L.'^ MÉNAGÈRE
[D'apii-s une pciiilttri' i/. Omidiii.)
dans les parcs, la nuit, alois que le chant douloui'eux du rossignol fait ti'essaillii' la nature entière. Il ci.iint les aventures où le hasaid mène les cœins, où le doute et l'inquiétude ravagent la pensée. 11 est lerre-à-terre. tianqiiillement épris du réel qu il peut atteindre. Mais il n'enseigne pas l'égoïsme et la dureté. 11 est comme le consolateur frateriH-1 de ceux qui ont vécu toute leui' vie dans le même espace mesuré.
Avant le poète qui a célébré l'horizon proche et fintimite du bonheur paisible, il a dit. lui aussi, en son langage mesine :
Tout i-onheur que l.i main n'atteint pas n evl iiu'un rêve.
11 n'a pas choisi la vie. Mais on ne choisit pas la vie. C'est elle ^\\.\'\ dispose de vous, qui vous offre ses biens, sa realite, qui vous convie à la comprendre et à la goûter à votre heure. Scrutezla, aimez-la. et vous saïu'ez la voii' telle qu'elle est et l'agrandir par le rêve. Chardin, qui n'est pas un
LART HT I.1:S ARTISTHS
SINGF. PEIGNANT (D'api h uih- pcinliiii- clc Chjyiliii.)
Mii^ec .tu Louvre.
Colleclioii II de RoltschiU.
LE l'KINTRF.
(D'apr'ii iiih- p.iiitiir,' de Chmliii.)
Cotleclioii H. Je Knthsihil.l.
LA KAVAUDHUSE {ITaprh mu- p,iiiliiri- di Clxirdiii.)
L'ART FT I.rS ARTISTPS
chimérique, n'est p;is non plus un pleunirii. Il ne se résigne p;is a cniitie-cd'in'. il accepte d'un avuv joyeux. Ce logis bien tenu, ce décor o|-donné, cela lui suffit, et il \()us conseille de vousen contenui-.
Sa muse, c'est cette femme en bonnet blanc assise devant le dévidoir, ou qui préside au goûter de ses lilles, ou qui apporte les provisions poLU" toute la maisonnée. Elle est honnête de visage, et son labeur est vaillant. Les Concourt ont vu en elle la foite mère du Tiers Etat, reprenant pour leur compte la cui'ieuse expression d'une brochure du temps.
Cet art de raison, cette poésie du chez soi, c'est Chai'din. S'il ne nous fiit pas entendre la voix mystérieuse et blessée de Watteau. il ne déclame pas. du moins, le mélodrame sentimental de Greuze. On le connaitra bien, si son œuvre est un l'nui" l'assemblée en une exposition glorieuse, comme Viigile josz l'avait demande en iSqq, lors du centenaire de la naissance de Chardin, il est toujours temps de mettre un tel projet à exécution, et je compte pour cela sui' Armand Dayot, qui a célébré Chaidin avec la plus tendre admiration, l'an deinier, dans la Graiidt' Revue. On verra là un certain nombre de merveilles, on peut l'affirmer sans crainte. Chardin est surtout un maitre de la nature morte, c'est entendu. Il n'a pas la puissance des grands portraitistes, et son art, qui a des contacts avec l'art des maîtres hollandais, n'a pas 1;: richesse veloutée d'un Pieter de Hooch. ni la clarté singulière tl'un Jan V'ermeer de Deltt. On pouriait bien
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LA RECURF.USE
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tout de même réviseï' le jugement qui classe Chardin comme un spécialiste. Le portrait d'Aved, de la collection Bureau, connu comme le Chimiste, le Souflleur. le Philosophe, reproduit ici. e>t unecruvre admirable, qui montre Chardin un grand interprète de l'expression humaine. Ft toutes les ligures d'existence intime si elles sont réunies, achèveront de mettre en valeur ce grand piintre modeste qui élaborait une incompai'able histoire des mœurs di' son temps. GusT.wt Ghi-froy.
La Reconstitution du Retable
de l'Agneau de Gand
EN Jcpil lies snrcasiiics dont ni'oiU onitilic VV. H. |;iiiies \\'e;il(.'. L|iii inc ti;iik' i.i';igathopèJe. et Jolis Kaii Huysmans qui m'intlige un patiiotiini bien senti dans un de ses derniers romans, je rêve pour la ville de Gand la grande destinée. Il nie semble même que, pour une t'ois, il sera bien difticile à ces hommes éminents de me refuser leui appui. Je souhaiterais que le fameux Retable de l'/^i; //(•.?//, reconnu par plusieursgenérations pieuses comme étant l'œuvre de Hubert et de Jean Van h!yck, autrefois admiré dans l'éiilise Saint-Bavon de Gand, et depuis éparpille en plusieurs musées d'Europe, fût réuni et reconstitué pour une période à débattre, et offert à nos enthousiasmes. Les gens de Gand que M. Weale honore volontiers de ses ironies, auraient une occasion unique d'attirer l'Europe à eux. Le pèlerinage, jadis interrompu par la dislocation du chef-d'œuvre, retrouverait toute sa faveur, augmentée de nos snobismes modernes. Car je n'apprendrai à personne que l'histoire de l'art a. pour point de départ, ce monument unique, que tout vient de là, que sans les Van Eyck, et notamment sans VÂsineaii, nous nous fussions péniblement traînes à la suite deGiotto. sans avoir connu la peinture à l'huile, dont les deux frères on tin venté les secret s entre 14 lo et 1441.
On a écrit sur cette admirable pièce tant de choses singulières, on a prononce tant de mots étranges, fomni tant de théories bizaii'es, à distance souvent, que les gens sincères voudraient de tout leur cœur entrevoir un instant cet ensemble merveilleux. Certains schismatiques n'ontils pas la pensée que l'cruvre n'est pas une ; que c'est là une entreprise, comme toutes les entreprises du quinzième siècle, conhee à un maitre de l'œuvre, et exécutée sous sa direction par une équipe d'ouvriers habiles? L'essentiel serait donc de discerner dans la pratique de chaque élément constitutif du Retable, la part de ces exécutants, et d'en disserter plus sûrement. Or, ceci ne se fera jamais sans une restitution complète du monu ment, sinon dans sa forme originale rigoureuse, au moins dans ses grandes lignes.
Dans l'instant, ceux que ces études passionnent sont tenus à des voyages lointains et coûteux, à Gand, à Bruxelles et à Berlin. Rentrés chez eux, même avec leurs notes prises, même avec le secours de la photographie, il leur manque toujours lelement utile, la juxtaposition des pièces. A
piemier examen, la compusitioii générale parait unique : dans le principe, le carton avait pu être arrêté delinitivement par le maitre de l'entreprise. Cependant il semblerait que certains panneaux fussent d'une autre main, que l'in\entiiin première eût subi des moditications. et qu'une pâte unique n'eût pas servi à la peinluie de toutes les pallies. Sans doute on répondra avec M. Weale que la cause est entendue, qu'une inscription retrouvée sur l'un des fragments de Berlin nomme Hubert et Jean Van Eyck. que ce que Hubert n'a pas fini a été terminé parjean. Bien mieux, la part dejean est facile à isoler, puisqu'il n'est pas allé en Italie, et que certaines parties du Retable nous montrent des plantes de l'Italie du Nord. C'est donc que Hubert y serait allé, lui: etc.. etc..
Je ne discuterai pas ces opinions qui peuvent être vraies, en dépit de leur singularité. Je ne discutei'ai pas plus l'insciiption macaronique découvei'te à Berlin par Waagen. Elle concorde avec les diies de van Mander, et s'adapte à la légende. Mais il y a lieu de craindre ces inscriptions qui prouvent trop de choses. L'unité de l'iruvre une bonne fois établie par le groupement des panneaux, il sera temps de cl.erchei" si réellement maître Hubeit fut le metteur en œuvre du Retable ou s'il n'ei-i t\\l que l'uLuaiei' piincipal : s'il est allé en Italie ou s'il entendit les conseils d'un autre. On a beaucoup fait, mais on n'a pas /oui lait.
On objecte que celte pi'opositiun de lestitutinn momentanée se heurtera à des difficultés insurmontables. Bruxelles prêtera peut être son Àilani et son Hvi\ mais le Musée de Berlin ! Exposeï' à un voyage de telles merveilles parait une barbarie. Certes il y aurait des risques, mais ces mêmes panneaux n'ont-ils pas beaucoup risqué lors de leur premier voyage de Gand à Berlin? Ces questions sont aujourd'hui de celles qui se résolvent, quand un intérêt capital est en jeu, et les érudits allemands sont les premiers à en admettre la possibilité. La vraie science est libérale, elle opère au grand joui', elle aime à se leiidre compte, et à ne parler que de ce quelle sait bien. Une passion intense, née de sincérité historique, règne chez nos voisins. Ils n'aiment point le ibûiivinisiiiiis, ils me l'ont dit par la bouche de .M. Friedhender. Cette fois mon chauvinisme serait écarté, car je ne suis pas de Gand, bien que sacré agathopède.