‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 62 sur 125 · DEGAS · texte numérisé non relu

DEGAS

KTLDE I)i; H;.\IMK

COROT LI-; FIGIRANT DE THKATRE

pinceau de Delacroix sur les coussins embaumés de son divan, nous jetait des regards obliques, et M"^ Chéramy, fertile en souvenirs, me narrait les avatars d'un Combat du Djiaour et du Pacha qui luisait dans la pénombre.

■• Ce tableau fut donné par Delacroix à Victor Hugo pour le remercier d'être un grand poète. Hugo le donna à Alice Ozv pour prix d'une nuit. Alice Ozv le passa à Théophile Cjautier pour prix d'un article....

— ■ Heureuse époque, muiinurai-je. où les divettes récompensaient la critique.... ■

M" Chéramv me lança un coup d'ieil sévère :

« .\ la vente de Théo. Alice, repentante, le racheta. Puis, un dimanche après-midi, elle en fit cadeau à Dumas hls. Et Dumas fils, conclut M" Chéramv avec satisfaction, nie l'a donné. «

Nouveau silence. .l'attendis respectueusement que M'^ Chéramv me l'ortVit pour prix de ma bonne visite. L'idée ne lui en venant pas, je n'osai la lui suggérer.

La nuit était tout à fait tombée. Nous n'allumâmes point de lampe. Et M"' Chéramv me décrivait toujours avec une minutieuse précision des tableaux qu'il désignait du doigt et dont j'apercevais confusément les contours fantomatiques.

Lot is Vau.vcelles

Le Mois Artistique

A 1 \ i;>iki ic ^.l^.■^ Al ii>icN miKici lies, M. Thuroll iiKiit d'iiillcurs par son émotion rclif^icuse, est ■'» Holinboe a réuni des paysages de Norvège. une merveille de colorations, ou chantent les dont ceux vus et copiés par des temps de neige bleus, les jaunes, les roses groseilles, ces tons sont d'une tonalité très harmonique : la véranda vils et irais qu'a connus parfois Diaz; tandis que bleue ouvrant sur le jardin de blancheur froide, le groupe des hommes présente des visages très le chemin raviné d'ornières montant entre les caractéristiques, halés, aux veux d'ombre et de arbres. I/artiste artectionne également la solitude fièvre, aux pommelles saillantes, aux poils rudes, lunaire de la nuit, le calme des soleils couchants les letes de femme- et d'anges ont une modernité sur les toits rouges; son \'illagc de pcchctirs l-^\ surprenante, une jeunesse voluptueuse, des recurieux avec ses cabanes de bois pittoresques; sa gards charmeurs sous les cheveux blond roux; .\A?/-/;;t" a été notée farouchement ; un lalem mur i'arrangemeni de la composition, l'énergie ou la à tour âpre et recueilli, une touche pluioi brutale, gracieuseté des gestes, la hardiesse des draperies, une (L-uvre intéressante. la séduction des leiiiies. un je ne sais quoi de

suprêmement harmonieux qu'on subit plutôt qu'on ne le peut détailler, font de ce tableau une

Chez (îeorges Petit, cent quarante-sept numéri)s leuvre digne du Musée. de Cecil Aldiii. raniiisaiu humoriste de la Jiniriicc d'un (Milieu, cet album d'images dont on se

rappelle le succès; les originaux de ces illustra- lue nouvelle (eu\ie de Hodin. tionssont la d'ailleurs, et l'on reti-ouve avec plaisir (JLiand on monte au secrétariat de l'Institut, il ces chapitres finement étudiés ou l'animalier très faut traverser un vestibule mortuaire impressionprécis se double d'un psychologue avisé: le bain. nant : sur des stèles, tellement serrées qu'elles se le séchage, le déjeuner, le sommeil, le chapeaLi loucheiil. des effigies de marbre somnolent, le

de la tante, le pudding à la mélasse ; l'esprit torse revêtu du costume ofKciel à broderies, les

des betes et celui du dessinateur collaborent à xeux vides; le nom, et deux dates, précisent la

une (euvre délicieuse. Les abonnés du l'uiich ressemblance, souvent douteuse, de ces hommages

Connaissent bien ce Cecil Aldin dont la verve tardifs, commandes d'Ktat exécutées post mor-

s'égaie aux prouesses et aux chutes des cavaliers, tciu: ce sont (euvres inanimées qui semblent

a la Chasse et aux (Bourses, et qui raconte en des répliques d'une nécropole.

estampes largement coloriées des incidents et des L'administration de la rue de Valois vient de

mésaventures comiques; de teintes un peu crues, décider que désormais le portrait des personnages

avec des rouges vifs, tout cela, qui est plus spécia- célèbres serait exécuté de leur vivant, et, pour

lement sportif, forme une gaie décoration, comme inaugurer cette réforme très simple. Hodin a

aussi les panneaux des Petits Hollandais et Hol- accepté de faire le buste de Ik'rihelot: l'art \éii-

landaises dont on ferait pour une chambre d'en- table force les portes officielles, ce sera bientôt

lants une frise vraiment charmante. fini des commémorations nécrologiques.

Chez. I)uraiid-Huel : après avoir passé devant On coniuiit mainieiiaiii. grâce à l'article publié

des Forain, des Mary Cassait, des Berthe Mo- ici même jiar Louis Vauxcelles, les caricatures de

rizot, des d'l']spagnat, des Claude Monet et des IHivisde Chavannes ; il v aurait une élude curieuse

Pissarro, on arrive tout à coup devant une grande a faire sur celles de ,1.-1'. Laurens; le peintre de

oile de Domenico Theolocopuli. dit le (ireco, U'iî/e/'/od. dont les débuts difliciles nous ont été I D4S-i()25 ; et du Maure, qu'il faut étudier il Tolède révélés par le volume documentaire de Ferdinand même pour le bien connaître, voici pour nos Fabre, m'a montré des pages qu'il dessinait jadis flâneries de l'arisien une cein le de Inuie impor- quand il était " caricaturiste ••. et des lithogralance; laite pour le retable de l'ancien couvent phies devenues très rares : l'Epée de Dieu la des religieuses de Saint-Dominique, elle a été Prusse \id. \a Commune : l'Ff^lise en deuil. lIc: dans la collection de feue XLirie-Christine de et d'autres qu'il signait Loreiit/. : /-.'patise, /A'-o; Bourbon, et provient du palais d'Aranjuez. Cette Mère, l'^'ji; le Père la Franee; Révolution. pro- Assomption de la Vierge, qui ne vaut aucune- jj;ri's, instruetion; le désarmement; Voilà eom-

.I.-.M.-C.-N. W H\> i [AAi

,...;;,i; M.-C.'IL Ahx-v.i,

Miss Alexander.

LA in ET LES ARTISTES

nienl tes pet! ts-cii/iinls (Dit arriiniic la ('(lionne ;el^\ i^rapliic. Cdiiimc les imprimcuis d'auti-efois.... ■■

Ce n'est pas la piichade drôle, gavroehe, rapin. Les artistes ne se deehirem pas toujours entre

la cocasserie d'album, mais du cravonnai^e de etixl

combativité, un tantinet de polémique et de... *

politique. Lne icône pour les poètes.

Sans recommencer les violons d'lni;res. il \- a Au cimetière Montparnasse, .losé de (^liarmov

ainsi chez bien des artistes des petits cotés qu'on a étendu Baudelaire mort sur une pierre tombale

ignore; c'est longtemps après que l'on s'amuse à que domine un démon énigmatique; le visage est

reproduire ces raretés, les charges faites à l'Insti- convulsé par l'agonie, impressionnant de douleur,

tut pai' Horace Vernet, les portraits de Giraud, marqué du nerer wore.

les croquis de Gustave Droz et de Ludovic Halévv. In autre sculpteur veut nous donner une image

ceux de Sardou, de .itiles (^laretie, de Hanotaux. de l'auteur des Fleurs du mal: Fix-Masseau, dont

on connaît le Beethoven, titan sondeur, accoudé aux écoutes de ses svmphonies, la tête lourde.

Tapisseries modernes. énorme, soutenue par une main qui semble, bien

Près de la Manufacture des Gobelins, aux vieux qu'immobile, scander des rvthmes, le regard

bâtiments sévères, dans une maison de la place comme intérieur, les cheveux en désordre sur le

d'Italie, un ouvrier achève sur le métier un grand crâne, travaille à un buste de Baudelaire, le résur-

panneau de tapisserie tait d'après une étude peinte rectionne pour ainsi dire; complétant la resseni-

par .Iules Chéret. C'est là un essai de rénovation blance des portraits par une svnthèse du génie,

de cet art qui n'apparait à l'ordinaire que rétro- modelant les clartés bossuéesdu front, la profon-

spectif, et dont les spécimens légendaires sont deur sombre des veux " des gouttes de café » a

promenés et prêtés par le Garde-Meuble; des dit Théophile Gautier , les méplats nerveu.x des

peintres contemporains ont déjà re^'u des com- joues, la méprisante pitié des lèvres, le martèle-

mandes de modèles pour tapisseries, mais ils ment du menton, il évoque toute l'existence fan-

sacriHaient aux formules techniques, se préoccu- tastique et tragique, toute la perversité et toute

pant de la traduction finale, tandis que .Iules la misère de celui qui. méphistophélique, passa

Chéret reste absolument lui-même; sa palette était des jours douloureux ici-bas. Nous espérons voir

inédite dans le travail de haute-lice avec ses bleus cette leuvre curieuse au S:ilon de kihiî. profonds, ses jaunes ardents, et ses violets, son dessin aussi de prestesse, d'imprévu et de joie.

Un riche industriel a eu l'ambition d'une salle à La vente de la collection, peu nombreuse mais

manger entièrement décorée ainsi par des Chéret choisie, de M. Paul Bérard, a permis d'admirer

en tapisserie, panneaux de milieux, dessus de au passage des enchères des morceaux de premier

portes, etc.; cette féerie de couleurs raconte des ordre, de Renoir, Monet, Sislev, Morisot,etc. Pas

fêtes printanières, il v a un repas sur l'herbe qui d'accumulation de cadres cachant les murs, mais

est une chose adorable; ces silhouettes contem- des teuvres discrètes et de premier ordre : de

poraines égalent les personnages du dix-huitième ; Berthe Morisot, la Femme à l'éventail et la Petite

l'avenir aura donc des tapisseries de notre époque. Cig^ale; de Monet, la Débàele, une de ses toiles

d'antan légendaire, les Coquelieots, les Bords de l'Epte, d'une blondeur si délicate; de Sislev, les

Parmi les planches créées par des artistes pour Bords de l'Oise, les Coteaux d'Argenteuil, la

l'amélioration de l'image murale dans les écoles Seine au Bas-Meudon, datés d'avant les verdures

et qui ont été envoyées à l'Exposition de Liège, il violentes de Moret; de Renoir, des portraits

s'en trouve une signée Lepère;lc peintre .Icanniot d'enfants, un garçonnet au bord de la mer, une

apprécie ainsi dans une lettre particulière le fillette à ceinture bleue, et une pochade à peine

maitre graveur : « Cet homme est extraordinaire, indiquée, admirable de vision, Venise; deux

Il est bon; c'est un des plus grands artistes de Lebourg se tenaient mal parmi cet ensemble, notre temps, tout simplement. 11 a le sens de la vie, et, don rarissime, celui du mouvement

des foules, de leur vibration et de leur éclai- La salle de Willette à l'Hôtel de Ville,

rage. Sa suite d'eaux-fortes sur la Bièvre et Saint- Avant même que le succès du Parce Domine

Séverin est une suite de chefs-d'œuvre. C'est au Salon de la Nationale fasse rendre au délicieux

un maitre, et si cet homme-là avait à sa dispo- artiste la justice qui lui était due depuis si long-

sition les ressources qu'il devrait avoir, il ferait temps, le Conseil municipal de Paris avait enfin

en quelques années des chefs-d'œuvre de typo- décidé qu'il aurait une salle entière à décorer de

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