TAUREAU DE TORTOSE
LE FOYER DES ARTISTI S A LA COMEDIK-FI! ANCAISE
Un Musée de l'Art Dramatique
liL'STE DE MOLIERE, PAR HOfDO.N
M. Dijardin-Beai-metz, dont l'csprii d'initiative se manifeste aussi largement qu'heureusement en faveur de l'art et des artistes, consentira sans doute, quelque jour, à jeter un coup d'œil sur le projet, depuis longtemps rêvé par nous tous, d'un Miisce de l'Art Dramatique Français, dont me parlait, hier encore, M. Jules Claretie.
Remarquez que je ne dis point : un Musée de la Comédie-Française', car les opinions sont tellement partagées sur ce point, parmi nous, les premiers intéressés, que je ne me soucie guère d'être honni par ceux de mes collègues qui protestent contre l'idée de dépouiller la Maison de ses plus chères reliques, au profit « d'une Fondation vague et d'un intérêt relatif .>.
Il faudrait ne pas < dépouiller » la Maison, et concilier toutes choses.
Une occasion nous est otî'erte par le prochain transfert de la Cour des Comptes ; un mot de M. le Sous-Secrétaire d'État pourrait nous aider à rendre certains locaux du Palais-Royal à leur première destination.
Telle salle, bien éclairée, et soudée à notre théâtre, donnerait asile à quelques-unes de nos (euvres d'art; et l'on essayerait d'y constituer la première mise du Musée de l'Art Drama-
i;.\KT ET LF.S ARTISTES
TiQi-E, en se gardam d'en taire un Musée des Erreurs I...
Le moment ne serait peut-être pas mal choisi, étant donné que cette Douceur Je Croire dont parla tendrement, naguère, .lacques Normand. est mise, depuis quelque temps, à une rude épreuve, en ce qui concerne le glorieux passe de notre Théàtre-Fransais.
Les déductions que les meilleurs d'entre nous tirent, par dandysme, de l'idée de Tradition, en la montrant si compliquée, si diffuse, sembleraient prouver que cette Tradition est plus facile à nier qu'à expliquer simplement. Pourquoi ne point continuer à la pratiquer tout naïvement, et à l'adapter, avec choix, aux besoins de la Maison, bien que nous sachions, à part nous, de C[uoi il retourne: Nous en arriverons, à force de subtilités japonaises, à ne plus rien laisser debout aux quatre coins de notre Maison, dite de Molière.
Ce procédé scientifique mis au service de nos afl'aires de sentiment, en an dramatique, va nous
mLLE DUBOIS lîN DIANE CHASSKRF.SSK
D'après la peinture attribuée à Van Lco.
MLI-E DESBROSSES D'afrcs h^ ycintiirc attribuée à Boilly.
conduire, sur le terrain de nos (euvres de sculpture et de peinture, à de graves déceptions.
Nous ne devrons plus admettre que des preuves, en tout 1
Gomment, alors, dans ces conditions, parler librement d'un Musée de la Comédie-Française ?
On serait tenté de murmurer :
« A quoi bon?... » puisque nous ne pouvons rien « prouver », rien '. la plupart du temps, au sujet de nos œuvres d'art ; puisque nous savons, au fond, que nos jovaux les plus vénérés, depuis le Molière de Houdon jusqu'à la dernière des iconographies, même contemporaines, sont de tradition fantaisiste} L'exemple m'en serait facile à donner...; mais passons... et essayons, quand même et tant bien que mal, de faire acte de bonne volonté, en reparlant lUnc fois encore!!, comme on fait d'un rèvc de folle jeunesse, de cette idée d'un Musée de ÏAn Dramatique; projet qui nous enthousiasmait jadis, et qui nous réser\a tant de déboi-
! AlJfîII 1 II'Ri:
MaclemoisL'llc Duclos i. Marie-Anne tle (".hateauneul
J>j>is le yole d'Ariane
POUTUAIT DE SlLVl.V D'après de Tvoy.
BAPTISTE AINE EN l8l2
Fj'jfrcs une fcintiitc de DroUiiig.
POKTRAIT DE FLEIRY ,I75o-l822 D'apii's la peinture de Gérard.
D'jfics }inc fcintnvc attribiicc à Davui.
tl-s 1 J'en appelU' à mon vieil ami Louis Leloir, qui joignit ses efforts aux miens, après l'incendie de lijoo.
Notre clier Georges Monval.
l'érudit archiviste, l'infatigable Molie-riste qui aura donné sa vie à l'histoire de notre maison, passa dix années à dresser, pièce par pièce, un livre consulté par bien des historiographes improvisés. Dans la véhémente et savante préface de ce livre : Cataliigue des Collections de la Comédie - Française , Monval concluait ainsi :
« Que le Musée actuel soit agrandi : c'est de toute nécessité.
Combien de dons ou d'acquisitions on renonce, depuis quelque temps, à provoquer ou à faire, faute d'espace! Où logera-t-on les œuvres promises?... » Suit une liste alléchante de ces œuvres '< promises » à notre Maison.
Il dit plus loin : « Espérons qu'au moment du déplacement projeté de la Cour des Comptes, on obtiendra, dans les dépen-
dances du l'alais-Royal, lui local digne de la Comédie et digne du public. On aura alors le Musée que réclament depuis longtemps, non seulement les comédiens, mais tous les amis de l'art, etc., etc.... "
Deniiérenieiu encore, en tête du livre de M. Dacier. M. .Iules Claretie, pour la seconde lois. l'ésuniail éloquemment nos différents desiderata sur ce sujet.
A quoi Cela a-t-il ser\i;... .\ rien, jusqti'ii présent.
-\ppelonsdonc, de conriance, respectueusement, et pourla forme, l'attention de M. le Sous-Secrétaire d'Etat sur la prochaine disparition des services publics installés au Palais-Royal.
Pour les détails complémentaires, je renvoieles amateurs aux idées émises par Georges Monval, et paraphrasées plus tard par M. Emile Dacier.
En attendant la réalisation de ces beaux projets, M. .Armand Dayot a eu l'excellente idée de vulgariser, pai- la reproduction photographique,
PORTR.ilT l)i; RlOdNIER, PAR .T.-i:. DICLAL N.W
plusieurs de nos portraits de la Comédie, voire un superbre marbre, choisis parmi les sujets qui restèrent à peu près inédits.
Nous allons donc brièvement passer ces sujets en revue :
L'admirable buste en marbre de Croizette, par Franceschi, est donné pour la première fois. Jamais, disons-le, le délicat statuaire de la Fortune et de VAndromède, v\s\h\e seulement dans le parc du château de Saint-Gratien, n'a dispensé plus de poésie, de verve, de liberté française, que dans l'exécution de ce marbre, supérieur (le contraire arrive souvent) à la première épreuve en terre, caressée par les mains et par l'ébauchoirde notre regrette ami. Que de souvenirs ce buste me rappelle I... S'être enthousiasmé de tant de beauté, de tant de lumière... et voir la fin sinistre de ceux-là qui semblèrent à tous si favorisés du destin ! — La dernière fois que je vis le mari de cette