‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 15 sur 99 · NATTIER · texte numérisé non relu

NATTIER

DH BEAUPRE (dessin

originalité. Ici. tout respect île la physionomie individuelle est sacrifié à rin\-ention du décor et, sauf quelques t\pes d'orgueilleuse beauté, de l'ensemble desquels se dégage une sorte de type féminin de la Régence et de la jiremière partie du règne de Louis X\', la série des portraits de femmes de Xattur fait tio]) songer à une suite de jolies piiu]iées an\ jdues vermillonnées, aux grands veux fixes et doux, aux lè\-res vaguement entr'ouvertes et qui. engoncées dans leurs longs corsages rouges au.x broderies d'or et dans leurs robes fleuries, semblent toujours prêtes, à un signal donné, à faire la révérence, ou à jiromener, à l'aide <run mécanisme ingénieux, leurs archets sur leurs altos ou sur leurs violoncelles (i).

Chez Xattier, comme chez Largillière, d'assez longues recherches sont nécessaires à travers l'abondance excessive de la jiroduction pour arriver au classement des définitifs chefs-d'ceuvre. Mais ici encore la clairvo\-ance du Comité de l'exposition ne s'est pas trouvée en défaut, et il faut admirer sans réser\-e, dans les salles du Jeu de Paume, /(/ Femme à l'œillet (collection du baron Hein'i de Rothschild), la Martjiiise du Châtelel et sa fille (collection Michel Ephrussi), la Marquise (le Boglione, de la collection du marquis de Chaponay, la Marquise iVAutin (collection de Mme Edouard André), Mme de (aumartin (col-

lection du comte de l.ariboisière). l'admirable portrait de la fille de Mme Geoffrin (Musée d'Etampes), le jiortrait de femme de la collection Faniax-Murray.... etc.

Notre méthode chronologique de la revue des jirincipaux portraitistes de la Femme au xyiii^ siècle iiiius conduit à l'examen de l'ceuvre d'Aved. Il sera très rapide, bien que les peintures de cet artiste, d'une irrégularité de métie rdéconcertante, -nient assez nombreuses, mais d'inégale valeur. Il faut retenir toutefois dans cet œuvre, dispersé dans les Musées d'Amsterdam, de Valenciennes, du Louvre, de Montjiellier, de Versailles, deux portraits qui suffiraient à eux seuls à attriliurr, malgré la sécheresse un peu dure de leur exécution, une place honorable à Aved parmi les peintres de la Femme au xyiii"" siècle. Je veux parler de l'intéressant portrait de Mme de Tencin du Mu>ée de Walenciennes, et aussi de celui de Mme Crozat du Musée de ^lontpellier.

( )n attribua longtemps ce dernier portrait à Chartlin. On retrouve en effet dans cette vivante image de la femme du grand financier, amateur d'art et protecteur de Watteau, toutes les qualités de métier de Chardin, et, en même temps que le prestige exemplaire de sa technique, tous ses dons d'observation pénétrante et aiguë.

A l'heure où mourait Nattier (1766). à peine âgé de soixante-trois ans, mais déjà presque abandonné

(I) Voy. l'hi

(HaclR'lte <t Ci

m >L\' — ÉTUDE DE FEMME Klessiii)

lAin F.T LES ARTISTES

DUPI.ESSIS l'OKTKAIT DH M"" I.KXOIK (MKRK d'aI KXANDKH IKNOIK)

(.i|i|i.irli iiiiiit .1 Mme Lmoir)

L'ART ET LF.S AlvITTSTF

XATlTElv — l'DKTKAIT PKKSrMIL DE -M'" DE tHATEArK< )I'\ (appartenant à \r. F. do C.)

(Ir tous SCS biillants nioilrlcs. et le ciLiir lirisé ]>ar la MKjrt d'iui lils. jciuic pciiific de ^rand avriiii". qui périt dans le ril)ic, six mois ajirrs son arrivée à l'Académie de Fraiu c à i\oine, son gendre. Louis Tocqué (i(X)h-i77J), |ionr'-iii\-ait, an milieu de succès courants, obtenus aussi Lien en Russie et en Danemark, où il lait les (xirtraits des souverains (lu pays, qu'en Fiance, le cours d'une des plus superbes carrières d'arliste. Juscpi'à sa mort, aucim nuage ne \inl doubler la ]iarfaite sérénité de sa vie, it, à l'encontre de son liean-jière. ]ioiir qui la critique lut ]Kir{ois si miellé et si im[>ito\ able.

-.urtout à la fin de sa carrière, il n'enteml s'élever autour de ses (cu\res, qu'il eX]iosc au Salon, de 17J5 à ijho, que des concerts d'éloges parfois excessifs.

Ce qui ressort très visiblement de la jilupart des articles du temjis consacrés aux lenvrcs de Tocqué et signés des noms de Rachaumont, de Lafont de Sainte- Yenne, de (irimm lui-même, c'est la volonté de protester contre l'afféterie devenue latiganle de l'art de Xattier et de ses m\t!iologi(|ues attributions, et le désir très juste de vanter l'ait «le Toc(pié, art dont le beau portrait de

J.-li. (jKEUZE — JEUNE FILLE AUX CULO.MBES

(Collection Wallace)

la rollcction (k' Kanii, ox]i()Sc dans la Salle du Jrii lie Paume, ronfinne avec tant d'éclat la forte sincérité.

« M. Tocqué, dit Lafont de Sainte-Yennc dans son Saloji de i '^46, s'est tiré de la foule depui.s longtemps i)ar d'excellents ouvrages. Son portrait il'ime dame, un ])eu âgée, en manchon, a arrêté tout Paris. I.a bienséance de son ajustement, extrêmement conforme à son âge. a domié une idée

très avantageuse de l'original, et diamétr.Uenient o]il)oséo à rimjjression que fait avec justice sur le jiuhlic l'iTiipudence de celles qui, n'étant ni jeunes ni jolies, se font représenter avec les galants attributs de la déesse de la jeunesse et en ]X)mi)ons de couleins.... Le portrait de cette dame âgée est un ouvrage excellent. Tout y est fait avec un bon sens, avec un accord, mie vérité de couleur et de détail (jui ]ieut S(nitenir l'examen k' plus sévère ".

TOCOl'iv — PdKTKAIT DE FEMME fd.ssni,

Nous it^'iioroiis le imiii ihi jiorf-onnage qui inspira iittc ilcscripticui. Au prmiirr abi)i-il. un L'St i)orté à cn)iir (|n'il -.'aKit iln trts rt-niaïquable portrait de Mni^ ilc ( iiallign\-, que nous reproduisons ici, nnr dus l.otnics t(jilcs de Tocqué.... Ahiis la présence du luaiu lidii, dans la toilette décrite par M. de Sainte-'S'uuie, nous uiterdit de chercher plus lon^ti'uqis le \-isa,L;e de la ■ pirituelle anue de X'iiltaue à tra\'ers ces lignes qui nous disen.t as-.ez (pie 'I'(}C(iué. ])his attné <i\ie Xattiu ))ar le uu'-tère, par Iv dessous, par le siihsti-iiliiiii de la hgure humauie. se plaisait à hxer <le son iiinceau pénétrant dis traits déjà vieillis, mais singulièrement ennolilis et icinune spnilu.dise. ]iar l'intime ra\'ounement d'une ànie (|n'illnuiine la science de la vie. Louis Toc([ué suuble, lui aussi, avoir résumé U-s plus iorli's (pialités de son art dans des ima,t;es féminines. Les ]iorti"aU' d,- Mme ,1e (iraffi,s;n\' et île la reine Marie I^ec/iuska, lour. deux au Musée du Louvre, jieuvent être classés ))armi les meilleures (euvres de l'excellent peintre, encore cpie ses remarquables lacultés de coloriste et les ressources variées de son dessin souple et ])réçis se retrouvent aussi dans quelques-uns de ses jiortraits d'homuH's, et, entre autres, dans celui ilu marquis de ^larigin (Musée de \'ersailles) et dans ci'lui de la collection von André, un inir chel-d'ieiivre.

Nos s\ iiijiathies personiulles \(ai1 à la toile on

l'artiste a représenté, avec ime rare puissance de touche et un pénétrant esprit d'observation, le biau \isage souriant de ]\Ime de Graffigny, inodelé in pic ine lumière, et si gracieusement encadré d'une niant ille noire (pii se renoue sous le menton. On di\in(' qu'en jnésence de ce céduisant modèle, dont la splendeur des chairs, déjà miires.mais d'une fraîche et généreuse maturité, rayonne joyeusement sous l'action d'un esprit toujours en activité de jeunesse, le peintre s'absorbe avec une sorte d'ivresse dans le sacerdoce de son art. Rarement l'exécution d'une œuvre fut poussée avec une conscience plus grande, une joie de peindre plus sensible et une plus sûre habileté de pinceau. Ce portrait doit être contemporain de celui de la preiiiièie daupliine qui fut exécuté en 1747. C'étjait l'époque où Mme de Oraffigny, âgée de cinquante ans en\'iron, venait de publier ses Lettres d'une l'cruricnnc dont le succès fut si considérable.

Il est d'usage de considérer le portrait de Marie Leczinska comme l'ieuvre maîtresse du peintre. Pour notre part, nous n'v retrouvons ni les fines iiualités d'observation qui se révèlent avec un (iiaiiue si grand dans la figure deMme de Graffigny, ni le métier libre et savoureux du pinceau s'abandonnant complètement à la- volupté de peindre.

Devant son royal modèle, Tocqué paraît surtout obsédé par la volonté de réaliser rme effigie dont tous les ih^'tails, dont tous les accessoires partici-

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