‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 14 sur 99 · ÉCOLE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ÉCOLE FRANÇAISE

C'est avec une sorte de religieuse ferveur que les plus grands maîtres de la peinture ont cherché à fixer pour l'éternité la fugitive vision de leurs plus belles contemporaines, alors même que l'analyse de la figure humaine n'apparaît qu'accidentellement dans leurs ueuvres.

Et cela est aussi vrai pour les peintres de tous les temps et de toutes les Écoles que jiour les peintres de notre École du .\viii<^ siècle, dont nous entretiendrons ici tout spécialement le lecteur, à l'occasion de cette Exposition des Cent Portraits de femmes. — organisée par/'.l W et les Artistes, au profit de la Société de secours aux familles des marins français naufragés,- — exposition d'une si haute tenue d'art, d'un aspect si charmeur, et qui met en pré-

sence les deux ])liis brillantes Mcoles de jieinture du xviu<' siècle, l'une avec le charme incomparable de sa grâce extérieure, l'autre avec les fortes qualités de son métier savant et la pénétration de son analyse ps\xhologique.

C'est en effet sous les séduisantes a]>parences de la Femme, dejjuis les images de marbre des \'énus antiques, portraits divins de la mère d'Éros, jusqu'à celles des belles favorites de la Régence et des spirituelles comédiennes de La Tour, de Fragonard, de Reynolds et de (iainsboiough.... que les grands maîtres de l'art ont roninnmié de la plus triomjjhante manière.

Pifiii ilfll.i EiaïKcsca est au^si i^iaïul par Irs <HU'1(HU-^ (li'liririisrs ri sdiii iaiilc's iinai;t^ i|u'il iH>us a lai^^rrs <lc ses ln-lKs et arisliui al i(HK's tcuitenilHH.mio i|Uc \'a\ toutes m> MaildiU's et m> a)nl^)o^ilil>ll^ i rliL;i('Uscs. l.a liiu- silluiiul tf «le (iiovanna Tdi nahiiiiiii, au ( ol ilt- cNf^nic. ilnut la i;iàcosuiluuu,iiiii' illuniiuc 1rs uuii s dv Sanl.i M. .lia Xcivella. a plus

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LauretleDiauti a

la gorge chloiiis-

sante,... jiosèieiii

devant eux.

N'est-ce Jiasdaiis

la froide et éiiig-

matique ligure

d'Eléonore de

Tolède et dans

la fine et austo-

cratique image

de Lucrezia Pan- 'Mus. r i

ciatichi que l'art

pénétrant du Bron/Jno, auquel M. Henry ^larcel

consacrait tout dernièrement une si remarquai île

étude dans cette Revue, s'est exprimé avec le plus

de noblesse simple et de force impressionnante ?

Et serait-il téméraire d'affirmer que les portraits

de la Femme à l' éventail de Buckingham Palace et

de la Vieille Femme (cette merveille) du Musée

de l'Ermitage eoiiqiteiil parmi les plus purs chefs-

d'cKUvre de RenibramU et contribuent autant à la

gloire de son nom cpie la fameuse Ronde de nuit et

^es tragiques Descentes de croix ?

IvuIhIIs

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me ii'a-i-il ])as en quelcpie sorte

[uelle pié(ieuse mesure, quel art

eiidi ur de cdloris, toute l'essence

et somptueux génie dans le por-

lîiaudt du .Musée dr Munich?

multiplier, presque à l'infini, ces

exemples à tra-

\eis les diverses

Ecoles de pein-

tille.

A l'épocjue qui nous occu])c, les mêmes ])hénomènes de conleiilration synthétique des plus rares facultés des artistes sous les apjiarences de l'image de la Femme se j)roduisent également très souvent. Une simple revue des grands l)eintres de transition,c'est-à-dire de Rigaud et Largillière, au dernier peintre de cette charmante époque, au précurseur direct de la réaction classique,c'est-à-dire à F r a g o n a r d , suffit à le prou- \er.

XATTIER — MAi.;ii-:-Anin,AïDE de France

Kigaud et Largillière produii."u\r< ) ront presque sans

trêve pendant près de la ]iremière moitié du xvill^ siècle. Plusieurs (le leurs chefs-d'.euvre, les plus universellement connus, dateront de cette époque. Et cejiendant les noms de ces deux artistes, dont l'activité ))rodigieuse se prolonge bien après la mort de Watteau, restent attachés à l'histoire de la peinture du xvii'^ siècle, et il suffit de les prononcer pour qu'aussitôt s'ébauchent, puis se précisent, dans le souvenir, les grandes et solennelles images de Louis XIV, de Colbert. du duc de Noailles, de Le Brun, de Bossuet,... dans leur lourd décor de tentures de pourpre.

r.. CiKI^UZE PORTRAIT DE LA DLXHl-SSIi Dli CUlOISIil I.

'C'.ilkction du tiaruii ICdnioiul de Kuthscliild )

LaigilliiTc et l'Jigaïul iiouiioiU, de 1700 à 1740, travailler sans relâche, se livrer à une incessante production, avec parfois un très visible souci de réagir contre un maniérisme ])ompeux, dont ils furent trop souvent victimes, contre une affectation tombée en discrédit, ils demeureront dans l'histoire de l'art comme les inter])rètes les plus autorisés des attitudes jiompeuses, des accessoires somptueux et des perruques monumentales.

L'un et l'autre excellèrent surtout dans le portrait, et la persistance de leur notoriété est ))rincipalement due à la haute tenue décorative des images officielles ou gracieuses qu'ils ])eignirent, et dont les Xanteuil, les Drevet, les Edelinck, les Dcsplaces, les Vermeulcn, les \'an Schuppen,... ont popularisé le souv'enir

Mais tandis (pie l.ar;^illièie. ipii. comme Watleau, but à longs traits à la fraîche, linijude. réconfortante source flamande, ce qui lui i)ermit, comme au peintre des Fèlcs '^<il<i>ilcs, d'avoir une action bienfaisante sur l'École française au wiii*' siècle, se plaisait et excellait dans l'interprétation des traits de la Femme, Rigaud se distinguait dans l'étude de la ligure de l'homme. Ce qui ne veut jias aire qu'il ne sut jias s'illustrer dans la peinture des beautés de son temps. Ses ])ortraits de la comtesse de Caylus et de la superbe Marguerite- Henriette de la Briffe, dans son costume théâtral lie Cérès aux cheveux ])Oudrés. sont tles (vuvres de grand mérite. Mais c'était toujours avec une véritable inquiétu<le qu'il saisi.ssait ses pinceaux lorsqu'il voulait peindre un portrait de femme, et il

aurait nirmc dit, on parlant dv srs iiKulèk's tcniinins : « Si je les lais telles qu'elles sont, elles ne se trouvent pas assez belles ; si je les flatte, elles ne sont pas ressemblantes >>.

Largillière, au eontraire, grâce à la facilité vraiment prodigieuse de son junceau, savait, sans trop nuire à la ressemblance de ses modèles féminins, et tout en réalisant, en quelque sorte, un compromis entre le réalisme flamand et l'idéalisme conventionnel de son époque, faire éclore et fixer sur les visages, jiarfois vulgaires, des expressions caractéristiques d'une grâce fugitive qui les illuminait agi'éablement. Faculté l)récieuse qui lui valut Inen vite, aussi l)ien à Londres qu'à Paris, une clientèle dont il ne pou \"ait jias toujours satisfaire les exigences.

Le chiffre; des portraits exécutés par Largillière est considérable. C'est assez dire que la pluinirt des (euvres de cet artiste, prodigieusement dimé.

accusent sou\ <nt un métier trop hâtif, une exécution vide et flottante.

Mais sur cet océan de productions de commande surnagent quelques merveilleux chefs-d'<euvre, où se révèlent superbement toutes les qualités de métier et de composition acquises près d'Antoine Gcebauw et de Peter Lely : la Iraicheur du ton, l'éclat du coloris, la franchise de la touche, toujours libre et savoureuse,... puis la science des décors somptueux et des nobles attitudes.

Et dans ces chefs-d'(euvre Largillière devient l'égal des plus grands maîtres du portrait, et ici l'hyperbole cesse lorsqu'on l'ajipelle le \'an D\ck français.

On ne peut donc que féliciter le Comité d'organisation de la Section française de cette Exposifion des Cent porlraifs de femmes d'avoir fait une large part à ce noble et somptueux artiste, et surtout de l'avoir représenté par des chefs-d'œuvre indiscutables, comme le portrait de la Marquise de Migieii (collection Edouard Kahn), le Portrait de Thomas Germain et de sa femme (collection (lul-

benkiani. le l'uiiniil de Mlle Duclos, de la Comédieb'ra)tçaisc. ceux d( la Parabère et de la Baronne de Piiingins de la collection du vicomte Chabtrt, celui de la Comtesse de Dreiix-Brezé de la collection du baron Edmond de Rothschild, le lîiagnifique liortrait de la Marquise de Bo£;lioiie delà collection du marquis de (Tiapona\-,

Largillière lit deux portraits de Mlle Duclos, ou plutôt il lit de l'original qui figure à l'Exposition des Cent Portraits de femmes, et qui a]ipartient à la Comédie-Française, une réduction charmante, d'un dessin peut-être plus accentué et iilus précis et d'un dessin plus nourri, qui figure au château de Chantilly. La reproduction que nous donnons de cet excellent portrait a été faite d'après la toile du foyer de la C o médie-Française.

Largillière a représenté son modèle dans le rôle d'Ariane, rôle créé quelques années auparavant par la Champmeslé.

Le peintre paraît s'être inspiré de ces vers de Lamotte, qui était bien le poète désigné pour célébrer l'emphase un peu trop déclamatoire de la belle et plantureuse comédienne :

.\b ! qiif j'aime à te voir en [amante abusée Le visage noyé de pleurs!...

B. GREUZE — i'(

CH.VMPC

'CllK-tli'H du Co

IKTK.MT DE .m"' DE EXEZ

iiite (.rrlhillir.

Ce portrait paraît dater des premières années du xviiie siècle. Mlle Duclos. née en 1(170, jiouvait avoir trente-cinq à qur.rante ans lorsqu'elle jxisa devant Largillière.

Robert Tournières, comme beaucoup de peintres de son temps, s'efforça, dès le début de sa carrière, d'attirer l'attention sur son nom par rexécution de vastes toiles tableaux d'histoire, scènes m\'thologiques. tableaux religieux, immenses machines dont on chercherait vainement la trace aujourd'hui ; i)uîs, heureuse détermination qui lui l'ermet d'exécuter quelques (êuvres d'une assez intéressante originalité, il peindra quelques petites toiles de genre a]irès avoir demandé à Gérard Dow et à Gottfried Schalcken le secret de leur

NATTIKI'J

PORTRAIT DE M"'" DE LA PORTE, NEE CAIMARTIN (Collection du comte de Lariboisière)

clair-obscur et de la précision lumineuse de leui touche.

Mais si le nom de l'ouï nièrcsest parvenu jusqu'à nous, c'est grâce siu'tout à la réelle liabileté de rcimpositidU qu'il di'pldWi dans des groupements de portraits, et à d'assez subtiles leclurehes ph\'sioniinuqui ->.

H.Ulté pai' le soueeiiu" d'( )stade, et surtout de Mieris, il ehoisis'Slil de piidéren<-e des groupes de " dames de (pi.ilité n.

Il aimait les IcJlletter.

i-|i''i;an1es, i t , non sans ll,dilletc'', son plllei-au meliiuleux détaillait les iKiuds de inbaiis et les d.ntelles.

l'dUl bien iiilinaitic I (lumières, maille iiitc'-ressailt de second oi die.

en tant que peintre lie portraits île lemmes, il laul visiter le Mus,',' lie

Nantes, bien que. sur les trois toiles impiiiiant('s par lesipielles il s'\' iKiin'e représenté, deux aient subi de très regrettables retoiuTies. La nieiUture, à notre a\-is, est celle que nmis ri]niHluisoiis i( i in tète de cette étude, suus ce titre : l'niiiwils de jitmiUc vu /'icd il,i/i\ un ■sillon oiivriiiil sur int jaidiii (idS^-ijl)*!).

\'oici Xattiei, qui, rem hérissant encore sur le sonqitueux jum éilé' d'interpii'talion de Lai"gillière, \.\ diviniser ses luodèUs prnlanes, sciuvent très ])rolanes, dans tles décors ohnipieiis, mais avec une simplification de iletails, un sNinluilisme succincl. une originalité de cnneeptiuii (1 île métier qui le séparent lirusquenu'Ut des tiaditinns de l'iù'ole du XVII'' siècle et font de lui mie pei sunnalité très à part parmi les ])einties du .witi''. Nattier lut \aaiment le jieiiitie d'une l'inupie, l'interjuète quasi jirovidcntiel des types de femmes si particuliers de la Régence et de la première partie du règne lU' Louis X\', de ces beautés «aux grâces alourdies », de ces Junon et de ces Daphné qui s'appellent la marquise de Chàteauroux, Mme de Flavacourt, ilc>nt les charmes plantureux fout naitre les com- ]iaraisons d'Homère et de \'iif;ile il les font \'enir tout naturellement à la biniche du président Hénault ap])elan1 celle-ci : " Reine de l'I-'néide „, celle-là: « ("léoi>à1re ]iiipiéi.' par l'aspii- .^

La vogue de Xattier comme portraitiste fut

immense. Les femmes surtout sollicitaient comme une très haute faveur d'être ]îeintes par lui, et le secret de cet engouement féminin pour Xattier est clairement expliqué en ce.s quelqiies lignes par Casanova :

Il II faisait le portrait d'une femme laide ; il le peignait avec une ressemblance parfaite, et, malgré cela, ceux qui ne vo\aient que son portrait la trouvaient belle, alors que l'examen le [fins minutieux ne faisait découvrir dans le jiortrait aucune infidélité, mais quelque chose d'imperceptible donnait à l'ensemble une beauté réelle et indéfinissable. »

De 17 ;o à 17O3, Xatl'iiRlK'AlT |j|.j- i^-xposa presque ré-

gulièrement à chaque Srdon jilusieurs portraits, ]iresipie toujours des porfemmes. .\ussi le nombre d'images iii lui sont attribuées, et dont plusieurs ne sdut d'ailkurs que le médiocre témoignage d'un art facile et com'uitionnel, est considérable. Car si Xattier (I), se conformant au goût de réi)o([ue. rumme Antoine Coy])el, Van Loo, Aved. Raoux, nnihologise, allégorise et olympiiinisc ses modèles et s'efforce de mériter les hautes faveurs en jieignant avec conscience les maîtresses et les filles du roi, il s'abandonne avec trop de désinvolture à sa déplorable facilité lorsque, devant lui. posent des modèles de qualité moindre. De là les fatigantes uniformités de ses figures rondes et maquillées qui semblent j)resque toutes porter une manpie de fabrique i)luté)t que le sceau d'une

(i ) .\ntoini; Ciiypoi peignit .^drieune I.ecoiivreur en Curin-lic. nile presse de ses belles mains éplorées l'urne qui contient les cendres de Pompée. La marquise de Sabran; maîtresse du Kéfjent, a été représentée par Van Loo vêtue d'une simple tunique grecque, les seins nus, en costume de .X'éiius d'Ainathonte. Quant à Raoux. il divinisait toutes les belles dames de la Cour, toutes ks demoiselles de l'Opéra et de la Comédie- Italienne qui passaient dans son atelier. Il portraitura en prêtresse de Vesta déposant un sarment enflammé sur un autel la jolie Mme Boucher, femme d'un secrétaire du roi. Ce fut lui qui peignit, — et avec quel succès ! — Mlle Joussct en Diane, Mlle Quiiiault en .Amphitrite traînée par des chevaux marins, la jolie .\nir Trév.st. dr ropéra. en folle bacchante. Mlle Sylvia en 1 h.ilie, MU.- l ,ir..ii .11 naïade, dans une imdilé .'i peu prés complète....

traits léniinm

I.A Tdl'R — I.\ POMI'ADOrR KX BERGKRE (pastel) ir.,ll,<Mi..ii (1<- Mme la inar(|uise de Caiiay)

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