LA N.MSS.WCE DE L.\ VIERGE
de \'e
■il
par
le maré-
chal de X'endùme, un boulet ruina à j)eu jirès la nuuailk' où était peinte la vie de samte ;\Iatleleine. C'est une perte irréparalile. L<i Saiiittécoutant la prcdicatioit de Jcsus, dont il reste un fragment important, est une merveille. Madeleine est devenue la j)lus belle et la mieux parée des courtisanes italiennes ; elle regarde lixement le jeune ^laître (jui lui révèle une vie nouvelle ; renversée sur son siège, elle est prise tout entière 'par la ])arole divine, le corps absent, ce lieau corps de volupté qui ne sera plus désormais que l'enveloppe méprisée d'une âme aimante et chaste. Nous touchons là au réalisme spécial de Gaudenzio Ferrari. De même que le Tintoret, il traite délibérément la peinture comme une scène de la vie quotidienne. IMadeleine est une courtisane milanaise bien plus nettement individualisée que les portraits florentins de (ihirlandajo à Sainte-Marie-Xouvelle, et le décor a une apparence de fidèle vérité. Les fresques de Saint-Christophe sont de la peinture de genre au même titre que les tableaux de l'école Saint-Roch à \'enise, mais Gaudenzio remplace la brutale violence du Tintoret, dans le sentiment comme dans la facture, jiar une distinction aristocratique que je ne saurais mieux définir ipi'en la comparant à celle de \'an l)\ck.
L'examen de Y Adoration des mages est plus concluant encore. Je ne crois pas que Gaudenzio ait cherché à en faire une peinture religieuse.
Quelques gentilshommes viennent présenter leurs dons à l'Enfant-Dieu ; ils n'oublient pas l'abime social qui les séjiare de la famille du charpentier ; ils sont venus à l'étable comme ils visitent les crèches à la Noël, avec ime dévotion un peu hautaine, mise à la juste place qui convient à leur rang. En fait, ils ont profité, pour voir le petit Jésus, d'une partie de chasse ; l'un d'eux tient au poing un faucon ; ils ont amené leurs pages, un singe, un nain, et ils vont repartir pour une brillante chevauchée. L'Adoration est devenue une scène de la vie seigneuriale, sans cette stylisation et cet arrangement qui font malgré tout des Adorations florentines quelque chose d'artificiel, d'éloigné de la vérité familière ; et c'est surtout ime atlmirable collection de portraits, ceux sans doute de la famille de Giovan-Angelo Corradi, prévôt de l'église de Saint-Christophe, qui avait commandé ces fresques.
C'est un milieu plus simpile que nous fait connaître la Naissance de la Vierge. Le sujet est consacré ; la \'ierge est assistée par des femmes qui lui portent à manger et prennent soin de l'Enfant. Le geste de celle qui mesure la température de l'eau, repris par Gaudenzio, se trouve dans nombre de fresques du xiv** siècle. Mais la vérité ici est plus intime. L^ne plantureuse Lombarde, la gorge découverte, nettoie quelques vases d'étain placés sur une crédence. Les humbles voisines de l'accouchée sont venues prêter leurs services, affectueuses, empressées, inconsciemment émues par ce mj'stère de la \-ie auquel elles ont été présentes ; elles sont engoncées dans leur robe de gros drap, la taille envelo]ipée d'un chàle, les cheveux serrés dans un fUet. Cro\ez-m'en, elles sont toutes nées entre Bergame et Verceil.
Le talent de Gaudenzio Ferrari est de ceux qui échapjient aux classifications habituelles, à ces for-
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mules générales qui s'appliquent dans leurs grandes lignes à tout un groupe d'artistes du même paj-s et du même temps. C'est un réaliste classique, et sans doute il n'est pas le seul des peintres italiens de la Renaissance qui n'admette point la vérité sans le
style. Mais il se séjmre d'eux parce qu'il recherche les vérités particulières dont ne se sont point préoccupés la plupart de ses contemporains. Point de ces types générau.x, plus sensuels qu'intelligents, qui peuplent les peintures du .wF siècle ; Gaudenzio
L'ART ET LES AimSTES
choisit (les figures de caractère, individualisées, variées, qui se dificrencient nettement les unes des autres. Les plus apparentes sont celles du paysan goitreux et du reître allemand, brute vigoureuse et joviale, heureuse île sa force physique. Parmi les autres que l'on remarque moins de prime abord, il en est quelcpies-mies d'une finesse, d'une réserve, d'une dignité (]ui ne sont pas seulement la marque de l'aristocratie de classe de ceux qui servirent de modèle, mais (jui sont surtout le signe de l'aristocratie d'esprit du ])eiiitre lui-même. Les fresques de \'erceil sont tout illunrinées p a r c e 1 1 e beauté intérieure : elles en prennent une ph\'sionomie particulière, élégante et hautaine, de rare distinction. Faut-il le dire ? ce ne sont point là des qualités fréquentes en Italie.
Rien des soni]itueuses repi'ésenta tions (] u ' a imaient la phqiart des peintres d'alors, mais ck' la vérité choisie, une pensée élevée et délicate.
Comparez la Ndissaïu-c de la l'ù-ro'f'. dans la cour de l'Annunziafa à Florence, le chef-d'ieuvre d'Andréa del Sarto, avec la Nativilc. à Saint- Christophe. Dans la Xaissancc, vous ne trouverez que de beaux corps voluptueux, de belles bêtes humaines, une caresse pour les j-eux et les sens. C'est une joie de l'esprit que donne la XalivUê ; on y trou\-e une pleine compréhension de la vie, dans ses vérités familières comme dans ce qu'elle a de ])lus noble, sans fadeur, sans faux idéalisme. La î\lère, humble et tendre, est agenouillée devant Jésus cpie soutiennent des anges ; des paysans contemplent la scène, dont l'un a la tête intelligente et rude d'un penseur rustique ; deux anges musiciens, sans cesser de jouer, se penchent jiour mieux voir l'Enfant ; le geste est ravissant et il est si naturel que nous nous sentons moins éloignés de ces deux êtres divins à l'âme limpide.
Gaudenzio possédait le secret de savoir mêler ainsi le réalisme aux conceptions les plus élevées et les plus pures. Et c'est par le réalisme, par l'observation de la nature, par la riche invention que les