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LE CHKVALIER ROMERO ET LE CONNÉTABLE DE BOURBON

d'abord à Modane en i8()5, et plus tard à Londres en iSqi.

En x'oici le contenu :

An Cardinal Faiitcsc.

\'itL'ibe, le il> iiovciiihi'f \b~Q.

« Il vient d'arriver à Rome un jeune Candiote (ou Cretois), élève du Titien, qui parait remarquable Comme peintre; et, entre autres choses, il a fait un portrait de lui-même, qui est en train d'étonner tous les peintres de Rome. Je désirerais le placer a l'ombre {dans l'entourage) de \. S. Ill'"" et Rev. sans autre dépense en dehors de la table et du logis, pendant un court séjour au Palais Farnesc, pour quelque temps, rien que pour lui donner les mo\ens de se tirer mieux d'alTaire. Mais je prie et supplie à \'. S. qu'l'.lle veuille écrire au comte Ludo\ic, son majordome, pour lui faire ocliover une chambre dans lehautdudit palais: V. S. 111"" fera une œuvre vertueuse digne d'EUe, et j'en demeurerai très obligé. Et je lui baise les mains, avec révérence.

« De votre Seigneurie Illustrissime, le très humble servant,

" Don JiLio Clovu:). "

Ce Julio Clovi(),dont la lettre affirme le séjour du Greco à Venise et près du Titien, ainsi que son vovage à Rome, lui un des plus grands miniaturistes de l'époque, et un nombre important de ses travaux fut destiné aux bibliothèques de Charles Quint et de son fils Philippe II, le sombre fondateur de l'Escurial. Il v a des apparences d'une amitié possible entre le Greco et Guido Clovio, neveu du miniaturiste, qui était l'un des capitaines ati service de Venise ; de cette amitiéaurait pu naitre l'intérêt évident porté par Julio Clovio à Theotocopuli, et l'amitié du grand enlumineur expliquerait à son tour le voyage, fait au hasard ou par commande de travail, vers l'Espagne, encore en pleine possession d'une puissance plus éclatante que réelle. De son séjour à Rome, qui devait durer huit ans, il est resté un ténioignage indubitable

qui consiste en la copie du Mariage mystique de Sainte Catherine, d'après le Corrège; l'œuvre du Cireco dut être exécutée pendant son séjour au palais Farnèse, qui posséda le premier l'ceuvie du peintre au dessin délicat'.

Des documents authentiques, publiés en 1871) par M. Zavio del Valle, démontrent que le voyage de Theotocopuli à Tolède l'ut entrepris pour peindre le maiire-auiel de l'église de Saint-Dominique, dont une partie, l'Ascension Je la Vierge, l'ut cédée à l'infant don Sébastien, en échange d'une copie quelconque, et devenue, par la suite, la propriété de M. Durand-Rucl, de Paris. 11 reste encore dans cette vieille église tolédane un Saint Jean, qui doit être placé parmi les meilleures toiles du maître, et i\uc AJoi-ation des Bergers, aux réminiscences du Corrège, dont la première idée, et non pas une ébauche sommaire, figure parmi les toiles du Metropolitan Musenni oj Fine Arts de New-York. Le pendant de ce dernier tableau, une intéressante scène d'intérieur représentant Jésuschei Simon, appartient au collectionneur russe le professeur M. Ivan Stchoukine, heureux possesseur de huit autres tableaux de

Theoiokopuli, parmi lesquels la superbe Sainte Madeleineque nousreproduisons. Dansla toilequi représente Jésus che^ Simon, un détail très impt)rtant : la nature du plafond ;î.ve l'exécution de l'teuvre à Tolède, car ce n'est ni à Venise ni à Rome que le peintre crétois eût pu trouver un plafond ou coupole de ce pur caracicrc mudéjar. décelant le travail des Maures après la répression chrétienne. Le stvle du tableau, son coloris et le dessin deviennent donc les caractéristiques des travaux tolédans.

Les travaux du Greco à l'église de Saint-Dominique-le-Vieux satisfirent le chapitre de la cathédrale, et ce fut au peintre étranger que l'on s'adressa pour la décoration de la sacristie. L'œuvre demandée fut la Spoliation du Christ, et si Theotokopuli trouva en cette occasion une source de tracas et de déboires, du moins c'est grâce au procès intenté au Greco par un chapitre ignare que nous sommes en possession de plusieurs détails éclairant la mystérieuse existence de notre peintre. Chose digne de remarque, il se trouva à Tolède un expert, un Alejo de Montoya, qui estima l'œuvre de l'étranger au-dessus de ce que l'on voudrait et pourrait en donner. L'entêtement de l'artiste est manifeste, et le fait de réclamer l'aide d'un interprète, après trois ans de séjour à Tolède, explique bien des choses. L'incident fut clos quelques mois après par une sommation de l'alcade, qui le menaça de la prison s'il ne déposait une forte caution ou s'il ne corrigeait le tableau, suspect de quelques erreurs liturgiques. Les incidents du procès, son ignorance vraie ou affectée du castillan, malgré un séjour déjà assez long, apprennent, sans les expliquer, des originalités de caractère qui rendent naturels à son sujet les oublis des historiens du Titien et du Tintoret, ainsi que ceux qui s'occupèrent depeinture pendant son séjour à Rome. De tout temps, ce ne sont pas les gens aux abords difficiles qui jouissent de la faveur générale, quoique le temps doive s'incliner en leur faveur au moment dL's jugements définitifs.

Crest sans doute grâce à ces œuvres que la naissante renommée du Greco parvint jusqu'au monarque qui devait commencer la déchéance de l'empire

Jn P,

\A; GRl'^CO — poRiRAii i/iiom.me

I. Elle appartiL-nt de nos jours au Musée national du Louvre.

LE GRECO

Portrait de jeune homme.

(Ce personnage figure dans « l'Enterrement du comte d'Orga^ »)

L'Airr !•:

iss MrnsTKS

de Charles V. — Philippe 11 daigna commander au Grecoun tableau destiné à l'Kscurial. et, selon des documents de i5.So, le désaccord le plus logique régnait entre l'artiste, maître d'une puissante intelligence, et le monarque, maître de la force; il existe, en eti'et, des reçus d'envois exagérés de certaines couleurs, que le roi faisait adresser à Theotokopuli, en raillant des réclamations sans doute fort motivées. Quoi qu'il en soit, le désacord devint irréparable, puisque le Saint Maurice de l'Escurial fut la seule toile due au pinceau de Theotokopuli ; l'entourage du roi, les moines et les hauts fonctionnaires exprimèrent sans doute hautement leur dédain pour l'ceuvre du peintre qui emplova d'emblée les envois de jaune et de bleu d'outremer octrovés par Philippe II, et un écrivain du temps déclare, d'un air entendu, que ce malheureux Saint Maurice ne plut à personne.

Devant nous borner aux toiles jouant un rôle important dans l'histoire du Greco, nous considérons celle-ci comme la plus importante, non point certainement d'après sa valeur artistique, mais comme avant eu l'honneur d'attirer les foudres de la haine royale ; cette circonstance expliquerait seule la vogue de Theotokopuli parmi les gentilshommes castillans ses contemporains, et parmi les communes des villes environnant Tolède. Les grands seigneurs, en effet, amoindris dans leur puissance par celle du roi, et les coniniunes saignant encore du soulèvement tenté en i32i contre le pouvoir royal, donnèrent libre carrière à leur hostilité contre la monarque en protégeant l'auteur du Saint Maurice qui avait osé braver la toute-puissance du plus sombre et dur des souverains. En revanche, la contre-partie était soutenue par les courtisans et les moines, auteurs sans doute de la légende defolie qui plana sur le Greco, comme il arrive couramment, quand les hommes de génie sont jugés par ceux qui ne les comprennent pas. Les hommes les plus éminents de l'époque furent les vrais amis de Theotokopuli, et, parmi les plus fidèles, le moine Pallavicino ',

I. Dont un superbe portrait p;ir le Grecn tigure depuis peu au Musée de Boston.

LE GRECO PORTRAIT PRiisUMÉ DE LA FIÎMME DU PKINTR1-;

les poètes Gongora et Ercilla, et d'autres dont les noms sont moins familiers. C'est cet entourage qui dut contribuerpuissammentau développement de ce que l'on appelle les étrangetés du Greco, étrangetés qui deviendraient les oeuvres les plus logiques si nous connaissions en détail leurgenèse. La caractéristique de l'Eglise tolédane a toujours été d'être passablement frondeuse; ce n'est donc nullement étonnant que le cardinalQuiroza, cédant aux prières d'un curé de Saint-Thomas, fit la commande d'une toile au Greco. Ce cardinal Quiroza', oubliant les procès intervenus entre l'Eglise et Theotokopuli, et peu respectueux du dédain du roi pour les œuvres de l'artiste, eut le bonheur de recevoir l'teuvre capitale de ce peintre que l'on peut compter parmi ceux qui devraient avoir été l'orgueil le plus légitime de l'Espagne. L'Enterrement du Comte d'Orga^ représente la légende qui veut que saint François

I. Un portrait par le Greco figure à la Natiinil Gallcry de Londres. Une belle réplique a été récemment vendue par le chapitre de la cathédrale de \'alladnlid, au vu et au su de tout le monde.

et saint Augustin descendisscni du (".ici pour assister à rensevelissement du juste; ainsi s'explique la présence du Seigneur et des bienheureux ainsi que le coté disparate qui existe entre le dessin des assistants et l'apothéose qui remplit le plein-cinirc. Theotokopuli s'est chargé de nous donner un échantillon de sçs idées esthétiques dans les mots de sa main tracés dans la Vue de Tolède, conservée au Musée de cette ville.

Vers la même époque, le Greco produisit une autre œuvre remarquable, le tableau à deux tigures représentant le Capitaine Romero, sous la protection d'un chevalier armé, qui n'est autre que le Connétable de Bourbon.

Ce tableau, d'une correction qui échappe aux plus mesquines critiques, mvstérieux à la fois comme l'esprit de l'époque et du pays, et réaliste comme le futur art espagnol, est bien l'œuvre marquante de Domeniko Theotokopuli, arrivé à la possession d'une grande personnalité, après ses hésitations autour des souvenirs puisés en Italie. La grande série des portraits conservés, presque dans leur totalité, au musée du Prado, doit être placée vers cette époque, et jusqu'à la fin du xvi" siècle. Aux hidalgos espagnols dardant des regards encore vivants du haut des fraises rigides comme des carcans, il faut ajouter la figure de femme, superbe toile remplie de beauté, que l'on peut admirer chez Sir Stirling Maxwell, de Londres. Celle que nous publions n'a de commun avec le tableau cité qu'une ressemblance très accentuée. Parmi les amateurs du Greco, la figure en question passe pour être- celle de la femme du Maitre.

Pour clore l'énumération des principaux tableaux du Greco, il faut citer le Couronnement de la Vierge, de la collection P. Bosch, de Madrid', qui eut une influence indubitable sur le père de la peinture moderne, qui se nomme Vélazquez. Cependant, par la différence des deux tem-

Cnl. P. Bosch.

LE GRECO PORTRAIT DE MAYNO, lÎLICVi; Dt" GRECO

aux profondeurs des investigations trop poussées, se contentait de peindre avec une admirable vérité deux braves gens couronnant une bonne dame

assise sur des nuages faux.

La renommée dont jouit le Greco devient de plus en plus grande. Après les travaux tronqués et incomplets du professeur .lusti, les articles des journaux et revues', les recherches de M. Sanpere y Miquel publiées en partie, les contributions peu importantes des écrivains grecs contemporains et les commentateurs attribuant au Greco des noms tout au moins imprévus', des œuvres plus complètes s'annoncent comme devant

péraments, tandis que le Greco, homme affiné, paraître simultanément en Angleterre, en France, ayant vécu dans cette Italie ouverte à toutes les et même en Espagne. Sans doute, les points de idées et prête à toutes les luttes, rendait l'esprit vue des écrivains ou des critiques qui parleront mystique de cette conception théologique, le bon Diego Velazquez. qui n'était ni rêveur ni ouvert

I. Qui possctic aussi le portrait de Mayno, l'clcve prcférc de Theiitokopuli. L'œuvre du disciple est encore englobée dans le chaos qui marque les peintres secondaires espagnols.

1. \'nir : Xeilschrift fiir Bildoidc-Kiinst. N" S et ii. \'lll' année (Leipzig). Hispaiiij, N" 71. Barcelone. — La Lcctiira (divers numéros), Madrid. — Forma, premier volume. — L'Œiifie de Zarco dcl ^'al!c, Madrid, 1870, et la Peinture espafçiiole, par Lefort.

2. l'n des plus estimés critiques de l'aris a écrit un article de polémique sur Matteo (?) Theotokopuli.

de Thcotokopuli nous le niontrcrom sous des jours variés, mais le inysière planain sur sa vie sera-t-il Hnalemem déciiiré ? Connau-on au jusie l'œuvre complète' ? Les honneurs rendus par des groupes d'enthousiastes, la valeur des acquisitions les plus récentes, et les statues Jri-ecs ou a ériger 2 demeurent des laits absolument indépendants de la connaissance de l'histoire. Celle-ci

I. Rien qu'à Paris, nous connaissons, en Jeliois .lu tiblcau du Louvre, qui n'est pas une œuvre capitale, deux tableaux que possède le peintre Dc^as, dont l'un provient de la vente Millet, qui l'aimait sans mcmc soupçonner I existence du Greco. U taut encore ajouter aux tableaux cites au cours de cet article, comme existant à Paris, ceux des collections Robaut, Duret et du Prince de Wanra'm et la belle réplique de la Spoliation du peintre DelU, ainsi que trois toiles de Mme veuve Escosura.

2. Un groupe d'amateurs de Barcelone criycait, il v a quelques années, une belle statue au Grecn, .hms lapjiii'e

ne nous apprend, dans ks qucKpics lambeaux livi-és, que les faits cités au coLirs de cet article. i'uissent les livres que l'on annonce de tous les cotés appniter à la -loire croissante de Domcniko Theotocopuli l'appui des faits qui aiouicni a la valeur anistiqtie d'une cetivre l'appoint d'un événement la rendant plus inieressanie. Tant que ce désir ne deviendra un fait acquis, le peintre de riùitcrrcincnldii Comte if Or s;a:[,dc^ portraits de Venise, de Rome et de Tolède, demeurera le Cîreco mystérietix et troublant.

MioL'Ei, Utrh.i.o.

ville de Sii^es, ,,u le peintre Rusn-ml possède un musée pidilic contenant dners tableaux du (Ireci.

Rodin, au retour d'un voyaj>e a Tolède, ollm :n, peintre /.uloaga une statue gi'nereusemcut modelée, destinée i un monument que l'on pouvait ériger à Tolède.

■ Hcn.cU:

Lt: GULCO, I>AR LL'l-llK.\n-;

LES CHEVAIX Df SOLEIL, PAR ROBERT LE LORRAIN au-dessus de la porte des écuries.

Un Monument à sauver

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