LE MOIS ARTISTIQUE
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LE lecteur voudra bien nous excuser de la brièveté extrême de ce compte rendu sur des raisons qu'il comprendra facilement.
D'abord l'apparition, le mois dernier, d'un numéro spécial sur la magnifique exposition de portraits de femmes anglaises et françaises au xviii« siècle, à la salle du Jeu de Paume, nous rendait presque impossible de consacrer aux Salons du Printemps un second numéro tout entier, ainsi que nous le fîmes l'année passée. Mais, outre que ces numéros, à moins de rappeler une manifestation de première importance et d'art ancien (comme en mai), peuvent être de nature à rompre l'harmonie dans la collection de l'année, il faut bien avouer que les Salons du Printemps sont loin de présenter l'importance esthétique qu'ils avaient autrefois. I.'habitude chaque jour plus répandue des petites expositions, où l'on peut se rendre compte de l'ensemble de l'a-uvre d'un artiste, rend superflue, en quelque sorte, l'exposition générale des mois d'avril et mai, où toutes les écoles se heurtent, où toutes les techniques se coudoient.
La grosse majorité des producteurs du Salon a
donc déjà jm être examinée, en jiarticujier, dans les exhibitions de la saison : c'est pourcpioi nos lecteurs sont pries de ne pas demander à cette étude une vue d'ensemble impossible à établir et de ne jias tenir compte du manque nécessaire de proportions dû au fait que des artistes moins célèbres, mais n'a^'ant pas exposé en particulier, sont plus cités que d'autres, ]>lus connus, mais déjà révélés et appréciés.
Ceci dit, remarquons que la pcintme décorative — la vraie jjeinture, celle du passé et de l'avenir, la peinture logique — offre cette année quelques réalisations particulièrement heureuses.
Citons, hors de pair, l'admirable panneau destiné à la décoration de la coujiole du Petit Palais : la Plastique, et qui fait partie d'un ensemble de quatre compositions. M. Albert Besnard voit les choses de la nature et celles de ses rêves du même regard sûr et stlon les plans qu'il veut. C'est un peu notre Tiepolo, à nous Français du xx^ siècle, mais avec de la pensée en plus ; et les Baigneuses de M. Alfred Koll (une décoration pour une villa), une véritable féerie de nacres et de roses, s'appro-
fondi^jant dans des bleuités délicieuses; et du même aussi une Rcptihlique vêtue de rouge et volante et belle ; et V Après-midi d'un faune et les Roses d'Ispdhan, interprétations picturales des musiques de Debussy et de Gabriel Fauré par M. Lévj'-Dhurmer ; et le Repos, d'un aspect décoratif, si délicat, si distingué, et d'un sentiment si profond, de M. Pierre Cornillier.
L'Age d'or. Rêve antique, la ]'ie pas/orale, trois diptyques destinés par ^L René ^lénard à la décoration de la Faculté de Droit, marquent une véritalde apo.^ée dans son talent rêveur, noble et jiensif, et elles méritent notre admiration, ainsi que les Cheini- ;k-(ï».v,labelleettorte toile de ^l. Lherlllitte.
J'avoue le goût profiuid que j'ai jiDiir les rêves de M (iaston La Touche. ( )n l'accuse de bien des choses. mai> qui donc, sinon lui, donnerait aux simples jiaysages parisiens ces apparences de fantaisie et de folie, en les remplissant d'amours, de singes, de roses ?■
Le Groupe païen de M. Caro-Delvaille (qui montre aussi un portrait fort élégant
de ^Nlnie Simone) atteste la grâce et la forte beauté de l'inspiration de ce poète des nus. Et n'oublions pas la grande composition de yi. Aman-Jean, Comédie; celle de M. Auburtin : l'Essor: celle aussi de ^L Dubufe : le Dépari ; le grand panneau de 'SI. Simonidy : le Travail, où se retrouvent en s'y perdant un peu ses qualités de bon peintre de petites toiles : celles de M. Rixens, de M. Pierre Lagarde, etc..
Il faut tout citer de M. Le Sidaner : l'Ile des pécheurs (neige), la Treille. le Pavillon, les Iles (soleil couchant), la Vasque (clair de lune), Isola madré (clair de lune) , mais surtout les deux derniers tableaux. Personne autant que lui n'est capable de dégager l'intimisme d'un paysage, d'en transcrire l'impression ps}'chiquc, et pourtant il a des frères
P.-E. CORXILLIER
intellectuels, ne serait-ce qu'en M. Duhem et en ;\Ime Duhem, rivalisant tous deux de rêverie et de mysticisme ; et l'exquis M. Le Jlains. Irai-je oublier les très beaux paysages d'hiver de M. Pierre Boyer ?
Les petites choses de ^L ^lorrice sont de plus en
plus des « riens » par la dimension, mais aussi de la
peinture de plus en plus exquise. C'est un \\ histler
lamilier auquel M. Francis Jourdain pourrait tendre
la main avec un rien
de goguenardise.
Souvenirs d'É- :\pte ou de Breta- -;ne, les œuvres que M. Cottet expose ( ette année accusent une maîtrise définitive, nus puissants ■ t sombres, et suite d'eaux-fortes d'une :.ire beauté.
On avait déjà vu lu Salon d'Automne, ï son exposition parliculière, les peintures remarquées - aujourd'hui de M. Lepère, et personne ne songe à s'en plaindre.
Leur saveur et leur arâce ne nuisent pas à leur solidité.
Jolies, les vues du Luxembourg de M.
La Gandara, et non moins jolie, .l/"îfc' .4..., toute en gris-perle, à la mode de demain et somptueuse. A mentionner aussi le très intéressant Int les spirituelles scènes
teneur du duc de Guiche de iTKeurs de Jeanniot.
Les SIX tableaux envoyés par M. Jacques Blanche sont d'une étourdissante habileté, mais surtout l'Esquisse d'un portrait de Sir A . N. B'\ qui est d'un maître par son autorité, sa verve, son « attaque ».
Le nu de 'SI. Armand Point : Solitude, se déroule avec noblesse contre une forêt poétisée par l'automne, et le Portrait de mon fils est d'une délicatesse exquise.
M. Santiago Rusiûol ne nous lassera jamais des merveilleux jardins d'Espagne et des Baléares, dont il nous envoie chaque année les souvenirs décoratifs et poétiques.
SI. Boldini, plus crispé que jamais, n'a rien perdu
CARO-DELVAILTE