et d'une ligne un peu notoires, des Jeux de ligne et de stvlisation de fleurs qui eussent été tout battant neufs il v a vingt ans et que nous montre avec empressement M. Fernand Thibaut, voilà à peu près ce qui fut fait pour la décoration murale en ces Salons. M. Hellé a figuré dans ce stvie dont Avelot donna l'indication d'amusants projets d'images amusantes, pour chambre d'enfants.

La Glyptique.

Cazin, Charpentier, \ocq, qui nou'^ donne la silhouette d'Henrv Bataille et c.-lle de Jules Renard. M. Katusch. toujours ingénieux de détails. M. Benno Elkan envoie d'Allemagne quelques médailles; on y voit avec intérêt le pro-

Sli

hl d'un des incillcLirs pcimrcs de l'Allenuigne, dans la tapisserie M. Lévy-Dhurnier, fait sont^er

Hans Timma. M. Rosseii csi aussi un des bons à ces faux roehers tranquilles où les Heurs de mer

niédailleurs d'Allemagne, et son copieux envoi étalent leur luxe de coloiaiions prodigieuses.

nous permet d'apprécier en lui un don sur d'idéo- l'^idemmenl le coié anecdotique de cette c.xpo-

logie et de sxiiibolisaiion, contrarié par une sition de décors, ce rappel de joies ou d'ennuis de

grande sécheresse de lignes. Il \- a là L]uelque l'année, est fait poLir ailii-er l'assistance. Il serait

chose de trop gothique, de tidp âpre, de trop bon qu'on étendit l'exposition, qu'on ne se boi'uat

\olontaire, de trop sec. En sa giande plaque point à des maqtiettes, car il \- a des décorateurs

représentant Mme Lili Behrens, il \- a chez le qui ne tout point de maquettes, et qti'on exposai

modèle comme une volonté de ne pas bouger, de ces études de décorateurs, si souvent curieuses,

une adhésion au sol et ;l la pose lui peu bien exa- dans leurs études franches de luminosité. L'an du

gérée. Cela ne vaut pas la souplesse de nos décorateur est un grand art; souvent, c'est le dé-

médailleurs, si doués pour évoquer en quelques curateur seul, au théâtre, qui tient sa promesse

traits un fond à leurs rigures, ville aux toits parmi la débâcle des éléments d'art dramatique,

pressés ou Arcadie heureuse; mais tout de même, des interprétations comme des créations, et un

malgré sa contention, cela donnera un beau spé- mauvais acte de comédie se passe à regarder les

cimen d'art germanique et même d'art tout court. plantations harmonieuses d'un joli parc eiiso-

La mode va à la givptique. ï^lle a raison, c'est leillé.

un art exquis; il est fâcheux qu'on l'aime surtout L'exposititm des décorateurs sera donc un

pour l'exiguïté de ses proportions et ce que cette succès, à une condition essentielle, c'est que les

menuité et l'arrêté du trait lui impose de joli, décorateurs v viennent : que .Jambon, Amable,

plutôt que pour ses nobles aspects et ses simpli- .lusseaume, tant d'autres, se rendent à la convo-

rications. cation faite. Cette année, ils ont été prévenus

„. . ^. - - bien tard et en arguent pour justifier leur

Les Décorateurs de Théâtre. , ' '

absence.

Et voici la nouveauté de l'année. L'idée de con- Parmi les décorateurs connus, seuls M. Mé-

vier les décorateurs à exposer leurs maquettes en nessier et M. Bertin ont envoyé des maquettes,

bon éclairage est juste; elle donnera un jour ati parmi lesquelles, M. Bertin celles du Scarron de

Salon de la Nationale, et à l'autre aussi, car les Catulle Mendès. celle de la Cigale et la Fourmi,

Salons s imitent d'une année à l'autre, de jolies d'un juste sentiment décoratif. M. Bertin est un

salles. Il V faudra un peu de soin à les disposer, des jeunes maîtres de l'art du décor. A côté d'eux,

pour ne pas obtenir, par la juxtaposition des des jeunes dont l'œuvre n'a point encore toutes

petites guérites aux trous lumineux, l'apparence les qualités nécessaires. Quelques idées bizarres

de quelque aquarium où dans les fonds marins ont hanté les artistes; pourquoi M. Rousseau

pousseraient des dentelures à forme de clochers, tente-t-il l'incontrôlable paysage préhistorique ?

de villas, de marchés; déjà, cette année, un joli pourquoi M. Brard réduit-il à l'excès la place

décor de M. Rochette, où les jardins enchantés dont pourront disposer les personnages?... Mais,

de Klingsor se déroulent en lianes vives, près de enfin, là n'est point la question. Cette année,

hêtres pourpres ou de buissons de rêve en fleurs, c'est un point de départ: l'exposition des décora-

selon les chaudes gammes chantantes qu'emplo\a teurs de théâtre aura lieti l'année prochaine.

Société des Artistes Français

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