LINA CAVALIERI
tent guère des sentiers battus, et en ne trouvant rien dans l'orchestre qui parût justifier le moindre emballement, je me disais que tout cela valait évidemment mieux que beaucoup de partitions des jeunes compositeurs italiens, mais qu'il n'y avait pas lieu de crier au miracle.
Heureusement, dès les premières mesures du prélude de l'acte suivant, l'impression change. La musique se transforme tandis qu'augmente l'intérêt de l'action; l'atmosphère, dont l'auteur veut encadrer son tableau, est créée avec une sûreté jusqu'ici insoupçonnée; la justesse du coloris musical frappe les spectateurs les moins initiés; l'idée s'élève avec le drame qui la fait naître; la trame harmonique s'épure tandis que, des cent voix de l'orchestre, montent des sonorités qui nous étreignent et nous
glacent d'épouvante; le rideau s'ouvre et laisse paraître à nos yeux un coin de cette Sibérie glacée, où de pauvres hères, brises de fatigue et de froid, attendent le passage du triste cortège des prisonniers montant au calvaire. Un instant, ces infortunés semblent oublier leur désespoir, puisqu'ils vont bientôt revoir, hélas! pour d'éternels adieux, ceux qui leur sont chers. De p ittoresq ues mélodies russes achèvent d'établir l'ambiance.
Mais voici que, dans le lointain, traîne un chant populaire, chant dedéscspérance et d'oubli, monotone et lugubre comme un jour sans fin.
Peu à peu, le thème devient de plus en plus perceptible, jusqu'à ce qu'il éclate très poignant au moment de l'arrivée des prisonniers.
Puis c'est une scène déchirante qui se déroule entre Stephana et son amant, pour aboutir à une reprise grandiose.en valeurs augmentées et en fortissiniu, du chant des bateliersdu Volga.
C'est d"une émotion dont aucune phrase ne peut donner idée. Lt tandis
que les voix se perdent à travers les steppes, une pauvre femme, avec son enfant, envoie des baisers au vieux père captif qui ne doit plus revenir.... C'est simple et touchant au possible. Et lorsque le rideau tombe, on se sent pris d'une angoisse à nulle autre pareille.
Le troisième acte, sans avoir la tenue du deuxième, est cependant une fort belle chose. Très curieusement présentées, les chansons populaires produisent grand effet. Je ne pourrais assez louer la belle déclamation des récits mélodiques de Gleby.
Mais ce qui m'a principalement frappé, ce sont, à côté des cris de passion vraiment prenants, les ca-