POLOGNE
Cracovie. — La treizième e.xposition de la Sztuha marque une phase nouvelle ilans la vie de cette Société à qui revient incontestablement le mérite d'avoir, ces dernières années, fait connaître notre jeune art à l'étranger, notamment en .Autriche et en Allemagne. Renouvellement ou décadence? C'est à quoi le temps seul pourra nous répondre. L'important est que, dans ses futures expositions, la Sztitha jniisse se maintenir au même niveau élevé qui, jusqu'à présent, dans l'ensemble de notre production artistique, lui assurait le premier rang et constituait à lui seul sa raison d'être. La défection de quelques excellents artistes survenue au courant de l'année passée serait finalement une perte réparable; le pire est que, pour compléter les cadres ajjpauvris de la Société, c'est plutôt à la quantité qu'à la qualité qu'on paraît avoir eu recours.
Pourtant, parmi les membres nouveaux de la Sztiikn, il y a d'excellentes acquisitions. Je pense surtout à JI. Fryderyk Pautsch. Voilà bien un peintre pur sang, tout comme son maître \V\-czolko\v.ski I C'est aujourd'hui déjà un coloriste remarquable, d'une grande sincérité et d'une force qui souvent avoisine la brutalité. Heureusement, une discipline de plus en plus solide maintient cette force débordante et il est certain que bientôt elle finira par maîtriser ce que, dans cette œuvre jeune et passionnée, il y a encore d'inéquilibré. Les études de mendiants de M. Pautsch et ses portraits — dont un surtout, le représentant lui-même avec sa fiancée, est une œuvre hardie et solide — sont peut-être ce qu'il y a de plus fort de toute l'exposition. Quant à ses grandes compositions, il faut l'avouer franchement, elles sont, cette fois-ci, déplorables. .■\h' jiourvu (|u'en .-Mlemagne on n'arrive pas à persuader
à .M. Pautsch. comme à d'autres auparavant, que l'incohérence et la brutalité, voilà justement de hautes qualités — et foncièrement polonaises !...
Félicitons aussi la S:tuha de s'être adjoint comme membres MM. Xoakowski et Wojtkiewicz. Le premier, en une série de dessins, se révèle non seulement un architecte érudit et inspiré, mais aussi (malgré la trop grande liberté dont il use envers le clair-obscur) un peintre distingué. Quant au second, j'ai déjà dit ici même tout le bien que je pense de son œuvre si originale et profonde, œuvre dont M. .André Gide, dans sa préface du catalogue de l'exposition Wojtkiewicz chez Druet, faisait dans le temps un si subtil éloge.
Parmi les autres expo.sants, membres de la Société ou invités, ce sont, pour la plupart, d'anciennes connaissances. \'oilàMllede Boznanska, toujours très Parisienne, toujours également discrête et raffinée et chez qui, dans un charmant portrait de deux petites filles, nous constatons avec plaisir un réveil déjà presque inespéré de la couleur. \'oilà M. .A.xentowicz, peintre virtuose de nos élégances mondaines, trop mièvre parfois et parfumé, et dont ici je goûte surtout le plaisant petit portrait d'enfant intitulé Archibald, plein de caractère et d'esprit ! Voilà aussi M. Mehoftèr, très solide toujours dans quelques détails, mais plus .-Mlemand que jamais et dans son arrangement et dans sa ligne (I sécessionniste » et dans l'assemblage savamment kaléidoscopique de ses couleurs. (Oh ! la célèbre jupe de soie marron cjui, dans son portrait de dame » entre deu.x buissons de laurier ", fait oublier à quelques enthousiastes jusqu'aux fautes de dessin des mains et de la tête, dépourvue, celle-là, de toute consistance !) Voilà enfin, — last >iot last, — et
représenté par plusieurs bonnes toiles très différentes comme sujet et vision, M. Wojciech Weiss, le plus fin peut-être et certainement le plus cultivé parmi nos- jeunes, dont sûrement je trouverai encore l'occasion de reparler ici plus longuement, plusieurs de ses œuvres, notamment le beau portrait des parents de l'artiste, appartenant aux meilleures peintures qu'en général on ait produites chez nous depuis dix ans !...
MM. I-'alat et Ruszczyc, maîtres chacun dans son genre, cette fois-ci ne sont représentés chacun que par un bon paysage. Assez nombreuse, par contre, est, comme toujours, la « pléiade de Stanislawski » avec, en tête, MM. Kamocki et Podgorski. Ce sont pour la plupart des paysages plus ou moins bons, mais qui, à force de répéter toujours es mêmes recettes apprises trop facilement, finissent très vite par fatiguer. A côté, M. Filipkiewicz, le seul, peut-être, parmi les élèves du grand paysagiste défunt qui aspire avec persévérance à un style personnel, e.xpose deu.x agréables intérieurs.
Nommons encore M. Jarocki, une sorte de Pautsch assagi et banalisé ; M. Krasnodebski, auteur d'excellentes gravures sur bois; 51, Sichulski, connu comme le meilleur interi)rète du montagnard si farouchement p ttoresquc des Karjiathesruthéniennes, mais dont malheureusement je ne puis apprécier les vitraux.... .V côté des vivants, les deu.x grands morts : Stanislawski et Wyspianski, se rappellent à notre souvenir par quelques belles œuvres encore non exposées à Cracovie.
Quant aux autres, les nouveaux venus surtout, il y en a qu'on n'aurait sûrement pas rencontré aux expositions antérieures de la Société. La sculpture notamment, à quelques rares exceptions iirès, se ressent péniblement d'un choix trop inconsidéré Souhaitons très sincèrement à la S!:luka de sortir le plus vite possible d'une crise passagère, de triompher des petites discordes inévitables partout entre artistes, de ne pas oublier surtout les belles traditions de son passé qui, aussi et avant tout, sont une obligation pour l'avenir. .\d.\m de Cybilski.