‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 52 sur 125 · l<r VV I.KS ARTISTKS · texte numérisé non relu

l<r VV I.KS ARTISTKS

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D ARGOLT Ministre.

lM.UNNr

CHEVANDli;!!

DcflltC.

TERRES CRUES D'HONORE nMMlER

JACQIES LEKHVIÎi:

Ocfiitc et banquier.

L'ART ET LES AiniSFES

Qudi iiu'il en soit, ks trcnic-six pliiis busics qui sont ranges chez NL IMiilipon, dans deux viiriiKs. constituent une collection tout a tait eMiaordinaiie. Tous ces bustes n'ont pas cUé identitics, et peut-être ne pourront-ils l'être tous. Par une ct>mparaison patiente des planches de la Cdiiciiliire et du Charivari avec ces morceaux de terre lari;ement modelés par la main de l'artiste, on arriverait à nommer le plus grand nombre, mais je crois bien que quelques-unes de ces tètes si vivantes resteront anonymes. 11 en est, d'ailleurs, qui sont dans un état lamentable, détruites en dedans, tombant en poussière, avec des morceaux de joues, de mentons, des oreilles, des nez qui tombent. Le propriétaire de celle précieuse collection a bien entrepris de les réparer, et il a réussi, en ert'et, à consolider quelques figures, mais là où manquent les morceaux, il est impuissant. Et par surcroît, ces terres ont été coloriées par Daumier. et les couleurs qu'il a employées ont ici une valeur pour exprimer les tempéraments sanguins, apoplectiques, bilieux, les paleuis

DKl.OUT

Dcputé et gênerai.

vii;nnkt lU'ftitc et acadcmiciev.

et les couperoses dj l'âge miir et de la vieillesse. Il est bien impossible aussi dj remettre les couleurs disparues sans détruire en même temps le modelé de Daumier. 11 faut donc essayer di les conserver aussi longtemps quj possible telles qu'elles sont, ou siniplem.-nt a\ec les cnllcments indispensables, car c'est là un document précieux en même temps qu'une (euvre rare pour l'étude du génie d'observation et de lorme du grand artiste.

C'est la réunion d'une grande paille du personnel ptilitique de Louis-l'hilippe. cnnire lequel s'acharna Daumkr avec sa cruelle verve ei sa bonhomie formidable. Ces « puissants de quatre jours « s'imaginaient probablement que les feuilles de papier volantes du caricaturiste s'envoleraient à jamais, qu'elles pouvaient faire l'iie aujourd'hui le public et que pei'sonne n'v pjnsjrait plus demain, aK)rs que leurs noms à eux resteraient solennellement consacrés par l'Histoire. La plupart ne négligeaient pas de faire reproduire leurs traits recueillis et leurs attitudes apprêtées par quelque peintre correct de la société bourgeoise, et ils auraient été bien étonnés s'il leur avait été dit alors par quelque clairvovant que leur caricaturiste les accompagnerait dans rimnidrialiié.

UriMN lAlNl-,

Picsident de la Clumbrc.

L)u\: dis-JLT il en est qui lu dcvi'oni L'ur imnioruilitc qu'à Daumicr, et ils sV-n seraient prohabL'nieiit hijn passes, s'ils avaient été emisultés.

Dauniier, en ctt'ct, a i^raneli et grandira ene-ore, et il se trouve qu'il a emporte avec lui dans la t^loire tous ces hommes politiques, ses ad\ei'saires, qui le tenaient en pilie, ti'es probablement, tout en lui inHig.ant des mois de prison et des amendes, et que lui sj contentait de repre'senter partant d'image.^ exactes où le caractère essentiel c'tait mis en vaL-ur a\ec une si teri'ible pénétration, il est maintenant le berijer de ce troupeau, et pour toujotirs.

Ici. dans ces \itrines, l'exposition de ces petits bustes est particulièrement vengeresse. ()n croirait un jeu de massacre où jamais le génie n'a manqué son coup. ()n poui'i'ait même laisser de coté les ressemblances certaines et les noms acquis que l'impression générale n'en serait pas moins loin ertra\'ante. Sans doute il est intéressant de voir l'ersil, le procureur, au profil droit, aigu et volontaire; Delessert, le préfet, avec son soupçon de nez et sa bouche de babouin ; Jacques Lclevre, le banquier, à la l'ace affilée en lame de couteau; Dubois d'Angers, député et président de cour d'assises, avec sa graisse, son épaisse encolure, sa face matfluc; Chevandier, député, avec le double enroulement de son toupet et de son ne/, en trompe; Guizot, ministre, d'iuie ph\-sionomie soucieuse où il v a de la maladie et de la douleur; Gallois, journaliste, avec son h\drocéphalie, l'extraordinaire contraste entre le petit menton et L- i;rand front; Viennet, député, acadé-

micien et labuliste, embusque dans Non faux-col, des bosses au Iront conime s'il axait été bousculé dans une bagarre romantique ; l'odenas, dé|vuté, avec son Iront en ogi\e et sa lippe; i'ataille, député, assez tin; Prunelle, député, médecin, maire de Lvon, la face méprisante cachée en partie par ses cheveux; d'Argciiu. ministre, le menton posé sur sa cravate, la bouche et les veux rusés, et son énorme nez en bec de toucan; Odier, banquier et député, \ieux, l'expression concentrée, de longs cheveux blancs l'etombant sur son col ; Dupin aine, président de la (Chambre, tout en botiche, une énoinie bouche qui s'a\ance charnue et béante, un bas de visage lourd surmonté d'un front bas, d'un crâne pointu accole de \astes oreilles; Barthe, garde des sceaux, ministre de la justice, (ace lunaire et suifeuse; ("diarles tle Lameth, député, icvolutionnaii'e conveiti pour les uns, renégat pour les attires, visage mécontent, hargneux, crànc étroit recouvert d'une calotte noire de marginllier; Fi-uchard, député, massif, enflé, un gros nez tombant sur la bouclie, beaucoup de joues, pas de crâne; Vatt)ut, député, inquiétant, prétentieux, un nez qui semble un faux-nez. une

PICRSIL Dcputc et piiieiiyeur f^eiteral.

i.AH'i' v:v i.Ks A in- 1 s IF. s

bciLiclu' amcic: i.i (.iadv, jui;c a Wisaillcs..., (.-i Gannorun. dcpiiic cl marchand du cliandclks....

cl Lccomtc, et Dcliiri. gcncral lI dcpiili.- le

copie, pour beaucoup, les éliquetles rédigées par Ciianiprieurv.

Mais, j'v insiste, le portrait individuel est depassé, et Ton se trouve ici en présence de l>pes luiniains, de formes et d'expressions qui ont un intérêt sans qu'il soit besoin de mettre un nom sur les masques. Caricature, soit! Mais une caricature qui met en valeur la vérité dominante par ces nez ént)rmes, ces nez minuscules, ces soupçons de nez, ces joues creuses ou tombantes, ces crânes pointus ou obtus, ces bouches serrées ou ouvertes, ces lèvres minces ou lippues, qui verrouillent des secrets ou qui les vomissent, ces rii'es minces ou fjrinçanis, ces rires gras, ces rictus qui déforment toute la face par leur efl'royable amertume, ces

GALLOIS Journaliste

PODLNAZ

Député.

mentons lourds qui pendent sur les cravates blanches, ces mentons perdus dans la graisse et les goitres, ces tètes presque sans crâne, ces crânes chauves, ces cheveux blancs envolés, ces cheveux blancs enroulés en ailes de pigeon, ces cheveux noirs plaqués comme du cirage, ces cheveux roux, ces bouts de favoris blancs ou noirs qui encadieni des visages rouges ou jaunes, ces laces blêmes, bouffies ou hâves, ces veux aux paupières rouges, aux cernés verdàtres, ces veux globuleux et humides qui saillent des orbites et vont rouler sur les joues. Beaucoup de Ces visages font songer à des animaux qui mâchonnent, qui ruminent, qui grognent, qui dorment, à des oiseaux malades qui s'ennuient si.ii- leur perchoir. Véiitablement, ils paraissent soumis à des tortures, en proie à des supplices, rongés par la souffrance, convulsés par la douleur. Des maladies morales s'ajoutent à ces tares physiques, et leurs faces expriment avec une violence rare leurs caractères de renfrognés, de chafouins, d'importants, de prétentieux, de vieux beaux, de rusés compères, de satires bourgeois, d'ogres cruels. Et malgré tout, il y a de la bonne humeur et de la gentillesse dans ce talent impitovable de Daumier. Il est féroce, et il a l'air de dire que c'est pt)ur rire. On rit, en eti'et, mais la férocité reste. Arrangez cela.

On trouvera la plupart de ces personnages sous la fi)rme du dessin lithographique dans la collection de /lî Ciir/Cii/;/rt'. Le ^(J avril i832, commence

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INCONNT Terre cnw. ^\7r IKitimier.

DIBOIS 1) ANGKIÎS Dl'^'iiIc et yresii-leiil Je eitiir ii\issise.'

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