I. Air
HT LES AiniSlHS
Je pani pris, cl IHii ne saiiiaii lepiuclKT i.]Ui.' rciiilioiisiasiiK- tai'dir ik- dépasse peut-éire la mesure, que la critiijue devienne louanijeuse sans restriciion. que la laineuse tlieoiie du bl<ic s'adapte à l'ceuvrc totale d'un peintre. 11 semblerait qu'on n'est pas de sant;-troid. que le silence de la niort n'a point apaisé les violences de la polémique, que l'on bataille encore, et que le triomphe est aussi partial que le tut le dénigrement; sans que puissent recommencer les grandes querelles londonniennes, l'exposition de .lames- Mac Neill 'V\'histler a soulevé quelques amères discussions à propos de lui. Les opinions outrancières se heurtèrent, une débauche de snobisme sévit, et, selon une habitude moderne, le tableau refusé autrelois est sacré chef-d'ieuvre aujourd'hui.
Le grand intérêt de cette exposition, organisée avec une sollicitude avertie par M. Bénédite, aura été que les diti'érentes étapes de Fart de W'hisiler s"\' pouvaient étudier, étapes correspondantes à celles de sa vie même, que nous a contée mon distingué confrère François Crucy dans le premier niunéro de l'Art et les Artistes: la palette d'abord colorée, japonisante, s'endeuillant peu à peu dans l'atmosphère de Londres, les marines puissantes, à la, Courbet, devenant fantomatiques à travers le brouillard, les nus néogrecs de son maître Glevre s'afhnant en de tanagrécnncs maigreurs drapées à la Burne-.Iones, les portraits clairs, rubescents voirie sien, le premier, et celui du paysan à la pipe' se simpliriant en des sombreurs uniformes; le peintre, parvenu à une maîtrise extraordinaire de métier, se joue en des tours de force d'harmonies monocordes, arpège sur des gammes de gris et de noirs, dénomme ses toiles svmphonies en telle ou telle teinte, met ses portraits dans une ombre complète, semble abdiquer la couleur, lui qui eut cependant des notations si ciianiantes, comme son aquarelle de la femme en rose assise, comme ses croquis de Venise au pastel, lui qui. épris des .laponais.
a connu la lanlaisic de la hr.iiichetle tieurie émargeant du cadre; et alors, des (euvres de la dernière période l'impression générale est de demideuil, la vie est atténuée, appàlie. Kniphatisée. des petites nudités grêles n'ont qu'un sang à peine rose de poupées pompéiennes, les dessins, lithographies ou non, sont sommaires, des ombres de vision indiquées plutôt que réalisées. Et tout cela cependant-vous attire, vous retient, parce qu'il V a une science admirable des valeurs, une sûreté d'exécution impeccable.
Dans celte exposition, plus complète que celle qui axait été faite à Londres, l'unanimiié des jugements va à deux chef-d'ceuvre. le l'orlrait de ma Mère, appartenant au musée du Ltixembourg, icône sévère de sentiment, de tendresse respectueuse, dont la coloiation sobre unifie encore l'effet émotif; le Portrait de )iussAlexander (a-t-on remarqué que cette fillette est piétée comme la petite danseuse de Renoir qui appartient à Durand-Ruel: .harmonie en gris et vert d'une ténuité rare, d'une distinction inutile à détailler, tant elle vous séduit absolument, mais dont peut-être on désirerait retirer, bien qu'ils soient des rappels voulus, la brindille de Heurs et les papillons. Ces deux toiles suffisent à affirmer la maîtrise de. lames Mac Neill Whistler.
Dans le vestibule sont disposées, en des cadres blancs, les séries d'eaux-ft)rtes, celles surtout faites à Venise; ces notations valent qu'on les étudie longuement et qu'on les admire, sont avec raison considérées comme estampes de très grande valeur.
11 v aurait un chapitre curieux à écrire, dans l'histoire de notre art actuel de la peinture, sur l'influence qu'a exercée l'artiste dont nous venons de parler très sommairement ; à ce point de vue spécial, l'exposition organisée au quai Malaquais aura été d'une indiscrétion documentaire; il n'est pas d'astre qui ne produise des reflets.
Maurice Grii.i.i:Mor.
i.iO
FRAGMENT Dl' MARTYRE DE SAINT SEBASTllCN
Bernardino Pinturicchio, Peintre des Borgia
LA GEOMETRIE i FRAGMENT)
En i4<)2, lorsque le cardinal Borgia re^ut la tiare et prit le nom d'Alexandre VI, le peintre ilernaidino Pi ntu riechio e-tait déjà célèbre à Rome. Venu de Perouse, à vingt-huit ans.en'i^Si . avec son compatriote Pietro Perugino, pour prendre part, auprès des Florentins Cosimo Rosselli, S. Botticcili, D. Ghirlandaio, aux travaux de la chapelle Sixtine. il avait, pour son coup d'essai, prouvé son habileté de compositeur et affirmé son sentiment délicat de la beauté élégante et juvénile dans les fresques du l'aj-agc de Moïse et du Baptême du Christ. Les peintures murales de la chapelle Buflalini, dans l'église d'Ara-Cœli, oi^i il représenta, avec tant de vivacité pittoresque, les miracles et les funérailles de Saint Bernardin, son patron, augmentèrent sa réputation, comme metteur en scène de nombreuses figures vivantes et réelles. Son génie particulier de décorateur libre et ingénieux sachant associer, en une harmonieuse unité de reliefs et de colorations, les effets de l'architecture, de la sculpture, de la peinture, se révéla mieux encore, pour l'art religieux, sur
les murs dj plusieurs cliapcllcs, J;uis li.' plafond ab,;idal de Santa- Mai ia-del-1'opolo. et, pour l'art profane, dans le plafond d'une Jurande salle du palais (lolonna. lei, l'un des premiers s'inspirant des decoratiims t^reeo-romaines récemment découvertes sous les voûtes enterrées des thermes et sépulcres antiques (les i;r()lU\ d'où le nom de ce genre de peintures, grotlcsclic. il mêla, parmi de capricieuses arabesques, les fantaisies mythologiques et les pei-sonnages chrétiens avec une extraordinaii'e liberté.
En s'adressant à lui, dès son avènement, pour l'ornementation lapide et somptueuse des salles anciennes du Vatican dont il voulait faire ses appartements privés, le nouveau pape savait donc à quel directeur expérimenté de grands travaux d'ensemble, quel fertile et prompt inventeur de cadres apjiropriés aux scènes et allégories les plus variées, quel délicieux exécutant de figures élégantes et de physionomies expressives, il offrait une admirable occasion de déplover toutes les
LA UIJ.MISI-: DICS CLIiKS i FRAGMK.NT',
rORTRAlT I)i; ZIZIM, FRKUE Df SULTAN
ressources d'une imagination mvsticopaïennedont il devait, moins que personne, redouter les hardiesses. Il s'agissait de remplir six grandes salles, d'inégales dimensions, de dispositions irrégulières, avec des plafonds diversement \outés, et de les remplir, au plus vite possible, de peintures accompagnées de reliefs architecturaux, de dalles et pavages, de tentures ou tapisseries appropi'iés. l,'ou\rage, commencé dans les derniers mois de i4<j2, était achevé à la tin de 1404, et l'astucieux et tremblant Borgia pm v recevoir, le 10 janvier i4()5, dans la première salle, dite des Pontifes, l'hommage de notre naïf et vaillant Charles Vlil, traversant la N'ille Eternelle, avec son armée, pour aller conquérir son rovaumede Naples.
L'horreur soulevée par les crimes des Lorgia a sauvé le chef-d'œuvre de leur peintre. Au lendemain de la mort du pontife infâme, tout ce qui portait son nom exécié fut pour longtemps maudit. L'appartement Borgia, fermé par .Iules 11. délaissé par ses successeurs.
reste en Italie du luxe intérieur d'im palais princier à la lin du xv siècle et de IVnonnant me-lani^c d'idées chrétiennes et de traditions païennes qui donnait alors aux ni(LUi's et aux arts un caractère si particulier.
La première salle, dite des i'ontit'es, reconstruite en i?oo, à la suite de l'écroulement des étages supérieurs causé par un violent orage, a été repeinte alors par Jean d'I'dine et Pierino del Vaga.
Les cinq autres, les salles des Mvstères, des Saints, des Arts Libéraux, du Credo, des Sibylles, ont gardé, sur leurs parois, dans leurs voûtes et plafonds, tout le travail du maitre.
Pour achever, en si peu de temps, une si énorme tache, Pinturicchio dut assurément, comme d'usage, s'associer des élèves et collaborateurs. Si l'on examine avec attention ces peintures, on y constate, en effet, par les différences de stvle et les inégalités d'exécution, l'assistance d'artistes assez divers. Ce ne sont point seulement des Ombriens comme lui qui l'ont aidé dans l'exécution de ses esquisses, ce
LE P.\PF, .\LEXANDRE VI BORGI.A.
malfamé comme un réceptacle mvstérieux d'images scandaleuses, ne servit guère qu'à des installations provisoires, lors des conclaves ou de certaines fêtes. En iSiii, au retour de Pie VU, on essaya d'v placer les tableaux repris à Paris par les alliés, maison y dut renoncer à cause de la mauvaise lumière. Depuis ce temps, on en fit une annexe de la Bibliothèque, dépôt de livres et manuscrits dans lequel il était fort difficile de pénétrer. Grâce à cet abandon, cette partie du Vatican eut la bonne fortune d'échapper aux restaurations, modernisations, destructions, qui en ont fait disparaître presque tous les souvenirs antérieurs au XVI" siècle, et lorsque l'intelligence éclairée et libérale de Léon XIII rouvrit enfin les portes de ces salles maudites à la curiosité des artistes et des historiens, on n'eut guère qu'à nettoyer cette merveilleuse suite de visions oubliées pour qu'elles y reprissent, aux veux ravis des visiteurs, un éclat de séduction incomparable. Tel qu'il se représente actuellement, l'appartement Borgia est, en effet, le spécimen le plus complet qui nous
S.ilNTE CATHERINE, SOES LES TRAITS DE HCRECE BORGIA
LA REMISE DES CLEFS (KUAliMENTl
Rome, Chapelle Sixtine.
sont encore des Florentins, des Lombards, des Romains empruntés sans doute aux ateliers de Filippino Lippi, Biamantino, etc., installés alors à Rome.
Néanmoins, l'unité de l'iL-uvre n'est jamais compromise par cette multiplicité et cette variété d'ouvriers.
Partout la même imagination, intarissable et libre, combine les dispositions et les formes des encadrements, puis les meuble d'ornements, de symboles, de devises, puis les peuple de figures charmantes et de groupes animés dans les espaces vides, puis enveloppe le tout dans une harmonie variée de tonalités fraîches où dominent l'azur et l'or.
Pinturicchio a tout préparé, tout dirigé, tout esquissé : son esprit, clair et vif, sourit partout, et lorsque sa main même apparaît, soit dans une scène entière, soit dans quelque morceau, c'est
la main ferme et résolue d'un artiste supérieur.
Voyez, par exemple, les poitraits, d'un stvle magistral, d'une vérité superbe, qu'il a placés parmi les acteurs des scènes évangéliques et légendaires.
Regardez .4 /e.va/zrfre 17 agenouillé au pied du tombeau dans la Rc.surrcction du Christ, le portrait de la jeune Li/cTc'^/rt Borgia en sainte Catherine, celui de Zi\iu!. le frère du Sultan, otage disputé entre le Pape et le roi de France, et du Despote de Morce, l'un des rois orientaux en exil à Rome, debout près de l'Empereur, dans la même scène.
Pinturicchio égale alors, comme peintre de figures, les plus grands maîtres contemporains, Mantegna, les Bellini, Pérugin.
11 les dépasse comme décorateur.
Georges Lakenestre
de l'Institut.