‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 45 sur 99 · LA COLLATION · texte numérisé non relu

LA COLLATION

ordre, rutilant comme un Munticelli, merveilleux à regarder.

Je ne connaissais pas ]\L Fanctl La Farge, pas plus que Mlle Élizabeth Xourse, mais je me suis aperçu que notre éminente collaboratrice Mme A. Seaton-Schmi<lt n'avait pas exagéré en nous en disant si graml bien.

Citons enfin, en nous excusant ])his que jamais sur l'ingratitude d'une telle tâche : iL Willaert, ilme Jlac-Monnier, ^L Marcel RoU dont la peinture est si lumineuse et qui avoue dans ses dessins une si noire tristesse métaphysique, M. Berton avec son beau nu de femme, ^BL Gaston Guignard, A. Gumerj', Migonney, Ablett, Hagborg, Iwill plein de lumière et d'espace, Louis Dumoulin, Montenard, Jules Flandrin, Bonnencontre et ses visions chiliennes, Muemer, J. Mcsté mélancolique, Henri Gsell, Albert Guillaume, Berton aux merveilleux nus dorés sur des fonds mauves, Prinet si spirituel, Raymond Kœnig avec ses vues si vivantes et si lumineuses de Vile Bréhai. Walter Gay, Guirand de Scevola, Jean \'eber toujours surprenant de verve et d'humour, Pierre Bracquemond avec ses nus d'une souplesse si forte et si

lumineuse. Albert Lebourg, Prunier, Waidmann, Dauchez, Hochard, Richard Stone, Maurice Boutet de ^lonvel (une très moyenâgeuse Histoire de Jcaïuic d'Arc), Gervex, Frieseke, Boyer, Morisset, Clans automnal et magnifique, Harold Speed, Edouard Sain. Maurice Denis. Marius Michel, Rupert Bunny. Piet. Garrida étonnant de truculence, Simon plein de clarté, Dinet, Castelucho [Chair et étoffes, et quelles étoffes !), Lebasque, Louis Bracquaval, Zacharian, Pinchon, Maufra, Minartz observateur de la fête. La Rochefoucauld, Gallén- Kalléla, delà Xézière, Smeers, Laurent-Gsell, Suréda, Jean Frélaut, Hayley-Lever, Irving Bacon, Mme Lucienne Boulanger, ^OL Damoye, Saint-John Cadell, ^laurice Tête, Fornerod, de Kollmann, Guillaume Dulac {le Joyeux Seuil, œuvre lumineuse et belle). L'ensemble de la sculpture est honorable, mais ne présente pas un intérêt bien vif. Il ne semble pas que nous nous trouvions en présence de tentatives originales. Quelques-unes de celles qui nous avaient paru telles les années précédentes ont eu le temps de créer des poncifs. Si les imitateurs de M. Rodin sont légion, il y a aussi ceux de M. Maillot, ceux de "M. Schnegg, bien d'autres encore.

La petite salle consacrée à la rétrospective d'Alexandre Charpentier atteste une fois de plus la valeur considérable de ce créateur si varié, aussi gracieux que puissant, son sentiment de la vénusté des corps féminins ne contredisant pas la force fruste de son inspiration populaire, incessamment renouvelée. La perte qu'a faite là la sculpture française est irréparable.

M. Rodin n'expose qu'un portrait de femme

mentale fontaine it une rharmante ligure), Alberl Mulot, Agathon I,éonard, André de Chastanet. [Mme Besnard, MM. Bugatti, Dejean (un des plus ravissants statuaires de notre temps et qui n'est pas du tout à sa place : sa Décoration de cheminée est une merveille de goût), Despiau, Constantin Ganesco (réaliste énergique et verveux), Halou, Injalbert, [Mestrovic, Lucien Schnegg, Edouard Wittig, un des plus forts de la jeune génération de sculpteurs

(,A^T().\ l.AK 1(111: - I .\ .M.\K( H.\M-)E d'.\M( rK>

(marbre), mais il est de Rodin ; et M. Bartholomé un buste, un haut relief et une statue où se retrouvent sa suprême mélancolie et son charme. Citons, car la place nous manque, les superbes animaux en bois de M. Geo Lefèvre, les terres cuites de I\L de Cedercreutz, la belle statue en bois de JL Lacombe, le superbe buste de M. Jean-René Carrière, la jolie vitrine de ^I. Lerclic, les envois si gracieux et si puissants à la fois île M. Desbois, les délicieux bibelots de Mme Jane Poupclet, les bêtes de M. Steinlen et celles du prince Troubetzskoï, et les envois de ^IM. Henri \'ernhes, Aronson, Broiuberg, Lamourdedieu (une monu-

{le Poète), l'impressionnante Hi-calc de Pierre Roche, etc.

Au.x sections de gravure, des>ins, jxistels, etc., il ne me sera possible que de citer des noms, malgré le talent considérable dépensé là. Une salle entière est consacrée aux dessins et pastels de >L Dagnan- Bouveret. Disséminés de part et d'autre, les envois de MAL Prunier, Dufrcsne (jolis comme des Drcsa), Hochard, Ivanoff, Le Mains, Etienne de Lierres, Jakimovicz, Léon Kaufman, Ludvik Strimpl (dont le talent s'affirme de jour en jour), Mmcs Curot-Barberel et ALaric Bermond, MM. Biessy, Beltrand, Beurdeley, Chahine, Pierre Gusman,

]\Ille Anna Ganliner. MM. Jeanniot, Paillard. \'alère Bernard, etc.. etc.

Les sections d'art décoratif sont, à mon avis, beaucoup plus intéressantes que toutes les autres (du moins à ne considérer que les ensembles). Il V a là des réalisations exquises et parfaites de goût, d'ingéniosité, d'esprit, d'arrangements.

Citons, tout à fait hors pair, la vitrine de M. Frank Scheidecker (des cuivres d'une originalité suprêmement élégante), les bonbonnières en bois sculpté de M. Carabin : grenouilles, araignées, limaces ; les tapisseries de Mme Blanche Ory-Robin, les reliures de M. Charles ^leunicr, la vitrine de Mme Georgette Strimpl, celle de M. André Marc (reliures), les

envois de MM. Henry Xocq, Lafitte-Daussat, ilaurice Dufrène (écharpes), Taxile Doat, Léod (porcelaines), Dammouze (les abat-jour en pâte de verre). Walter Crâne (admirables papiers peints), Dampt, Delaherche, John Dunand, Moreau-Nélaton, les magnifiques émaux de la princesse Marie Ténicheff, une grande dame doublée d'une noble artiste. Edmond Barbarroux (frise décorative : hérons, arums, nénuphars).

N'oublions pas enfin de mentionner, à l'architecture, les projets intéressants de M. Charles- Henry Besnard, de M. Julien Poiti (très curieuse tentative d'art religieux), de MM. Selmersheim, Périllard. etc. F. M.

Cl. y,::avona.

MEMENTO DES EXPOSITIONS

Grand Palais des Chainps-Élysies. — S;ilon annuel de la Société des Artistes français : peinture, sculpture, Sravure, arts décoratifs, jusqu'au 30 juin.

JiiiJiu des Tuileries, salle du Jeu de Paume. — Exposition de Cent portraits de femmes célèbres des écoles anglaise et française du xviii'? siècle.

Louvre {pavillon de Marsan). — Union centrale des Arts décoratifs. Exposition de la Société de l'Histoire du costume, jusqu'au 10 octobre.

Mtisie Gatliera, 10, rue Pierre-C/iaiiun . — Exposition générale d'art appliqué tous les jours de 10 heures à 4 heures, le lundi matin excepté. — Prochainement : E.xposition des papiers et toiles imprimés et ])Ochés.

Palais de Olaee des Champs-Elysées. — Troisiéir.e Salon des Humoristes, jusqu'au 15 juin.

Cerele artistique et littéraire, 7, tue Volncy. — Treizième Salon international du Photo-Clul).

Coopérative des Artistes, 3, rue Laffitte. — Exposition permanente d'œuvres de maîtres modernes.

Lyceum Club. — Exposition de l'Enfance ' sujets enfantins, portraits fantaisie ayant rapport à l'enfance, peinture, sculpture, gravure, etc.

Galerie Durand-Ruel, 16, rue Laffitte. — ' Les Nymphéas », série de pay.sages d'eau par Claude ilonet.

Galeries Georges Pttit, 8, me de Sè:e. — Expositions Louise Abbema, Cecil Aldin. Mme Faux-Froidure (aqua-

relles), William Horton, Société des Pastellistes français, Jan et Tade Styka.

Cercle international des Arts, 97, boulevard Raspail. — Deuxième exposition de la Société des Artistes animaliers.

Galène de l'Art contemporain, 3. rue Tronchet. — Exposition de paysages par R. Thibésard.

Galerie Devambez, 43, boulevard Malesherbes. — Exposition Maurice Eliot, jusqu'au 15 mai ; Gabriel Roby (aquarelles et pastels du pays basque); Jean Peské (tableaux, dessins et eaux-fortes).

Galerie des Artistes modernes, 19. rue Caumartin. — Deuxième exposition de l'International Art Union (dames).

Galerie J. Allard, 20. rue des Capucines. — Exposition d'œuvres de M. Barthold.

Clu: Pellet, 51, rue Lepelletier. — Exposition des dernières oeuvres de Louis Legrand.

Galerie Boissy d'Anglas, 39. rue Boissy-d'Anglas. — Œuvres de Frank Boggs.

Galerie Bernheim jeune. 15. nu: Richepance. — Exposition Luce. Aquarelles et pastels de Cézanne, Cross, Degas, Jongkind, Camille Pissarro, K.-X. Roussel, Signac. Vuillard.

Galerie Druet. 20. tue Royale. — Louis Siie. — Gascella. — Élie Xadelman. — Paul Gauguin. — Armand Guill^umin.

Le Mouvement Artistique à l'Étranger

ALLEMAGNE DU SUD

¥ Tn nouvel épisode de la vigoureuse défense qu'oppose ^■^ Munich à la concurrence des autres grandes villes d'Allemagne, qui s'efforcent de lui ravir l'hégémonie dans le domaine de la culture artistique, est la toute récente campagne entreprise pour doter la capitale bavaroise'd'un jardin zoologique, comparable à ceux qui sont l'une des attractions de Berlin, de Francfort ou de Hambourg. En efïet, tandis que dans ces trois villes on avait invoqué le bénéfice de l'histoire naturelle, du commerce et du développement colonial, à Alunich c'est des artistes et des élèves des innombrables écoles d'art qu'est parti le mouvement. Pour bien faire comprendre au public l'utilité d'un jardin zoologique au point de vue artistique, le Kunstverein a. improvisé une e.xposition de V Animal dans l'art qui, pour n'avoir été ni très bien ordonnée, ni complète, n'en a pas moins présenté un e.xtraordinaire intérêt. .\ vrai dire, prétexte spécieux à une foire artistique de plus.... Quant à la démonstration à laquelle on tendait, le lion de Saint-Marc dans la nuit, copié grandeur nature, par M. Cairati, des fenêtres du Palais royal aux nouvelles Procuraties, suffisait.

II s'est agi, il va sans dire, d'art allemand et d'art moderne ; sanscela il est évident que les locaux du Kiinstverein n'eussent pas suffi. Et encore, à notre avis, étant donnée la tin à laquelle on tendait, eût-on pu élaguer, d'emblée, l'animal ornemental des exercices de pochoir des écoles il'art ajipliqué, et tout ce qui s'inspire des animau.x domestiques. Bien plus, pour être dans le vrai, fallait-il éliminer toute ■^péce de représentation où l'animal de nos contrées est iinipris comme élément d'un paysage et celles où il est représenté en nature morte. L'éternel renard, pendu à un clou avec un fusil, un carnier et un rameau de sapin, pas plus que le troupeau de moutons errant dans le moos de Dachau, sous un vaste ciel lumineux, n'avaient, à proprement parler, le droit de figurer à une telle exposition. Je l'aurais voulue restreinte aux « Japonais d'.\llemagnc > , si je puis ainsi dire ; aux artistes très rares et très raffinés, qui s'intéressent à l'animal pour lui-même, l'étudient dans sa vie et ses habitudes, avec un amour de romancier, une finesse de fabuliste et une passion de naturaliste; ou bien aux très sérieuses études d'après l'animal, que sont amenés à faire de très grands artistes, pour telles de leurs œuvres où, accidentellement, figurent des lions, des serpents, des aigles. Tout le reste au point de vue animal dans l'art me parait simple bavardage. Ainsi je n'eus pas admis même ces admirables poissons dont les Lenbach et les Hermann Urban font d'abord, pour s'ouvrir l'appétit, des jeu.x de palette eux-mêfnes si appétissants ; tandis que, du même Herjrann Urban, l'immense cigogne traversant, dans sa course vers le nord, un ciel printanier ù'agro

yomauo, et formant un avant-jilan céleste diagonal, de tout son plumage éployé, d'un gris, d'un blanc et d'un noir sévères et sobres, à un immense paysage à vol d'oiseau, c'est le cas de le dire, fuyant bien vert, avec le frisson de toute l'efftorescence de ses arbres, jusqu'à l'horizon où roulent encore les frimas, me parut rentrer excellemment dans les limites, soit précisément naturalistes, soit de grand style animalier, que j'eusse voulu assigner à cette exposition trop ménagerie, écurie et arche de Xoé. Imaginez qu'une rétrospective de ce genre se fit : j'y voudrais par e.xemple Barye, Bodmer, Saint-Marcel, Delacroix, les serpents de Gustave Moreau préparatoires à son hydre de Lerne, les lions de Gysis étudiés à Francfort pour sa Bavaria, mais point du tout Troyon ou Jaques, ou même Segantini, souvent le plus expressif des manières et allures du troupeau. C'est dire que d'aussi excellents animaliers que MM. Zugel et Tooby, orgueil des expositions sécessionnistes, avec leurs moutons, leurs chevaux et leurs basses-cours, conçus en paysages ou en problèmes de couleurs, me paraissent ordinairement moins faits pour la démonstration souhaitée, que lorsque le premier d'entre eu.x nous montre cette mare éclaboussante de soleil, peuplée de pélicans et de flamants. Il faut regretter aussi que le type du peintre, voyageur et explorateur, soit absent d'un tel concours : il y avait bien là quelques éléphants, donnant leur couleur locale à des paysages du Cameroun, mais rien qui valût, en étrangeté et en conscience, les moindres dessins et aquarelles rapportés d'.\sie centrale par M. Pranischnikof, ni surtout les scènes de la vie des poissons et oiseaux d'Islande de M. Lysmann, (le Hambourg.

En revanche, M. Paul Neuenborn nous a donné, comme il le fait du reste depuis de longues années, à défaut de la haute leçon esthétique occidentale rêvée en réponse à ccttequestion : A quoi sert l'animal à t'arlislc? ou du petit cours d'histoire naturelle japonais qu'amènerait cette autre : Raconter le charme et la beatttf de telle ou telle béte, une série d'e.xemples parfaits de ce que va aimer et chercher, dans une ménagerie ou un jardin zoologique, cette sorte de spécialiste ou de maniaque qu'on pourrait appeler le virtuose de l'animal ; celui qui se comporte à l'égard des bêtes exotiques comme un pianiste, cherchant des traits brillants et des occasions de se faire valoir, bien plus qu'il ne nous révèle les musiques intérieures de son âme et de celle des maîtres interprétés. Lorsque des surfaces énormes de toile ou de papier sont couvertes de cent postures et lignes enchevêtrées de rhinocéros, de serpents, d'ibis, d'autruches, M. Neuenborn est content. Ce sont chaque fois des congrès d'une seule espèce, une ochlocratie d'animaux exotiques, dontcertainssont vus, je ne le nie pas, avec un véritable sens de la vie et traduits parfois, grâce à d'admirables dons de

r,'AKÏ ET LES ARTISTES

peintre, avec une verve coloriste extrêmement heureuse : mais comparez à la moindre estampe japonaise. Aucune de ces bêtes n'ad'individualité, n'a son expression, sou allure, sn fi ,2;ure.... Tel caricaturiste de notre temps, comme Caldecott ou Caran d'Ache, pourrait sous ce rapport en remontrer à M. Neuenborn, Rappelez-vous la ^'isitcà la ferme del'un et le Cheval d'après Biiffon de l'autre. M. Xeuenborn construit, à propos de bêtes, des fugues de lignes ou des symphonies de couleurs. Il obtiendrait les mêmes résultats, à peine moins étranges, avec des éléments paysagistiques, des étoffes, des intérieurs.... C'est l'amour de la difficulté vaincue, de l'enchevêtrement et des bigarrures fabuleuses, plus que l'amour de l'animal, et il n'est pas besoin, de toute nécessité, de l'animal pour obtenir ce qu'un art pareil peut offrir d'en\"iable à la cmiosité de nos \'eux. loute la \"eu-

lerie des animaux en captivité se retrouve du reste au fond de ces brillantes improvisations, qui essaient de nous donner le change.... En soi, l'animal ne se peint avec fidélité qu'en liberté : regardez le moindre croquis de Bodmer ou le moindre feuillet japonais.

Regardez en revanche encore une fois le lion de Saint- Marc, grâce à M. Cairati. Cet animal-là est bien mieux viable, et encore mieux un lion, que le lion de la Fiancée du lion de quelque Gabriel Max, étudié en quelque jardin zoologique. Un vrai réaliste, comme un Menzel, ne va dans ces tristes lieux peindre que la foule. Un vrai grand artiste de style s'en passe et substitue sa création à la nature. Enfin, un véritable animalier ne peint pas d'animaux en captivité. Un jardin zoologique ne produira jamais de Livre de la Jungle. William Ritter.

ANGLETERRE

y .\ ci-nt trentième exposition de la- Société loyale ^^ d'Artistes 1 ritanniques signale les débuts d'un jeune peintre écossais : Joseph Simpson, qui jusqu'à présent est plus connu dans le journalisme (il a fait des caricatures excellentes en noir et blanc) que dans la peinture. Son portrait d'une dame russe, Re:ka. est vigoureux, bien modelé et plein de caractère. M. Simpson appartient à l'école la plus jeune d'Ecosse, une école pour laquelle Raeburn, Whistler et Manet sont les grands maîtres. Cette école est plus exactement un groupe de trois, Peploe. Fergusson et Simpson, qui sont beaucoup plus jeunes que les peintres connus de Glasgow, et même plus jeunes ipie leurs frères aînés d'Edimbourg : William Xicholson et |,iines Pryde.

Une nature morte : la Dame Blaiiehe. du même ])eintre (Simpson), montre de belles qualités de couleur, de texture et d'arrangement. Il est regrettable qu'un membre aussi fort que M. J.-D. Fergusson ne soit pas représenté à cette exposition, mais un autre peintre nous sollicite : JI. Fred Fd. Foottet envoie un hardi arrangement d'or et lilas, Coucher de soleil sur le Medway. L'influence de ces deux artistes luministes commence à se faire sentir dans la société et des études d'effets lumineux qui donnent de grandes espérances nous sont montrées par M. Gardner Symons et d'autre.s.

L'actuelle exposition d'été au Xew Gallery a été entièrement réorganisée. Un nombre limité (loo) d'artistes sont associés au nouveau New Gallery Company et garantis d'un paiement de dix livres (250 francs) par an pour cinq années en échange d'un droit sur un certain espace du mur. Les associés seuls ont le droit d'exposer et ils ont le droit d'envoyer trois œuvres. La première exposition sous ce nouveau régime n'offre pas de grandes surprises. E.-A. Walton expose un grand paysage, une harmonie en bleu et blanc, qui est vraiment charmant, et George Henrv envoie un groupe décoratif de femmes modernes dans un liois. le soir.

Il y a aussi au New Gallery un Hornel caractéristique, une mosaïque par Brangwyn. et de bons portraits par Lavery. Harold Speed et Harrington Mann.

Comme rivale à cette dernière, on a inauguré une e.xposition intéressante au Grafton Galleries où se trouvent d'excellents tableaux par Lavery, William Nicholson, James Pryde, C.-H. Shannon. Harrington Mann, William Orpen. et d'autres membres du New English et International. Le clou de cette exposition est le grand groupe d'une famille bohémienne dans lequel M. Augustus John montre une naïveté primitive de forme et de couleur.

L'exposition de la Royal Academy, cette année, nous donne quelques nouveautés. Un jeune sculpteur, Merv\ni Lawrence, débute avec une statue d'homme à la Rodin et pleine de vie; un jeune peintre, Gerald Kelly, réussit à merveille un portrait : Mrs Bendixson. très solide et digne, décoratif, avec des valeurs scrupuleusement observées. M. George Clausen R. A. montre des paj'sages et des pastorales exquises, où il joint la science luministe de Monet au sentiment tendre de Jean-François Millet. Sargent envoie un portrait superbe de Lord Wemyss et un très médiocre de Mrs Astor; mais son chef-d'œuvre, et le clou de l'exposition, est son panneau décoratif pour la bibliothèque de Boston. Le titre en est Israël et la Loi, et M. Sargent traite son thème avec la plus grande simplicité et une beauté solennelle. Contre l'azur du ciel, un groupe d'auges drapés de rose déroule le rouleau d'or de la loi. Le ciel palpitant et radieux, les attitudes calmes et sereines, d'une beauté toute classique, et leur emplacement sculptural produisent un effet majestueux, et expriment bien le pouvoir de la loi. tandis que les douces couleurs, les gris, les roses, les bleus, expriment sa douceur, l'harmonie qui s'accomplit dans l'obéissance.

Fr.\xk Rutter.

ETATS=UNIS

A Lx États-Unis, les expositions d'art se multiplient ■^^ énormément cet hiver, surtout à New- York et à Boston, où le mouvement artistitjue est toujours plus accentué.

Parmi les expositions particulières de Xew-York, celles de John La Farge et de John Alexander ontattiré beaucoup d'attention, mais, plus que toutes les autres, celle, charmante, des œuvres de Joaquin Sorolla y Bastida attira le public.

Un de nos riches Américains. M. Archer Huntington, vit ces tableaux en Espagne, et les admira tellement qu'il conçut le projet de les montrer à ses compatriotes.

Avec la permission de l'artiste, il a transporté toute cette beauté, toute cette chaude lumière, cette atmosphère espagnole, à Xew-York.

En un seul jour, plus de vingt-neuf mille Américains les ont visités. Jamais tableaux chez nous n'ont attiré si grande foule : deux cent mille personnes en l'espace de deux semaines ! \"raiment, cette collection était la bienvenue à Xew-York. où les journaux, les critiques d'art lui ont accordé un si chaud et généreux accueil !

Les poètes lui ont adressé leurs vers, nos meilleurs écrivains l'ont louée ; tout le monde a rendu hommage au génie du peintre.

On lui a offert presque deux millions de francs pour la collection !

Pourquoi cet enthousiasme extraordinaire?

Est-ce que notre pays commence à avoir soif du Beau et que les tableaux de Sorolla ont fait appel à son amour pour la lumière, pour la vie éclatante de l'Espagne?

Ou, raison plus profonde, que l'artiste a touché nos cœurs avec ses portraits d'enfants et de mères, avec ses interprétations de la vie universelle, dans laquelle chacun de nous joue un rôle?

A Boston, on s'impatiente, parce que ces tableaux merveilleux étaient allés d'abord à X'ew-York. En les attendant, on put visiter l'exposition allemande à Copley Hall.

Mais l'esprit des artistes allemands n'est pas d'accord

avec l'esprit américain, au moins dans leurs iieintures. Xous adorons la musique de l'Allemagne, mais pas ses tableaux.

Xéanmoins. on trouva cette exposition fort intéressante parce qu'elle fournit une bonne occasion de comparer les tableaux allemands aux peintures américaines exposées en ce moment au » Art Clubs » de Boston, surtout aux œuvres de William Paxton, un des poitraitisles les plus forts de Xew England.

Comme presque tous nos artistes jieintres. Paxton apprit son métier à Paris.

Il a beaucoup voyagé en Espagne, en Italie, en Hollande, pour étudier les maîtres d'autrefois. Xaturellement. il a subi l'influence de Velasquez, de Leonardo, de Gainsborough et d'Ingres; comme tout homme moderne, il doit beaucoup aux grands siècles du passé. Malgré cela, son art est resté tout à fait personnel.

Il possède son métier, mais il a le dédain le plus sain des recettes de n'importe quelle école.

On lèsent dans les beaux portraits qu'il a faits en plein air. en pleine lumière. Comme Claude Monet, il pense qu'un peintre perd quelque chose s'il retouche à l'atelier ses tableaux faits en plein air: alors, il veut les y finir complètement. Tâche difticile, mais c'est un ouvrier infatigable : il cherche la vérité de la nature avec une ardeur, une sincérité suprêmes.

S(m portrait du président Cleveland exprime le grand caractère de cet homme intellectuel si clairement que Cleveland lui-même a préféré celui-ci à tous ses autres portraits, parce que l'artiste n'a pas représenté seulement ses traits, mais aussi son âme.

Paxton. Sarbell, Benson et Decamji forment un groupe d'artistes fort intéressants.

Ils demeurent tous à Boston, mais leurs œuvres sont aussi connues à Xew-York, à Pittsburg.à Chicago. Partout on les regarde comme les hommes de l'avenir. On dit que la vraie renaissance de la peinture a déjà commencé aux États-Unis, et que ce groupe est sa force et son inspiration. A. Se-\ton-Schmidt.

ORIENT

^i les trente-trois années de règne du sultan llainid qui vient de sombrer de si piteuse façon seront écrits dans l'histoire en caractères de sang, c'est en lettres d'or que la Turquie artistique gravera sur ses tablettes le nom de ce prince qui donna aux arts, en son pays, un développement inconnu jusqu'à lui.

Étrange nature que celle du monarque déchu. A une cruauté rappelant la cruauté du sanguinaire Mourad IV, — \e Caligula ottoman, — il savait joindre le geste protecteur du favori d'Auguste. Il est vrai de dire, toutefois, que Mécène protégea les Lettres et les Arts, tandis que le souverain déposé fit, au contraire, tout ce qui était en son pouvoir omnipotent pour bâillonner, étouffer le germe même d'une pensée généreuse, il'une asiiiration libératrice. Pendant trente-trois ans, il n'y eut pas de Lettres en Turquie. L'histoire, la poésie, le théâtre furent réduits à néant !

l'ne censure implacable coupait les ailes, à peine naissantes, de tout noble essor. De ceux dont les écrits indépendants pouvaient porter ombre d'ombrage à l'absolutisme impérial, les uns, achetés à poids d'or, avaient brisé leur plume et prostitué leur talent ; les autres, trop fiers pour vendre leur pensée et se plier aux ordres du tyran, avaient passé à l'étranger où ils élaborèrent lentement mais sûrement la révolution qui devait aboutir à la liberté de la Turquie et à la chute du despote.

Si les Lettres furent impitoyablement persécutées, les Arts plastiques, par contre, connurent, sous le règne d'Abdul Hamid, une renaissance, une naissance, plutôt, comme il n'en existe pas dans les annales artistiques d'aucun peuple.

Le voya,ge qu'Abdul Hamid fit, en 1867, en France, alors que, prince impérial, il accompagnait avec son frère aîné

Mourad, — ilcpuis Moiiiail ^■, — le sultan AIhIuI Aziz à l'Exposition univei^^file, nv fut pas étranger an désir qu'il conçut de doter la Turquie de chefs-d'œuvre semblables à ceux qu'il voyait dans nos musées. Une étude de moi : hs Merveilles (ht Musée imptiial ottoman, qui paraîtra prochainement, relate les impressions artistiques d'AbduI Hamid à cette époque et la conversation qu'il eut, à ce sujet, avec son oncle le sultan Abdul Aziz.

Lorsqu'en 1S76 le double fetva de déposition des sultans .Aziz et Mourad V mit entre les mains d'Abdul Hamid le khalifat et le sultanat d'Orient, le nouveau monarque se ressouvint de ses projets d'art. Il ne tardait pas à les mettre à exécution, grâce à un homme de haut savoir dont le nom est impérissablement attaché à la Turquie artistique : j'ai nommé S. lï. O. Hamdy Bey, directeur général des Musées impériaux ottomans.

("est en i.SSi qu'Hamdy Bey fut appelé à la direction i.\n Musée. Ce Musée, installé au pavillon de 1 chinili-Kiosk, tenait alors tout entier dans ce chefd'œuvre architectural de l'art ottoman. En 1S9J, un premier palais, « le Nouveau Musée ", livrait au public les superbes trésors retirés de la nécropole de Sidon. En 1902, un deuxième palais recevait les merveilles qui, depuis di.x ans, étaient parvenues à Stamljoul de tous les points de l'empire. Un troisième palais, construit en iqo'i, ouvrait ses portes en 1908 et entassait dans ses innombrables salles les antiques déterrés en ces dernières années en Macédoine, en Asie Mineure et dans la Mésopotamie.

Une autre institution qui honora le régne d'.MiduI Hamid fut I.i création de l'École impériale des Beaux-.\rts

due également à l'initiative de S. E. O. Hamdy Bey.

On sait que, depuis la fondation de l'Empire jusqu'en 1874, il n'a pas existé de peinture et de peintres- turcs. J'ai déjà dit, à cette place, dans une chronique intitulée /(' Coran et l'Art osmanli, les raisons de cet ostracisme. Une autre étude, sous presse, de moi : les Peintres orientalistes de Turquie, entre longuement dans le détail de l'évolution artistique qui s'est opérée en Turquie de 1874 à nos jours.

Décrétée en 1881 par iradé impérial et construite en 1882, l'École impériale des Beaux-Arts était inaugurée en 1883, en présence de S. E. feu Raïf Pacha, ministre du Commerce et des Travaux publics.

La peinture et la sculpture, jusqu'alors en suspicion dans le pays des Osmanlis, se voyaient, -du coup, affranchies des préjugés qui pesaient sur elles. Si ces idées n'ont pas encore pénétré les masses, elles ont fait leur chemin chez les esprits cultivés. Le premier pas était fait. Aussi, les résultats artistiques de cette institution ne se firent pas attendre. Des peintres et des sculpteurs turcs faisant ])léiade aujourd'hui commencèrent à répandre en Europe leurs noms et leurs œuvres.

Chose vraiment digne de remarque : ce souverain, qui a perdu le trône pour n'avoir pas su respecter la liberté constitutionnelle proclamée par son peuple en juillet dernier, est le premier parmi les sultans ottomans qui — en dépit des Hadiss ou recueil des préceptes orau.x du Projiliéte — octroya à la Turquie son indépendance artistique.

.\dolphe Th.\l.\sso.

Page 1