LE GRAND SALON
Cartouche d'angle de la coniiciic.
Jean-Jacques Henner
ON peut dire que l'aitiste éminent qui vient de mourir était entré de son vivant même dans la postérité. Ce n'est pas qu'il eût cessé de produire ou que ses dernières œuvres fussent inférieuresà celles qui avaient fait sa réputation, mais son talent égal et incontesté, toujours semblable à lui-même, . lui avait déjà assuré dans notre école la place qu'il ne doit plus perdre.
Ne demandons pas à M. Henner, tout pensionnaire qu'il ait été de la N'illa Médicis, de grandes compositions à plusieurs personnages : un de ses tableaux les plus complets est son prix de Rome: Adam el Eve trouvant le corps d'Abel { i858 ) , et rarement ses toiles contiennent plus de trois figures.
Mais, si peu que l'avenir réserve des noms de nos
peintres, il gardera certaniement celui de Jean- Jacques Henner.
C'est un tempérament d'artiste singulier, que cet Alsacien qui fait penser au Corrège, que ce virgilien des Vosges et des bords du Rhin ; d'autant plus que, à l'en croire, il n'attacherait d'importance qu'au rendu, qu'à l'exécution du morceau ou tout au plus à l'ensemble pictural de l'œuvre, sans se préoccuper le moins du monde de sa signification et de sa poésie. Or il se rencontre que ce brave Alsacien, cet excellent ouvrier, est un vrai poète et qu'il donne un cachet de poésie à tout ce qu'il touche :
Qiiidquid tentabat scriberc versus erat.