I. — J.-Ch. Cazin
pciniLires; les esquisses sont acceptées, que nous représentés; cela crie, chante, s'ai^iie ; des chevaux
venons de voir, et. dans le calme de son atelier de de bois tournent, l'impériale d'un omnibus se bat
la rue Lacroix, \\'illette commencera bientôt ce à coups de Heurs avec des midinettes au balcon,
long travail. une voiture d'ambulance Irole (Claudine, Tégou-
l'n des plus réels artistes de ce temps, qui met tier émert^e de son trou, le s^arçon de la Banque
dans ses cravonnages, d'apparence futile, une de France passe imposant, le i;azier nettoie son
poésie charmante, une phijosopiiie protonde. un réverbère; il \' a des lanternes vénitiennes, des
Watteau qui descend de son rêve pour manier le mats Heuris, des lettres d'or aux enseignes; c'est
fouet de Daumier; il lait chaque semaine, à la tme svnihése dont chaque détail est révélateur,
première pai;e du dinirrici- friinciiis, liniei' son c'est la rumeur de Paris, son remuement, sa i,'aité.
grelot, et n'abdique jamais son amour de la - 1 1 1. LesChamps-Elvsées, au soleil couchant, les
Femme: il chitt'onne la Beauté avec des mains che\aux de Marly, le moutonnement bariolé des
expertes et délicates; le moindre de ses croquis ombrelles parmi les allées, et les enfants, et les
est une exaltation de la nature tentatrice, une nourrices, et les militaires, et les cafés chantants,
hvmne enthousiaste à l'Etre, raison de nos joies et comme symbole Polichinelle dominant le tout,
et de nos douleurs, de nos fièvres et de nos désirs; Polichinelle échappé du théâtre de Guignol,
il ne saurait commettre le sacrilège habituel ;i tant Sur les maquettes on pressent le régal de colo-
d'autres, faire une taille disgracieuse, im visage ration qui émanera de ces peintures; il v aura
repoussant; il sait, comme pas im. cliantei' la désormais deux salles à voir à l'Hôtel de N'ille,
gloire des cheveux fous, des veux de malice, des celle de Chéret et celle de Willette. lèvres rieuses, des gorges triomphantes ; la petite
femme de Willette, elle est reconnaissable entre HOMM.\GES POSTHUMES toutes, et elle demeure la plus charmante; elle pose sur sa tête le bonnet phr\gien à la façon de Mimi Pinson, elle fredonne son refrain comme Ii. v a. dans le vestibule du Salon de la Natio- Lisette, et puis elle se retrousse divinement, un ' nalc, une ceuvre d'intention pieuse, la Niitiirc peu certaine de son succès, malgré les foudres projet de monument à .I.-Ch. Cazin', par sa de M. Bérenger; elle aurait pu hgurer dans veuve, Mme Marie Cazin. Au premier étage une i Embarquement pour Cythère, et rougirait si on salle spéciale est consacrée à des peintures, desl'osail inviter pour la Kermesse; elle est aimante sins et céramiques de l'aiiisie hommage rendu et voluptueuse, non brutale et réaliste. au Maître par la Société Nationale des Beaux- Mais d'exécuter à la pointe du cravon ou du Arts . Bien que de son vivant le peintre ait connu pinceau ces tant jolies choses ne siitHt pas à Wil- la gloire, bien qu'au lendemain dj sa mort on ait lette; il va im penseur en lui, il a des intentions célébré son sincère et constant labeur, la double multiples, interprète les événements de la vie à manifestation actuelle lui donne encore une acsa façon, égratigne même la politique, écrit des tualité qui autorise cet article, légendes qui méritent de rester légendaires ; il Venu après la magnihque école de paysagistes représente la naissance de .lésus, et lui dit : dont la France s'honore au xix'' siècle, J.-Ch. Ca- « Pleure, tu as trente-trois ans à vivre parmi les zin a su se créer une personnalité bien à part; ne hommes»; il travestit V Angélus avec des cvclistes se limitant pas à la simple vision d'un site de la fourbus près d'une borne kilométrique ; il dépasse nature, rude et puissant comme dans Théodore Brieux à son ba! de l'Opéra : » Jeune homme, Rousseau, ensoleillé ou vaporeux comme dans prends garde au loup >. Knhn ; .. Madame, c'est (^)rot, mouillé et verdissant comme dans Daubil'épicier! .. est une petite merveille comme le gnv, délicat et précis comme dans Lépine, n'ayant Verrou de jadis. pas non plus les recherches de vibration, de Cette grâce et cet esprit se retrouvent dans sa vérisme lumineux des Claude Monet, Renoir, décoration pour l'Hôtel de Ville, trois panneaux Sislev, Pissarro, il prend prétexte du motif qui consacrés à Paris : le Matin, Midi, le Soir. est devant lui et qu'il copie pour y enclore son L Sous une arche du Pont-Neuf qui encadre àme, pour que la notre s'v puisse aussi loger, dans une vue de la Cité au soleil levant. Mercure tire ime oasis dL- calme et de solitude. Une exquise de son lit la Seine, pour lui remettre le sceptre mélancolie émane de ces toiles où le soleil n'apdu commerce; des amours nus sont groupés d'mi parait qu'au moment de l'adieu, lorsque ses coté, de l'autre Minerve s'accote aux arbres du ravonsdorent obliquement lechaume des cabanes, Vert-Galant. — II. Midi, Paris en travail et en fête où le ciel est lourd de nuages, fouetté de rafales, dans un carrefour, et là tous les types de la Ville, zébré de pluie, où la nuit silencieuse est bleutée toutes les corporations, tous les métiers sont de letlets lunaires, piquée de rares étoiles, rendue
vivante par une pelile lucarne eelairee. Cet ert'et spécial du si>ir, remarque par lui cl devenu comme une signature, a e-té copie- par nombreux imitateurs qui limitent bien à tort la poésie à ce simple de'tail. Le pavs de la France où il a travaillé contribue à la tristesse habituelle de son œuvre : ces dunes de Berck au sable morne planté de touti'es d'ajoncs, ces étendues vallonnées dont on aperi;oit à peine les sentes, ces falaises basses que l'Océan mord, ronge, dégrade, cette sauvagerie de rudesse et de misère, cette terre quasi primitive; aussi ses personnages devaient forcément être bibliques, et cadrent avec l'immobilité des sites, l'auréole dorée parait même un accessoire inutile : on devine leur rôle, l'épisode dj leur vie, la signification historique de leur attitude, qu'ils représentent Tobie ou .ludithou la Sainte Famille; ils ne sont du reste que silhouettes meublant un paysage qui demeure la préoccupation principale de l'artiste.
Préparé par une esquisse à la sanguine très serrée établissant l'anatomie pour ainsi dire du motif choisi, le tableau ne vaut que par l'effet dérinitifqui sans modifier les lignes établit une émotion : une carrière à Chàtillon avec sa grande roue de treuil et l'amas de pierres blanches qui sont comme des tombes acquiert une intensité extraordinaire d'un ciel d'encre ombrant tout l'ensemble; le chantier du boulevard Picpus, un simple hangar, sans doute resserre à outils, au bout d'un terrain vague encombré de moellons.
J. M. WHISTLER DANS SON ATELlliR
tient la vigueur de son expression du loii noirâtre, de l'atmosphère assombrie, d'une sorte d'obscurité sinistre. 11 lui faut, à .l.-Ch. Cazin, cette dramatisation de l'ambia-nce, et quand elle lui manque, comme dans la J'Lice de la Concorde et la Place de la Nation, nous ne le reconnaissons plus; la grande ville a. du reste, pour lui une àme
trop disséminée, trop éparse, sa rumeur le trouble désagréablement, son horizon n'a pas assez de profondeur, la vue s'v limite à des amas de pierres, à des barrages uniformes; les aspects de l'aris, qui pour d'autres ont tant de charme, ne valent pas à ses veux les étendues vides de son pays du Nord, la petite place de village au cabaret qui reste allumé le soir, la route blanche qui passe parmi les verdures grêles, le ruisselet dormant entre les prairies.
.l.-Ch. Cazin est, parmi les pavsagistes, celui vers lequel iront toujours de préférence les intellectuels et les rêveurs ; un tableau de lui est un compagnon d'àme dont la présence ne lasse pas, dont le silence est éloquent, dont on subit l'emprise lente, progressive, inévitable, délicieuse.
n. — James Mac Neill Whistler.
11 est des esprits d'élite qui, sans attendre le jugement définitif de la postérité, veulent rendre hommage de suite à un artiste disparu; c'est la juste compensation des injures subies, des ironies du public contemporain, des aveuglements