CARIATIDE
ON prête aux Américains rintcntion de créer à Rome une Ecole des Beaux-Arts sur le modèle des nôtres. On sait le succès qu'ils font à Chartran, les enchères dont ils ont converties Meissonier; Jules Huret récemment nous initiait aux décorations somptueuses de leurs maisons de campagne et de leurs jardins : il est donc intéressant de constater
que ce pa\s, qui n'a pas de passé, qui n'est point mené ou enravé par des questions d'atavisme, qui peut par conséquent se créer une manière personnelle, émanation de sa race, traduction de ses moeurs, qui peut posséder un art à lui comme il commence d'avoir une littérature, après avoir exigé tout de suite cette parure de tableaux ou de statues inhérente à qui dispose de l'argent, en tirant du Vieux Monde les accessoires de son luxe, fournira bientôt lui-même son contingent d'esthétisme; le libre-échange s'établira, et les artistes d'outre-mer viendront chez nous comme certains d'ici sont allés là-bas.
Nous nous plaignons en France que le xix" siècle, ce qui n'est qu'une période dans l'existence d'une nation, n'ait pas de style, il est loisible de souhaiter qu'il y ait bientôt un art américain, non pour seulement un cycle d'années, mais cette fois expression, svnthèsed'un peuple tout entier.
Il V a là des forces à emplover, des intelligences et des personnalités qui se révéleront ; la période
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l.A i)()i i.iJR i)i:s l'ROPiii: ri:s
de début est lerniinJc pendant laquelle on s'est avenue du Bois, de eopier ce qui existe déjà. contenté, dans la vivacité du désir satisfait immé- sans se soucier de la marche des siècles, de la dildiatement, d'acheter des boiseries et des marbres, lerence des habitudes, des exigences des mcturs, de transcrire des demeures historiques, Trianon des nécessitéscontemporaines: cette manifestation
d'un t;ont élevé, tout de même, collectionneuse de bons modèles, a orienté peu à peu vers une production orii;inale : Andrew O'Connor en est un exemple probant, lui qui vient en b'rance, après s'eti'e. en Amérique inspiré de Donalello.
D'origine irlandaise, né en 1874 à Worcester, Etat de Massachusetts, il était déjà praticien à l'at^e de quatorze ans, travaillant chez son père; il contribua à l'érection de nombreux monuments funéraires, besogne ingrate dans laquelle il apprit cependant la technique du métier, et exposa en igoo, pour la première fois, un buste. Bien qu'avant débuté sous l'égide paternelle, et ayant fréquenté à Londres chez Sargent, il aime surtout à travailler seul; sa personnalité a dû souffrir d'être si longtemps sous la dépendance des architectes, qui dans la composition d'un palais, d'une église, d'une simple maison, décident jalousement de la part qu'ils laisseront au sculpteur, au lieu de lui demander confraternellement de collaborer à la conception même. L'aventure de Carpeaux avec sa Flore est de tous les temps et de tous les pays; elle est arrivée à O'Connor pour ses bas-reliefs, destinés à un magasin de joaillerie de Ne\v-\'()rk; la première composition a dti être abandonnée, dans laquelle cependant l'artiste avait réalisé des allégories diverses fort curieuses, sur les différents chapitres de l'histoire de l'An : les Flandres avec Rubens étaient exprimées d'éloquente manière.
Grâce à .Mme N'anderbili qui, vouant un culte pieux à la mémoire de son mari, voulut, avec les conseils de M. Stanford W'hite, architecte, restaurer l'église de Saint-Bartholome\v,à New-'S'orU, Andrew O'Connorput exécuter la très-belle porte que nous repi'oduisons ; la puissance de l'or n'empêche pas. facilite au c<.)ntraire la religion de
LA PICNSÉE (lîSQUISSICJ
l'idcal Cl de la bcaïuc, et s'il est un pays ou les des êtres de robustesse, de lumière et de charme,
sculpteurs doivent espérer des commandes, c'est L'influence italienne, résultat d'une svmpathie
bien l'Amérique aux lortunes colossales et aux paniculici-e de l'artiste et aussi des commandes
constructions incessantes. qu'il a reçues, ne sera qu'une étape de sa carrière;
Le labeur de l'artistedont nous parlonsesi déjà il a en lui-même une énergie, une brutalité
très important, l ne bibliothèque pour M. Mor- presque, qui triomphera aisément d'un certain
i;an, le Palais de Justice de New-.Iersey où maniérisme ne cadrant aucunement a\cc sa per-
seront de lui i i statues de marbre et 2 de bronze, sonne; le visage imbeibc. le Iront haiu dominé
le magasin déjà cité dont la frise contient 21 ri- par des cheveux rebelles et roux, le lorsc vigou-
gures en pierre; et pour ces grandes silhouettes reux, les mains puissantes, une gi'aiide énergie
de plein air, dans ce groupement de personnages sous une douceur timide, une conviction sincère,
resserrés sous le cintre d'un porche ou entre les une saine ambition dans la claité du regard, des
panneaux d'une porte, on sent que les liens vont appréciations et des théories justes malaisément
craquer, les muscles gonflés détendre les gestes, rendues en un trançais ditricile, on devine en lui
une en-allée décidée vers le but entrevu, une vo-
les attitudes s'éveiller de leur immobilité, la vie prendre la libellé qu'il lui faut; pt)ur un artiste de sa robustess.-.
ce n'est encore là que chrysalides d'où sortiront bientôt, ailes éplovées.
lonté consciencieuse de
progrès.
Ses admirations sont Donatello et Rodin, celui-ci m a i n t e n a n t ""lus que celui a ; et du Maitre
PORTE DM LliGLlSE DE SAINT BARTHOLOMl-.W . A M.W-'iOKK
Rcstaiiice Fitr les soins de Mme Vanderbilt.
LART Kl' LKS ARTISTES
incomparable il a une qualiic, l;i recherche de la lumière dans la sculpture, la distribution savante des ombres et des clartés; aucune mièvrerie, pas de transcription littérale du modèle, ni de moulage de la nature, mais un grandissement de lierc noblesse, une exagération lyrique de force contenue, de la majesté obtenue par une cohésion réHéchie et combinée. 11 n'importe qu'il précise les allégories, que cet homme assis il ressemble à Jean-l'aLil Laurensi ait un casque et un bouclier, que cette l'emme deb o u l t i e n n e u n e palme, l'expression ne prt)vient pas de ces accessoires usagés, ils passent même inaperçus, tant le sens se dégage de l'aspect général, de 1 1 1 u t l'ensemble.
Dans son atelier du boulevard Garibaldi, — là même où fut Dalou, et cette mémoire se peut évoquer, — il a des œuvres en train, d'énormes ébauches, la terre rudoyée, pétrie, dans un corps h corps tenace et victorieux ; on sent la lutte courageuse conirela matière qui bientôt est domptée, soumise, obéit, et une séduction immédiate émane de cette facture brutal.-, heurtée, trouée de noirs, accentuée de lumineux reliefs.
Cesqualités depremier ordre, il les affirme même lorsque, pour complaire à la fantaisie égvpticnne d'une commande, il dresse sur un socle cj hibou gigantesque , d'une inquiétant^' sauva- i i. ^
geri.', d'un énigma- Munume>,t
tisme impressionnant: il v aura, parait-il, un escalier à l'intérieur, des lueurs d'électricité dans les prunelles, et ce tombeau pourra servir de phare: avant resU un tel programme de bizarrerie, il en a tiré un parti merveilleux, et cette icône funèbre sera tout de même une (t-uvre intéressante, une mvstérieuse apparition de nuit. Il a mis là toute une puissance tragique, comme
il a placé dans telle
cariatide tome la
^^ grâce léniinine : mais
dans ses figures les plus charmeresses on retrouve toujours cette force contenue, cette énergie de production, qui le sauvent d'une mièvrerie italianisée, le rapprochent de notre muven âge et de nos cathédrales.
D'aucuns s'imaginent que faire grand Cl gros est très siml'ile, et que le principal mérite l'exient au fondeur ou au praticien : c'est une hérésie; la sculpture . géante a une esthétit|ue que beaucoup, même parmi les artistes, ne soupçonnent pas.
Certes, silhouetter une figure dans le plein air, au sommet d'un monument, sur le laiic d'une corniche, ou sur un promontoire de rocher, est besogne ardue: il faut que l'aspect g é n è ra I , d 'a bo rd , soit satisfaisant, agréable et très lisible; il est nécessaire, de plus, que les détails, sans nuire à l'ensemble, soient sLiffisamment apparents et se voient; enfin que l'idée se iiioc comprenne, cette
fitticnurc. iJèe qui a été le