‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 5 sur 125 · I.'ART I-ï 1.1:S AUTISTl-S · texte numérisé non relu

I.'ART I-ï 1.1:S AUTISTl-S

Reynolds est toujours domcuie inleiicur à luimênif. «Ce professeur de grand style, dit très justement Charles Blanc, cet Anglais pur sang, qui avait appris des Italiens et des Fia nands le langage de l'art, ne put jamais, dans la peintuie des vierges ou des divinités païennes, échappera l'expression des l'oinies individuelles. Ses madones ont une physionomie toLite britannique et nous cherchei'ions vainement chez les poètes et chez les sculpteuis de la (jréce des analogies avec la Vénus hellénique et celle de Revnolds. belle ladie blanche et rose olTranl une molle lesistance au jeune Ercis joul'llu. vrai baby qui dénoue malicieusement sa ceintuie. » M. Chailes Blanc aurait pu ajouter que la très apparente anom.ilie qui existe enti'e la ductiine et l'œuvre de Reynolds s était transmise, sans interruption, à travers l'histoire de la peinture anglaise et que les Vénus de James Barry, les belles Gi'ecques de William Htty, les vierges d'Holn a m Hunt et de Burnes Jones, les'^ figures .sym boiiques de Watts, les Andromèdes de sir Frederick Leighton... étaient, toutes, de très vivantes représentations de la race biitannique, en ce qu'elle a de plus caractéristique En réalité, tous ces artistes, malgré les conseils du maitre, semblent s'être fort peu souciés de ce que Reynolds appelait legiaiid style et de la nécessité d'adapter les figures de Michel- Ange à la conception du sujet. Ht c'est là, indépendamment d'un métier souvent très particulier, un des ca ractères les plus frappants de l'Ecole anglaise, nationale jusque dans la fantaisie excessive et volontaire de ses anachronismes ethniques.

Reynolds, maigre son admiration profonde pour Michel-Ange, est surtout un élève des Vénitiens. Le Titien, Véronèse et le Tintoret furent ses maîtres véritables. Dans ses recherches infinies pour pénétrer le métier de ces, grands artistes, dont il aimait, instinctivement l'art fastueux, le coloris .éclatant, dans ses élans de passion pour saisir le secret de leur génie, on le vit sacrifier des toiles dues à leurs divins pinceaux, afm d'en décomposer les couleurs, d'en découvrir les pratiques mystérieuses.

Nou> n'hésitons p.is a nous ranger p.iiini ceux qui déplorent cet excès de conscience l't de curiosité artistiques.

En résume. Revnolds est paivenu a lorce d'habileté, à dissimuler et à fondre dans une unité, qiii cependant lui est bien propre, les divers emprunts de sa palette, et. si en détruisant des tableaiix du Titien et du Tintoret, pour découvrir par le frottement les diverses couches de couleurs que ces maîtres avaient employées, il eut la curiosité un peu excessive du passé, on est oblige de reconnaître i,|uil sut avec une science et un art Incomparables surtout pour les portraits de l.t lemme et de l'enfant genre où il est superieLir). donner à ses personnages, par lesprit natuiel des altitude.^, parle pittoresque du costume.' p.ir di'S ariaiigements de fonds appropries au sujet, par des effets de lumière très Imprévus un caractère toi.it particulier que souligne encore l'emploi, parfois .ibusif.

PORTKArr DK LADY l'Al.MKK, EN VhNUS MERE DE L AMOUR

âc l.ady Spi-'iiccr. dv l.aviiiia Bini;hain. de la comtrssi.' d'Haicouit... etc., que le nom, de Reyn(jlds layciiine si doucement dans le ciel de l'ait Tout son génie réside dans Texpression de ces sujets charmants. Ses toiles mythologiqLi.s il religieuses n'indiquent que des efforts impersonnels et péniblement laborieux, et dans ses portraits d'hommes, sauf ceux du commodore Keppel, son ami, de Thomas Fox. de Lord Huespield, une de ses œuvi'es les meilleures, de l'acteui' Garrick, de Lord Ligonier et de quelques autres encore, letïet extérieur tiop visiblement recherché est impuissant à dissimuler la faiblesse de l'observation et l'indigence d'analvse morale.

Un poi'tiait de jolie femme, un portrait de bel enfant, est d'ailleurs peut-être suflisamment detini lorsque la grâce et le chaiine extérieurs des modèles ont ete rendus avec la délicatesse qui convient au peintre expert dans l'art de réaliser un chef-d'cruvre d'après la représentation d'une Heur.

Ici la psychologie perd ses droits et Revnolds tiiomphe.

Armand Dayot.

MISS GWATKIN

de rouges et de bruns somptueux qui appartiennent bien à sa palette.

Il avait pénétré le secret de toutes les distinctions, de toutes les élégances, de tout lecharmede la femme, et aussi de la grâce de l'enfant. L'expression rapide des fugitives émotions, des voluptueuses tendresses, des yeux étonnés des vierges, des càlineries enfantines , convenait admirablement à son facile et caressant pinceau toujours nourri de couleurs riches et Iraiches.

C'est par des œuvres pleines de grâce exquise, comme les portraits de Lady Cokburn et de ses enfants, de Nelly O'Brien.

SOl'HIA-MATHU.DA DK GLOUCESTER {D'apr'fs une pviniuic de Rcviiolds..)

J^i&t^,/*uytë)à

« MON LIEUTENANT, JE M ...ENNUIE A BORD. " (D'aprh une caricalu:\- de Piivi-s de Cha'cainwi.)

Afit^.vhciil a M"" I'til:f>pe Gille.

Puvis de Chavannes caricaturiste

Vingt années durant, la critique béotienne a crié à Puvis de Chavannes : <\ Vous ne savez pas dessiner 1 ^^ Un anecdotier fort divertissant, mais qui ne sentait guère la beauté, feu Edmond About, osa impriiTieren 1883. après le Ltitiiis pro patria, cette phiase que ses mânes — espérons-le — regrettent aujoui'd'hui : «Depuis bien longtemps M. Puvis de Chavannes se promet et nous promet un chef d'œuvre qu'il n'exécutera jamais, car il ne sait point dessiner, et il pi'omène fièrement dans tous les coins du domaine de l'art son ignorance encyclopédique. Le défaut d'instruction première est malheureusement sans remède : ni le courage, ni la persévéï'ance. ni même ime ceitaine élévation d'esprit ne feront produiie un

poème épique en douze chants au réveui' qui n'a pas fréquenté l'école primaire et qui manque, non seulement de pi'osodie, mais de la plus vulgaiie orthogiaphe. « Avant Chavannes. c'était Delacroix. ss barbouilleur» peignant «avec un balai ivre», qui ne savait pas dessiner. AujoLud'hui, c'est Degas. . Le mot de Théophile Silvestre, à propos des dessins d'Ingres et d'Eugène Delacroix, est toujours vrai : «En notre pavs organisé d'une façon tout opposée au véritable sentiment des arts on prend pour beauté du dessin l'adéquation matérielle, l'exactitude et la propreté graphiques.»

Ce serait untruisme que de prétendre, en 19()=>, réfuter ces enfantins pai^adoxes Chavannes fut, de tous les dessinateurs, le plus lespectueux, le plus

l.ART hï l.bS ARTISTl S

alli-iKiri ik-vant l.i nature. Les ateliers de ce inaitrc, place Pijralle et à Neuilly. ahondaient en meubles remplis, bourrés de notes, de croquis, d'esquisses, d'études de la plus savante exécution. Lorsqu'cn iS8h s'ouvrit à l'Ecole des Beau.x-Arls l'Exposition des dessins du siècle, les nobles pa^resde !'« .Ave Picardia nulrix », de<N Radegonde^^ de v% Charles Martehv attestèrent la puissance synthétique de ses dessins. En 18Q7. la Société Nationale en installa quelques centaines aux murs d'une salle. Et ce lut une apothéose. Jamais peintre ne dessina avec plus de candeur naturaliste. Il adorait la nature, et se réfugiait en elle. Ses lettres à Ary Renan sont touchantes et topiques. «Puisque vous me parlez de modèles, écrivait-il à ce disciple aimé, je vous (ufj me de faire des

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