O'CONNOR
Gravure du Prunaire
L'An et les Artista
L'Inspiration
tu j r.
ANDKKW OCONNOU
Jésus chargé de sa Croix.
[Bas-relief décoratif de l'cglisc de Saint-B.ii thnlomcw.)
La Mise au Tombeau.
[Bas-relief dceuratif de régime de S.iiiit-Barl!:ulu»ie»\)
L APOTHKOSI-;
premier conccpl de l'imelleetualile de l'ariiste.
Il y a eu dans ce sens des spécialistes, tel
Bartholdi dont la célébrité fut universelle. A bien
BUSTE Dr PFINTRr. NLRR.MAN.N
considérer, même en sa réduction sur le leri-eplein du pont de Grenelle, sa statue de In Liberté di)nt le modèle eitielique éclaire la rade de New- ^ork, on constate que tous les profils ont sur l'espace des lignes de noblesse et d'harmonie, que la masse, sans être trop lourde, demeure imposante, que le geste n'est pas rapetissé par l'étendue environnante.
Même remarque pour le Liiin : le château de Belfort a un aspect sombre et imposant, dont le sculpteur a utilisé le coté pittoresque pour en faire en quelque sorte le cadre et le piédestal de son œuvre; c'est aux flancs mêmes de la citadelle que se dresse le fauve gigantesque, symbole de la résistance et de la revanche, que nous retrouvons réduit et imposant encore à l'entrée de Montrouge. Par contre, sur les frontons d'angles du Grand- Palais M. Récipon a suspendu un tohu-bohu de chars et de chevau.x de fonte dont l'équilibre inquiète le passant, et de même, sur les pvlones du pont Alexandre III, jMM. Frémiet et Granct ont posé des figures ailées dont on ne distingue rien, sauf la tache d'or amusante parmi les soleils couchants.
.le pourrais citer d'autres exemples, entre autres la pauvre petite Renommée, de Mercié, sur la
L'AHT ¥.T i.î-:s AirnsTF.s
\iu1i\\v oConnor l'a-i-il l'aile? Non. mais il a riiiMinct de ccuc nccessiic; les staïui-'s qu'il a L-xcciUccs pi)ur cire siiuccs cl vues à irciiic ou quarante mcircs du s..l, comme celles de l'hxposiiioii de Saint-Louis, ont été connues par lui dans l'aspect à produire, el ne sauraient être promises à l'honneur commercial de la réduction diUamatoire: leur puissance est voulue, concertée. dii;ne réellement d'être louee.
Maintenant, dégainé de plus en plus des mriuences du début, et s'ingéniant à rendre sa propre pensée, plutôt que d'cMre asservi à des besognes imposées, vivant ici dans l'ambiance inévitable de Rodin, vers lequel le porte son tempérament et pour qui il protesse une jurande admiration émue à rencontre de nombreux soi-disani sculpteurs français , Andrew O'Connor déi^as^era détinitivement sa personnalité, — déjà si remarquable, quand on sont;e qu'il n'a que trente et un ans.
Venise, dans le conte de Voltaire, était l'auberge des rois : Paris oti're plus volontiers l'hospitalité aux artistes, c'est la Mecque vers laquelle ils viennent, et si le talent donne la naturalisation, le jeune maître dont nous avons parlé et dont nous avons reproduit différentes œuvres d'aspects variés en est en tous points digne.
M.\riucE Giilli;mot.
KiiM.MiNi iir. I. \ rniiTi: ni' l kgi.ise
coupole du Trocadéro. le lion qui se trouve juche sur l'obélisque de Gambetta, les allégories massives du comptoir d'Escompte, etc.
A vouloir noter au contraire ce qui est bien, on trouve seulement le fronton du Panthéon par David d'Angers, le pavillon de Flore par Carpeaux, et rue Pierre-Charron l'enseigne de la salle de charité en haut relief par Aube, rue Galilée les cariatides par .\llar, rue de Longchamps celles par Ringel d'Illzach. et peut-être quelques autres rares œuvres.
L'ornementation de l'architecture par la sculpture a été traitée triomphalement chez les anciens : en cela comme en bien d'autres choses du reste. le passé est le maitre dont les canons sont absolus.
Le sculpteur doit savoir « tricher », et ce mot vulgaire indique avec justesse les modifications qu'impliquent la lumière, ou la hauteur, ou l'éloignement ; il v aurait à ce point de vue très spécial une étude curieuse et probante à lairesur les œ'uvres de Rodin.
LA Jl SlICK
L'Art de René Lalique
L'oRir.iNALiTi': de René Lalique fut de ramener cielle mais parallèle à la vraie, le hijdu a pour le hiiou à sa vi'ril.ihlc Idi-Tiiiil.' :'i l'nr:ili,>*;,Tiii- ■ y,\\,' .),■ Il .•,imi-,l,'.<,.r ,.11 11-1I1. I.>t.,,,, I.,.,. .
le bijou à sa véritable formule, à l'arabesque; puis, cette mét h o d e é tant posée, d'avoir iiiJivid II il lise lesceuvresd'art accomplies par lui selon ce principe; en elfet, im bijou de Lalique, par ses détails, ses harmonies, ses courbes , ses éléments, son effet général, transcrit une vision et une esthétique personnelles : ce qui fut, pour tout l'art de la parure, d'une nouveauté absolue.
L'individualité d'un bijou de Lalique peut être, pour ainsi dire, à deux degrés , car outre qu'il est un Lalique, c'est-à-dire une œuvre d'art à tvpe unique, il peut être aussi le bijou qui s'accorde I e mieux au stvle de la beauté, au caractèi'e
UENI-: LALiQfr:
D'jyrcs iaquarcUe de liciic Binct.
la compléter en translatant dans une
beamé artilicielle des analogies de l'éclat du teint, des y eux, d e s dents, i^e bijou peut donc eli'e conçu selon la manière d'être d'une personne et la refléter.
Ondiraitalors, e n la n g a g e courant, qu'il lui sied. Lalique serait d'avisqu'il faut ii'ouver ainsi tous les modèles de toutes les loinuiles de bijoux. Ils ser aient aussi variés que peuvent être différents et innombrables les aspects de la beauté ou de l'élégance. Le rôle de l'artiste serait alors de rechercher et de choisir parmi les lignes et les couleurs que lui offre la nature celles qui peuvent lui convenir pour un but déter-
de l'atour de la personne pour qui il est créé. miné, et c'est sur ces éléments que son art tait
Aux veux de Lalique, le bijou est la lumière courir son arabesque,
de la toilette, la dominante de ses harmonies, la Avant René Lalique, qu'était le bijou? Une pa-
fulguration principale entre ses clartés. Si la toi- rure, évidemment; mais surtout un luxe brutal,
lette doit, par ses plis et ses couleurs, rappeler, en une ostentation de fortune. Les chefs-d'œuvre
la revêtant, la beauté du corps, substituer à la de ses devanciers, tout bâtis de l'éclat du dia-
gràce réelle du corps féminin une beauté artili- mant, semblaient de portatifs châteaux de lumière.
()n iicciinuilaii cii culliL-is. en rivières, en ijcrbcs, en aigrettes, en lézards, en étoiles, les feux les plus coiiiteux, etminie jadis les Carthaginois fondaient en lourds lingots l"or et l'argent, pour le conserver. L'ancien bijou est fondé sui- l'idée de richesse: le nouveau, sui' im princi)ie d'art.
Ce nouveau bijou, Uun^- Lalique l'a créé de toutes les ressources et de loiues les souplesses de la plastique.
Son premier mérite n'est point d'a\()ir, ainsi que dallé, évoqué toutes les ressources de la Hcu-e, dans sa forme et dans ses tons, pour en transfuser les lignes et les colorations, pour ainsi dire, dans sa langue. Ce n'est point, non plus, d'avoir réagi contre le goi;it exclusif des diamants et de la matière de haut prix, pour se servir de tous les reflets et de toutes les chatovances de la nature, d'avoir émancipé tant de jolies pierres, et, comme dit Roger Marx, » réhabilité des silex méconnus, )> d'avoir en somme, pour le style de la joaillerie, agrandi et libéré le vocabulaire, effectuant une révolution semblable à celle que firent aboutir les romantiques pour la langue poétique, en ert'açant la différence des mots nobles et des mots vulgaires. Encore quj ces deux réiormes, dans le stvle et dans la maiieiw complètes quant à la ligne et à la coLileur, aient totalement modifié l'essence du bijou, la caractéristique principale de RenéLalique c'est surtout d'avoir fait converger vers le bijou les efforts de tous les arts plastiques, les movens de toutes les techniques, maniées ici par un novateur. Lalique n'est simplement ni joaillier, ni orfèvre; il est peintre, il est sculpteur, il est émailleur, il est ciseleur, il est verrier; en surplus, il est orfèvre et joaillier. C'est avec des talents composites, c'est-à-dire avec ime amplitude infinie de talents, qu'il réalise sa formule d'objet d'art, et c'est à propos de lui, surtout, qu'on peut redire, qu'en art, les dimensions, le \'olume, ne sont rien, qu'il n'y a point de gradations d'importance entre le menu chet-d'ituvre et les plus imposantes architectures, puisque le sens de la structure et l'équilibre des éléments y sont les mêmes, et qu'il n'y a là qu'une différence de format. .Aussi le travail préparatoire du bijou est-il, chez cet artiste, aussi intéressant que l'œuvre elle-même, et il en demeure les documents les plus esthétiques. Pour obtenir l'allure de deux cavaliers qui vont s'affronter sur les deux valves d'une agrafe, il modèlera deux cavaliers sur leurs chevaux cabrés, et l'ébroue-
icruDi; l'OiR IN PANNi-AT m: miroir TIMPTYQI'IÎ D'aptes une aqiiaicllc lic Roiè Lalique.
ment des deux guerriers durera aux lableiies de son atelier, solis la forme de deux belles maquettes, d'une haute \aleiir sculpiui'ale, aussi gi'ande que celle des n\niphes d'i\ciire qui se di'essent dans l'or et l'émail à certains de ses pendentifs. L'art de Lalique est épris de la peiiection hellénique; toLit récemment encore, il entaillait dans une menue plaque de corne les méandres d'une danse antique, et les corps apparaissaient à travers la transparence de la jolie matière, harmonieux et nus, évoquant l'art de Théocrite, modernisé, car les Nymphes de Lalique sont aussi des Pai'isiennes. 11 a réussi dans son esthétique à unir ce coui'ant de sobriété, de sveltesse antique, de grâce pure et stricte, nettement classique, avec la présentation de formes romantiques ou hiératiques, modelant l'allui'e lente des cx'gnes, le foisonnement des feuilles rouillées de l'automne, tous les insectes de la foret bruissante, tout un soulèvement de piintemps analogue à des éveils de chansons populaires. Tout ce calme et tout ce mouvement, il l'a fait entrer dans son art, lui art
touché de la !;i"iici.' lanaurccnnc reprise en mille variations naturistes, féeriques et modernes.
Par ses premiers succès, il obtint une influence qui l'ut excellente. Il décida par son exemple im ert'ort \ers l'art décoraiif. 11 est tout à l'aube de ce i;rand mouvement. Il prouvait, par son existence, par l'attention qu'il comniandaità la presse et aux amateurs, que l'heure était venue, que les artistes pouvaient tenter cette voie, sans de dures désillusions matérielles. On peut dire qu'une série de travaux, de conceptions parallèles à sc)n labeur, lui durent une chance d'existence.
Il domptait la mode; ce lut un service rendu à tous. Le concours d'une loule, aux Salons, autour de sa vitrine, a eu la meilleure portée, pour le succès que l'on fit aux sections d'art décoratif. 11 est donc un des tvpes représentatifs de l'artiste-artisan de notre périt)de, chef d'école en son art
l ne belle aquarelle de René Binet nous montre un Lalique intime, dans la méditation qui interrompt un instant le travail de la main, à cette vaste table de son cabinet de ira\ail où s'amoncellent devant son attention si diverse tant de recherches ébauchées, tant de spécimens de matières, tentées, entreprises, caressées, abandonnées pour un instant, reprises.
D'anciens essais sont l;i. qui se rappellent au souvenir de leur créateur, jalonnent le travail pour le lendemain, indiquent à l'artiste les déxeloppements entrevus, figurent la marche de son art. Ici le carton des aquarelles traitées largement, dessins de fleurs très brillamment jetés sur des fonds à couleurs de gemmes, coquelets joveux, figures hiératiques de Muses et de Xvmphes qui tout à l'heure dans un entrelacement de feuilles et de fleurs vont couvrir les panneaux d'un mirnir iriptxque. Sur la
GRAND SlRTOt;T EN ARGENT CISELE, ORNE DE VIOLETTES DE PARME NATtKlLLLS
particulier et promoteur de tentatives dans des arts corollaires. D'avoir été l'émancipateur de la joailleriefrançaise, ilhgureau premier plan parmi les inspirateurs de ce grand art. Wirt iKnivciiii. que ne peuvent annuler d'inutiles attaques, ni de maladroites imitations. Il peut penser avec un légitime orgueil que sa conception de l'arabesque, que les formules dont il revêt ses intuitions ornementales, que sa méthode à concevoir des harmonies, entre, pour une part, non seulement importante, mais souvent déterminante, dans l'aspect de l'art décoratif actuel. Il s'est créé un style, et ce faisant, il préparait aux autres des éléments pour leur méthode: l'esthétique des décorateurs de notie époque est débitrice de ses trouvailles initiatrices.
table, des verreries, des verres établis en des formes comme de ciboires, où l'émail, l'aigent, le cabochon de cristal dessineront un enroulement, un ornement simple et de luxe d'art pourtant; des miroirs d'un seul tenant où les colorations de l'unique morceau de cristal qui s'évase en éventail transparent donneront l'harmc nie de couleur qui fera de cette plaque aux formes harmonieuses une (euvre. A un autre miroir, au manche étroit s'accroche un papillon dont les ailes d'émaux sertissent la glace. Une corne de rhinocéros évidée attend la bague de métal ouvré et guilloché de lumières de gemmes qui en soulignera sobrement le contour. Travail ébauché, au coin de l'atelier une mousseline d'apprêt tend sur un mannequin.
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Après avoir crcJ tant d'ornements de la loilcitc féminine, inventé tant de détails pareils à ces bracelets de manche qui sont sa création, après avoir tixé tant de gammes de parures. Lalique songe à écrire la parure tout entière, avec des éiort'es que ses prévisions, que ses dessins indiqueront à l'industrie, de fai;on à généraliser son art féministe, .\uire travail : reprenant une voie ancienne de l'artiste, un gracieux pastel, une lumineuse effigie de femme, annonce d'incursions prochaines dans l'art pictural, pastel d'une ingénieuse simplicité, avec ce grand goût de Tari-angement simple qui lui est particulier et qui est comme la fleur séduisante de son art. Et cet atelier clair, qui, par la menuité des objets encombrant la table et les vitrines, semble bien plus le cabinet de travail d'un artiste scripturaire qu'un atelier de peintre, donne l'impression d'un fourmillement d'images et detrou- \ailles, de conquêtes perpétujlles sur la forme et sur la matière. Lalique v travaille, V rei,oit, v cause d'art avec le ton doux d'une grande simplicité. On sent chez lui l'épanouissement facile de l'idée, moins enct)re d'après des théories vérifiées cent fois, et d'excellents principes directeurs, sortis de soi-même, que grâce à une intuition parfaite de l'art et de la femme. Les traits du visage ne sont point sans otiVir quelque affinité avec ceux de Massenet. Pour aboutir aussi complètement dans un art d'ornementation féminine, qui est de l'art puicomme tout l'art, mais qui aussi a ses contingences, ses nécessités et son but, une pénétration absolue de l'ame féminine était nécessaire, tant pour pouvoir incarner dans le joyau le désir qu'on en a, et le commentaire de ce désir, et l'harmonie de ce désir, que pour arriver à constituer le mode, le contour et la couleur de l'élégance, avec la justesse qui conquerra l'immédiate adhésion.
goût sobre et préci.-ux que Lalique s'est lait construire au Cours-la-Reine. la lumière pénètre par de vastes verrières pour venir baigner les feux djs pierreries. Le bois clair et les draperies grises, d'un ton uni, relevé simplement à deux larges panneaux de fond du relief léger de deux broderies de stvie hiératique, sont un beau cadre aux menus étincellements qu'on v expose. Entre ces deux panneaux où se fixe un oiseau fantastique aux pennes stvlisées, une haute cheminée est surmontée d'un Diogène à mi-corps tenant sa lantei'ne. Les vitrines sont réduites au plus strict. l"ne véranda intérieure est ménagée pour l'exposition de quelques pièces, très claire et simple. Le dessin de Lalique a réalisé dans tout ce hall l'harmonie qu'il v voulait. .Au milieu du hall se dresse, avant que de partir à sa destination, un grand surtout d'argent, où pointe une
Dans le hall où s'espacent les vitrines, en cet hôtel d'un
i-ragmi;nt dc huand siuroi m i:n ar(;i:nt cisixe
grande nviiiplic cdinmc IVilcusc cl imiic pressée de fleurs aquaiiques; autmir du plateau, des tDrses de sirè'iies éinergeni et leurs laees émues se renversent, en une ccjquetterie sévère. (>'est un des derniers travaux de Lalique et l'un des plus importants qu'il ait laits dans la petite sculpture. L'équilibre en est complet qui ne laisse point oublier qu'il s'ai^it là d'un objet d'art, dont la ligne générale obéit à la convenance usuelle, mais qui se laisse aussi détailler par fragments pour permettre d'apercevoir l'expression des taces un peu grave, mi-langoureuse, si particulière que l'attention isole la statuette centrale im instant pour V suivre un frisson d'art païen. Autour, dans les vitiines, ce sont les trouvailles constantes de l'artiste, les grands peignes dont la cime est faite d'un envolement blond de tresses et de torsions de serpents autour d'une face ivoirine, de bracelets où sur des auréoles d'émaux des corps de femmes s'achèvent en traines de libellules, des colliers aux grosses perles" rondes qu'enchaînent
CAVALilUl
Étude en flàtie fouv uni: agrafe.
l'inie à l'autre d'ingénieux et minuscides motifs de lieurs agencées sur les baguettes d'or du pendentif, comme sur la lige d'un thyrsc;des algues, des astéries voisinent avecles cygnes; l'allure harnn)nieuse d'une branchette que caressait le vent est rigée dans sa cinue légère en un devant de ct)rsage. Sur les valves d'une agrafe lourde et dense, dans des colorations d'un vert doux, des chexaliers. lance en arrêt, se précipitent en troupe. A coté, en colliers, en bracelets, les pierres sont assemblées sans que le dessin et la couleur de l'objet obéissent à une ainre loi qu'à une souple géométrie, soucieuse d'oflrir une scintillante et régulière mosaïque, en un épisode simple répété loin au long de l'objet d'art; dans ces jeux de la ligne et de la couleur pui'e, Lalique est égal à lui-même, et certains préféreront ces harmonies de lignes ornées d'un concours de scintillementï soigneusement étudié, à celles qui empruntent les ressources de la flore, de la vie des insectes, et celles de la sculpture pure. On v verrait une fldélité plus grande à l'esthétique même de l'ornement.
N'a-t-on point objecté à l'artiste alors que sur ses pendentifs se profilait telle rêveuse efflgie de dame au lévrier ou lorsque d'une sorte de conque il faisait jaillir les blancheurs d'un corps léiuinin, que le bijou ne pouvait comporter de sculpture, qu'il ne fallait ni exposer une teninie âgée ou lourde à porjer sur elle-même un terme fâcheux de comparais<in. ni sur la poitrine des plus jolies et des plus éléganles placer im contour féminin, donnant ainsi trop de place, trop d'ampleur, trop d'importance à un détail de la parure. Objection vaine, car l'art est multiple et absorbe toutes les formes, coiuiue toutes les formes, ingénieusement emplovées, peuvent s'appliquer à tout objet d'art. Les élégances de la ligne pure, schématique, intéressent par elles-mêmes, et l'arabesque peut n'être qu'un trait ingénieusement contourné : mais aussi il est bien que dans ses volutes, ellj entranie, dans la pureté de sa ligne, les beautés des reliefs, la douceur des
reflets, cl l'évocation dans la t;ràce de tout ce qui est la nature. C'est par l'amplitude et presque riiniversalité de ses niotils que Laliqu.' a transformé l'art de la joaillerie en un art complet et triomphé ainsi en une i;lvptique variée, savoureuse et profonde.
L'œuvre dj René Lalique est considérable: les visiteurs assidus des Salons n'en connaissent qu'une partie; les dilettantes qui, nuis par un désir d'art, sont allés chez l'artiste, ne l'ont point vu tout entier, et, pour les mieux avertis, une exposition complète de l'ceuvre de l.alique comporterait des surprises.
Londres, en ce moment, otire cette |\)lie vision. Dans une salle jusqu'ici presque toujours occupée par des collections de maîtres anciens, chez -Agnew, dans un décor ordonné, par les soins de Lalique, d'un sobre lu.\ede broderies HoiaL's gris et or, où se répètent dans le relie! léger de la broderie des motifs chers à l'artiste, les pUi-^ b.'aux Lali.]UJ. pas tous, sont exposés dans les
liTUDE Di: COQ D'jfrès r.iqii.ii\'lle de A'. Laliqnc.
TKTl-; DIC FKMMi; Le fvonit'y fAStcl de R. LjiUqne.
\itrines légères quj l'artiste a dessinées, et c'est un grand succès auquel applaudit la critique anghiise.
Déjà Laliquj avait exposé à Londres la collection de ses esquisses, de ses aquarelles, et l'intérêt était grand, moindre toutefois qu'avec l'ébUmissanie réalisation des pierreries, des ivoires, des blondes écailles, de la profondeur d'ambre chaud des topazjs, moindre puisque tout l'art de Lalique est lait pour aboutir à l'harmonie complète et que la matière précieuse, facette de lumière, calculée comme élément de beauté, est nécessaire à cette harmcmie.
Mais, il cette exposition actuelle de Londres, on peut voir, parmi le ruissellement des joailleries, un simple carton à dessins, orné d'une plaque d'ivoire où passe, léger comme un jeu de p.uagj.;, un élan furijux de W'aikures. (^est là comme la démonsiraiion que l'art de Lalique ne doit à la beauté des choses qu'une partie de
sa vertu, et que s'il est le plus habile de nos artistes décorateurs, il est surtout un artiste, des plus variés, des plus féconds, et des plus originaux de l'heure actuelle.
C'est pour bien indiquer quelle est chez cet artiste décorateur, chez ce sertisseur de gemmes, la part du goiit, la part de la conception, de la préparation, que nous avons préféré, pour le commentaire d'images que renferme cet article, recourir à ses cartons plutôt qu'à ses vitrines.
Les bijoux de Lalique sont connus. On sait moins de quel art il arrive à les créer et le degré de travail de sculpteur et de peintre que requiert son labeur d'ornemaniste.
Les surprises que nous apporteront, du chef de Lalique, les prochaines années, procéderont de ce travail de préparations, de ses recherches d'inédit et de rare dans toutes les branches de l'art décoratif qui peuvent rehausser la parure féminine.
Il est bien certain que Lalique ne se contente point du rule initiateur qu'il assuma dans le
renouveau de l'art décoratif, en renouvelant la joaillerie. Maître d'une théorie et d'une technique, certain d'une esthétique personnelle dont le succès d'art lui confirma la justesse, il étend ses recherches et essaie l'application de cette vision harmonieuse à la création d'ensembles décoratifs et architecturaux.
La création de son hôtel, ses dispositions de salles d'expositions, l'élaboration de grandes frises comme celle qui triomphe en ce moment à l'Exposition de Liège, sont comme les amorces des voies nouvelles que sa fantaisie tentera, et bientôt, après avoir établi qu'un des genres de l'art décoratif, et un des plus vastes, a été régénéré par Lalique, au temps de ses premiers efforts, la critique pourra noter l'influence de son esthétique sur l'essence de notre art décoratif et le grand style neuf auquel il doit aboutir.
On voit très distinctement s'affirmer cette deuxième manière de l'artiste.
Qu'elle doive être féconde! personne n'en saurait douter.
GisTAVH Kahn.